7 Âneries sur les Landraces : Google page 1

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Au début il n’y avait rien, puis, il y a 26 millions d’années de cela on le suppose, l’apparition du Cannabis sur terre, entre autres bricoles sans grande importance. Depuis, une lente évolution génétique, parfois aidée de la main de l’homme, a fini par donner la plante telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Mais que sait-on au sujet des cultivars originels qui subsistent encore de nos jours? Que faut-il savoir, au sujet de ce qu’il reste des variétés primaires de Cannabis Sauvage. Les ‘Landraces’ de Cannabis, un trésor à l’état naturel? Le Cannabiste s’inspire librement d’un article percutant publié sur ‘Landrace Blog’. À la poursuite du fil vert, à la recherche de la vérité sur les origines d’une plante millénaire et sacrée.

7 Âneries sur les Landraces: Google page 1 quand l’internet déborde de billevesées.

 

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#Source limpide

Au moment de créer ce magazine, il y a environ 1 an et demie, l’internet était en pleine crise de fake news. La Macronie peinait déjà à se faire entendre et l’actualité du Cannabis se résumait à relativement peu de propositions.

Souvent même, les sources s’opposaient, les blogueurs marchands essayaient déjà de tirer la couverture à eux, parfois au détriment de la qualité de l’information. Alors il nous était venu l’idée de créer un genre de ‘Fake Meter’, un outil qui nous permettrait d’évaluer et de partager la véracité d’une information publiée par nous-mêmes, sur notre site, publiquement avec le concours du lecteur.

 

 

Puis on s’est dit: à quoi bon! Autant afficher directement nos sources au pied de chaque article. Il appartiendrait à chacun d’en juger. Vous noterez que c’est une démarche relativement osée. Mais c’est devenu la règle ici. Et puis, personne ne s’en est plaint. Là dessus on a effectivement choisi la transparence.

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L’article d’origine est ici, de large pans de texte ont été traduits librement. A présent voyons quelles sont les 7 premières âneries trouvées sur internet au sujet des landraces de Cannabis, Google Page 1.

#Ânerie N°1

 » La plupart des Landraces sont à 100% Sativa ou à 100% Indica «  (Alchimia)

D’après le médecin-chercheur en biomécanique John McPartland le système Indica-Sativa serait de type ‘Vernaculaire Taxonomique’, c’est un point de vue hérité d’une approche douteuse, initiée dans les années 70 par le Professeur Richard Evan Schultes.

En réalité, la catégorisation des landraces dans un de ces deux types n’est pas plus aisée sur le terrain que par le menu d’un Coffee Shop à Amsterdam ou d’un dispensaire Américain.

La raison principale réside dans la nature du Cannabis : son adaptabilité.

« Le cannabis n’est pas une plante qui respecte les limites et qui s’applique autant aux idées préconçues des gens à propos d’Indicas et de Sativas qu’aux frontières, aux cultures ou à la géographie. »  Source Landrace Blog

Oui le Cannabis change tout le temps, la raison est simple c’est une plante qui est sujette à l’intergradation.  » En botanique, la façon dont deux sous-espèces distinctes sont reliées entre elles par des zones où les populations comportent les caractères de chacune d’elles.  » Source Wikipedia

Traduisez, la même espèce change d’aspect de taille et de forme relativement vite entre les générations selon son environnement et son écosystème.

 » Dans l’Himalaya (…) à un extrême, il y a les plantes à grandes graines et à grandes feuilles dans les champs. De l’autre, il y a les plantes à mauvaises herbes à petites feuilles et à petites graines autour des tas de déchets, des chemins ou des fossés.  » Source Landrace Blog

Lorsque l’on voyage du Népal à l’Afghanistan, les caractéristiques Indica des plantes se retrouvent plus accentuées à mesure qu’on se rapproche de l’Hindu Kush. « À Tirah ou à Chitral, dans un champ d’une seule race, on trouve généralement une gamme de caractères allant du feuillage large au feuillet étroit, du plus élevé au plus court, et chaque permutation ».

Si on en croit ce principe il y aurait donc du 100% 110% ou 150% d’Indica dans la plante à mesure qu’on avance vers certaines régions originelles? Plus sérieusement, cette première affirmation ne veut pas dire grand chose.

#Ânerie N°2

Les variétés (Landrace) sont très stables et présentent très peu de variations ⁠ – le cas échéant — d’une plante à l’autre.” (Alchimia)

« Un de nos clients m’a un jour contacté au sujet d’une variété de Cannabis Libanais que j’avais récupéré dans la vallée de la Bekaa. Il n’arrivait pas à croire qu’au stade de la végétation les plants qui étaient tous si différents, provenaient de la même origine. » Source Landrace Blog

Il faut savoir que les Landraces présentent généralement de grandes variations autour de leur génétique de base, c’est un peu comme une symphonie de Beethoven. C’est une caractéristique qui résulte des méthodes traditionnelles de sélection. Comme l’écrit Ernest Small, qui est sans doute l’autorité principale en matière de Cannabis, écrit:

 » Les races primitives ont généralement une base génétique beaucoup plus large, ce qui correspond à une plus grande variabilité et à un plus large éventail d’adaptation aux stress, en particulier aux conditions environnementales locales et aux agents biotiques où elles se trouvent.  » Source Landrace Blog

Le Cannabis qui possède un cycle de reproduction très court est également le champion de l’adaptation. Véritable caméléon végétal, il est capable en quelques générations de se métamorphoser au gré des environnements qui lui sont proposés.

C’est la raison particulière pour laquelle il reste très difficile voir impossible, de conserver des taux de 0.2% sur des variétés de chanvre en indoor, même si elles sont prévues à cet effet. Le Cannabis peut muter, il s’adapte très vite aux conditions de luminosité et finira immanquablement par produire davantage de THC que prévu en réaction à son écosystème.

 

Décembre 1973: Schultes avec du Cannabis ruderalis à Kandahar, Afghanistan. Schultes a maintenu qu’il y avait trois espèces de marijuana: Cannabis sativa, Cannibis indica et Cannabis ruderalis. 

Ainsi les variations sur la même souche peuvent être nombreuses d’une graine à l’autre en fonction du passé de chaque cultivar. Là encore, c’est une affirmation qui tient manifestement lieu de contre vérité.

#Ânerie N°3

 » Les variétés de cannabis pures se sont développées dans environnement naturel et n’ont été croisées avec aucune autre variété que la variété de plus d’une génération à l’autre. » (Alchimia)

Les races locales ont une base génétique très large, en particulier par rapport aux vrais cultivars et aux hybrides modernes en pot. La plupart des races locales ont été créées comme des hybrides entre races par les hommes eux-mêmes.

Des études récentes sur les races locales libanaises suggèrent qu’elles sont également hybrides. C’est probablement le cas de la plupart des bonnes races locales de régions célèbres telles que le Népal et l’Afghanistan.

 

Enfin les agriculteurs thaïlandais et laotiens utilisent notamment le terme équivalent pour ‘hybride’ dans leurs langues pour désigner les races locales.

La pureté est un mythe de breeder, une chimère qui n’a jamais fait de sens pour personne. Aucune variété de Cannabis n’est génétiquement pure en quoi que ce soit, cette affirmation aussi, vaut zéro.

#Ânerie N°4

 » En dehors de l’Asie centrale, toutes les souches de landraces sont le résultat de cultivars issus de variétés cultivées sélectivement par l’homme, qui se sont ensuite progressivement adaptées à leur environnement.  » (Leafly)

En réalité, les principales races locales découvertes en dehors de l’Asie centrale sont les races méridionales, c’est-à-dire des ‘Ganja’. Elles ont été transportées à travers le monde par des personnes qui transportaient du Cannabis ou bien des semences. Ganja était le nom traditionnel du bourgeon, de la fleur.

 

L’empire britannique a exporté de la Ganja vers des travailleurs indiens sous contrat dans les Caraïbes, des esclaves angolais ont acheminé des semences et du ganja d’Afrique au Brésil, et ainsi de suite. De même, les principales diffusions historiques de la culture de cannabis en Asie centrale au cours de l’âge du fer et de la période médiévale semblent avoir impliqué le transport de semences.

En d’autres termes, l’histoire du cannabis en Asie a très probablement impliqué une domestication sur différents sites et à différentes époques, combinée à de grandes vagues soudaines de diffusion de la culture, comme ce fut le cas dans les années 60 et 70.

La tradition séculaire du commerce et des échanges depuis l’Asie rend cette dernière affirmation totalement farfelue. Les souches d’Asie centrale aussi ont été le fruit de changements apportés par la main de l’homme depuis bien longtemps avant l’invention de la fake news sur internet …

#Ânerie N°5

 » La ‘Lambsbread’ de Jamaïque, ‘l’Hindu Kush’ du Moyen-Orient et la ‘Swazi Gold’ d’Afrique du Sud sont de bons exemples de landraces locales. «  (Greencamp)

C’est un malentendu très répandu aujourd’hui, la vérité est beaucoup plus complexe et nuancée que cela.

En Afghanistan par exemple, les experts de l’UNDOC répertorient plusieurs souches dont la ‘Watani’ et la ‘Mazari’. La correlation avec les autres souches connues n’a pas été établie, mais il est désormais certain que ‘l’Hindi Kush’ telle qu’elle est décrite, tout comme la ‘Chitral’ disposent de multiples déclinaisons locales stables.

Selon leurs growers et les banques respectives, ces 4 plantes en photo ci-dessous sont des Landraces, toute de même type: Lambsbread : voilà voilà …

L’idée très répandue que la ‘Lambsbread’ se réfère à une variété bien spécifique est le meilleur exemple de la confusion entretenue pas certains sites. Le mot Lambsbread est en réalité un adjectif qui se rattache au mot Ganja lui même.

Au fil du temps Lambsbread est devenu un terme spirituel au sens élargi, il s’est répandu dans la culture Jamaïcaine au moment des rites sacrés de la pratique Hindoue et Chrétienne notamment lors des sacrements de la communion.

 

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Idem pour les variétés d’Afrique du Sud qui portent les noms de ‘Swazi Red’ ou encore ‘Roibaart’ (barbe rouge) car tous les phénotypes de Ganja issus de ces pays ont tendance à arborer des pistils rouges très visibles à l’oeil nu.

On retrouve ici la même erreur dans la classification énoncée par Brian D Coldwell, quand il prétend que:

 » Les souches de Landrace originaires d’Asie centrale et du Sud-Est incluent, entre autres, Aceh, l’Altaï Centre-Sud de la Russie en Mongolie, le Cambodgien, le Luang Prabang, le Népalais et le Thaïlandais, correspondent à une seule race de Cannabis.  » Source Landrace Blog

 

#Ânerie N°6

 » L’une des plus grandes faiblesses des souches de landraces est qu’elles s’adaptent extrêmement mal à l’environnement.  » (Greencamp)

 

C’est complètement faux. Comme explique Ernest Small, la vaste base génétique des races locales leur confère généralement une plus grande variabilité et une plus grande adaptation aux stress et aux maladies que les hybrides et les cultivars modernes.

Même l’idée répandue que les souches de l’Hindu Kush sont incapables de faire face à l’humidité ou à la pluie n’est pas fondée sur des observations pratiques.

Un client de The Real Seed Company a cultivé avec succès une race de Chitrali de deuxième génération dans une opération de guérilla en plein air à Hawaii. Il a subi plusieurs orages violents et ne présentait aucun signe de moisissure. La variété locale Mazar-i-Sharif a fait preuve d’une résistance tout aussi impressionnante aux climats d’Europe du Nord …

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La chimie du Cannabis est aussi complexe que diverse. Toutefois depuis l’aube de l’humanité, cette plante est réactive aux changements qui l’entourent. Bien évidemment les landraces n’échappent pas à cette règle, elles excellent naturellement dans cet exercice depuis toujours.

 

#Ânerie N°7

« Pour la plupart des experts, il ne reste pas moins d’une centaine de souches de landraces. » (Seed Supreme)

Comme dirait l’autre : ‘Voilà une nouvelle qu’elle est bonne’. Imaginez surtout qu’on a pu collecter autant de bêtises en ne restant que sur la page 1 de Google. Cela en dit long parfois sur l’utilité de l’internet …

Évidemment cette affirmation ne tient pas la route, 100 c’est peut être le nombre de types distincts que vous trouverez dans un seul lieu de culture et de propagation assez ancien comme la Bekaa au liban ou bien la région Hindu Kush en Inde.

 

 

 

Plus près de nous la Beldiya une variété Marocaine de Cannabis concurrencée désormais par ses propres hybrides, qu’on a dénommé ‘Khardala’ ou bien ‘Gaouriya’. La frontière entre ces variétés est particulièrement ténue, certains individus génétiquement très proches … tout dépend des conditions de croissance de leurs parents et ancêtres.

À proprement parler, la notion même de Landrace, qui signifie ‘race locale’ ou encore ‘race indigène’ désigne le résultat d’un processus en mouvement, dans lequel le Cannabis excelle, mais qui n’a rien de mystique: l’évolution.

 

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Librement adapté d’après l’article « LANDRACE STRAINS: 10 FALSE CLAIMS FROM PAGE 1 OF GOOGLE » paru le 17 Septembre 2019 : The real Seed company

– Jean-pierre Ceccaldi pour The Blinc Group – Le Cannabiste 2018 Tous droits réservés –

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A propos jean-pierre 447 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du site : LeCannabiste.com. Je suis un journaliste blogger spécialisé dans le domaine du Cannabis. J'ai été choisi par un incubateur de Cannabusiness New Yorkais pour devenir leur consultant permanent en matière de Cannabis. Je publie de nombreux articles interviews et essais en langue Anglaise ainsi que pour la presse Française et l'industrie du Cannabis en général.