À la Rencontre de Michka par Eric Chapel

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L’histoire du Cannabis en France c’est aussi des personnages, des visages de femmes et d’hommes que l’on aperçoit souvent au détour d’une expo, dans la presse ou sur les réseaux sociaux. Les porte-voix, les lanceurs d’alerte, les porte-parole de la légalisation qui s’en vient …

Aujourd’hui Le Cannabiste met une fleur à sa boutonnière pour accueillir une des plus connues parmi les voix du Cannabis Français: Michka Seeliger-Chatelain. La grande dame du Cannabis est dans votre journal.

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Et qui mieux pour s’adresser à Michka que notre bon ami Eric Chapel, proche parmi les proches. Eric Chapel à lui tout seul c’est un peu l’âme de la résistance au milieu de gens comme Neville Shoenmakers, Jack Herer en Hollande ou bien Jean-pierre Galland et Véronique Casamia chez nous.

Alors nous lui avons donné carte blanche et voici ce qu’il a ramené pour vous.

Dans un champ de chanvre dans la Sarthe, fin des années 80- Image Mama Editions – Tous droits réservés

LE LIBRE ACCÈS AUX PLANTES, DROIT NATUREL DE TOUT ÊTRE VIVANT

Six semaines avant la parution de son prochain livre autobiographique, Michka, “La grande dame du Cannabis”, nous parle des drogues, de la prise de risques, des femmes… et de la variété qui porte son nom. 

#Interview

E.C.: Bonjour Michka, que fais tu de bon aujourd’hui?

Ces jours-ci, je finis de réunir les photos pour mon prochain livre perso, qui va sortir en anglais, à la mi-décembre, en Californie à la Emerald Cup. Un évènement où je ne suis jamais allée mais dont l’orientation me va droit au cœur puisqu’il est spécialisé dans l’herbe bio d’extérieur, avec une attention à la régénération des sols.

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« ..The Grande Dame of Cannabis

C’est émouvant pour moi que ce texte sorte d’abord en Anglais, ma langue d’adoption. Le titre anglais, The Grande Dame of Cannabis Tells her Story, devient, en français, La grande dame du cannabis se dévoile. Celui là sort quatre mois plus tard – en mars 2020.

 

Nouveau livre autobiographique qui sort en français en mars 2020 au Salon du livre de Paris- Image Mama Editions – Tous droits réservés

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E.C.:Comment as-tu rencontré le cannabis. Ta toute première fois ?
Nous nous sommes rencontrés en 1971, non loin de Vancouver, quelques mois après mon arrivée au Canada. Des amis, profs également (j’enseignais le français), m’ont passé un joint dans une soirée. Vus les préjugés transmis par la culture française de l’époque concernant “la drogue” – mot qui fourrait tout dans le même panier ça m’a fait très peur, et je suis restée sur mes gardes

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Pas de façon consciente mais, sans m’en rendre compte, je pense être restée dans l’observation. En tout cas, je n’ai rien senti. Même chose la deuxième fois. C’est seulement à la troisième reprise que je me suis suffisamment laissé aller pour vraiment inhaler, et entrouvrir la porte de ce nouvel univers. Avec le recul, je me dis que c’était finalement un comportement plutôt sain.

 

« ..Le corps est un temple

 

Certains des êtres que j’aime ou que j’ai aimés ont, ou ont eu, des comportements extrêmes face aux drogues et à l’alcool. Par contraste, j’estime ne jamais m’être mise en danger. Même chose pendant les années où je vivais et naviguais sur le voilier construit de nos mains, avec mon compagnon d’alors.

Son voilier presque terminé- Image Mama Editions – Tous droits réservés

 

J’ai toujours adoré la découverte, mais il me semble avoir évité les risques inconsidérés. Je vois là une caractéristique assez féminine de respect pour son propre corps. Le corps est un temple, il faut veiller sur lui.

 

Illustration Thuya – Image NC

À cette époque, l’herbe poussait en milieu naturel; elle résultait d’un terroir, d’un climat. Celle que nous fumions était importée du Mexique ou de Colombie, où les paysans récoltaient leurs propres graines pour les semer la fois suivante.

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L’intervention humaine s’arrêtait là. Aujourd’hui, l’herbe de base est cultivée en batteries, sous éclairage artificiel, dans des hangars qui évoquent  davantage le monde industriel que le jardin d’Eden.

 

 Vie rustique dans la forêt de l’Ouest canadien- Image Mama Editions – Tous droits réservés

On achetait le contenu d’un couvercle de boîte à tabac (environ 10 centimètres de diamètre pour 1 ou 2 de profondeur), non sans avoir partagé un joint avec la personne qui voulait bien vous céder un peu de cette herbe vénérée. La somme de vingt dollars (canadiens) me vient à l’esprit, mais sans certitude.

E.C.:Quelle est ton opinion sur l’explosion du marché du cannabis bien-être et du CBD ?

Je me réjouis bien sûr que le CBD vienne en aide à de nombreuses personnes (beaucoup de gens âgés, paradoxalement, qui l’apprécient pour leurs rhumatismes et autres douleurs chroniques). Cela dit, l’appellation “bien-être” pour les variétés riches en CBD me laisse dubitative. Elle alimente le vieux cliché selon lequel il y aurait un bon cannabis (le chanvre textile) et l’autre, le mauvais.

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Mais pourquoi notre culture a-t-elle donc si peur de l’ouverture de la conscience provoquée par les plantes enthéogènes – celles qui, comme leur nom l’indique, nous font ressentir le divin en nous? Pourquoi notre société les craint-elle au point de mettre en prison ceux qui en consomment ?

Le libre accès aux plantes est un droit naturel de tout être vivant. C’est quelque chose qui me tient énormément à cœur. Les plantes sont nos amies et nos alliés. À nous d’en faire bon usage.

Michka remet une coupe, High Times Cannabis Cup, début des années 90 – Image Mama Editions – Tous droits réservés
E.C.:Parle-nous des rencontres qui ont fait ton histoire dans le milieu du cannabis européen?

Des hommes et des femmes (surtout des hommes, il faut bien le dire) avec qui j’ai partagé le goût de repousser les limites de la prohibition, par amour de cette plante, pendant des décennies où le cannabis était beaucoup plus clandestin qu’il ne l’est aujourd’hui…? Longue histoire! 

Ce que je peux dire c’est que ma maîtrise de l’anglais m’a permis, dès la fin des années 1980, d’entrer de plain pied dans la Cannabis Cup originelle, organisée chaque mois de Novembre en Hollande – au moment de Thanksgiving – par le magazine américain High Times.

 

Cérémonie à Prague lors du lancement par Sensi Seeds de la variété Michka – Image Mama Editions – Tous droits réservés

Pour ceux qui se sentaient à l’aise dans ce milieu exclusivement anglophone, c’était un événement qui amenait à Amsterdam (à deux pas de mon appartement parisien) les pionniers du mouvement, dont certains, comme Dennis Peron, ont réellement été une inspiration pour moi.

D’ailleurs, dans son numéro de décembre 2019 le magazine, qui célèbre ses 45 ans d’existence, publie mes souvenirs de cet espèce d’âge d’or – la rencontre des défricheurs américains et hollandais. En tant que femme et française, j’y incarnais une double rareté. Naturellement, des liens indéfectibles se sont liés.

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 E.C.: À ton avis, qu’est ce qui fait qu’on n’avance pas avec le cannabis en France?

Je pense qu’après des décennies de plomb, de tabou absolu,  les choses avancent en France, même si cela n’est pas encore visible au niveau de la législation. C’est dans l’air du temps. Il y a longtemps déjà que les flics français ont commencé à se dire qu’ils avaient mieux à faire que de poursuivre les fumeurs de pétards. Et puis il devient clair pour tout le monde que loin d’être le poison pour lequel on l’a longtemps fait passer, le cannabis est un précieux médicament.

 

 » .. Le fruit est presque mûr

 

Quand un pays aussi respecté que le Canada légalise le cannabis, cela a des répercussions sur la planète entière. Cela modifie l’opinion publique et, au bout du compte, c’est cela qui fait changer les lois – même en France! Le fruit est presque mûr, et d’un seul coup, cela va éclater en plein jour.

Espérons qu’avoir été si longtemps à la traîne permettra au gouvernement Français de profiter de l’expérience des pays pionniers, comme le Portugal, les Pays-Bas, la Californie ou l’Uruguay…

 

Avec Tigrane Hadengue, cofondateur de Mama Editions, au Salon du Livre de Paris- Image Mama Editions – Tous droits réservés

 

« .. Jauger l’impalpable

 

E.C.: Contrairement à de nombreux activistes, tu as toujours réussi à éviter l’arrestation par la police. Mais quel est ton secret ?!

J’ai été interrogée à plusieurs reprises, je me suis retrouvée devant une cour de justice, mes livres ont été confisqués par la police (puis rendus), mais cela n’a jamais été plus loin. Le fait d’être une femme m’a peut-être protégée. De toute façon, quand on aime repousser les limites, on flirte avec le risque.

Il s’agit de jauger l’impalpable pour savoir jusqu’où on peut se permettre d’aller “trop loin” sans y laisser des plumes. Encore ce subtil dosage entre la prise de risque et la prudence!

C’est peut-être parce que la survie de l’espèce passe par elles, mais dans l’ensemble, les femmes me semblent plus attentives à leur propre préservation.

Michka® Féminisée – Image @ Sensi Seeds – Tous droits réservés

Et puis toutes sortes de facteurs personnels entrent en jeu. Certaines personnes ne s’épanouissent que dans l’opposition, le conflit les conforte dans leur identité. Je suis au contraire d’un naturel profondément pacifique. 

 
E.C.: Peux-tu nous parler de la variété de cannabis qui porte ton nom, à défaut de nous en envoyer un brin.

Quand j’ai été contactée par Sensi Seeds, qui souhaitait créer une variété portant mon nom, ma réaction immédiate a été: ”À condition qu’elle me plaise!” Car j’ai des goûts spécifiques. J’évite les variétés qui assoupissent où mettent du flou dans la tête. J’ai gardé une nostalgie pour l’herbe des années 1970, largement Sativa, c’est-à-dire claire et stimulante. Inspirante.

 

« .. L’herbe la plus métaphysique que je connaisse

 

Mais la culture en intérieur exige des caractéristiques Indica – des plantes de taille réduite – dont personnellement je n’apprécie pas autant l’effet. J’ai donc précisé qu’il faudrait que ce soit une Sativa, et si possible une Haze.

 

Avec Jack Herer en 1994 à Amsterdam – Image Mama Editions – Tous droits réservés

 

Le moment venu, je suis allée à Amsterdam pour goûter cette nouvelle variété et voir si je souhaitais qu’elle porte mon nom. Et dès la première bouffée d’herbe pure (je fume sans tabac), littéralement dès cet instant, j’ai su que j’étais exaucée.

 

Le rappeur Demi-Portion avec une boîte de graines de la variété Michka – Image Mama Editions – Tous droits réservés

 

La Michka – l’herbe – est d’une clarté remarquable. D’ailleurs, elle compte une Haze originale aussi bien du côté de sa mère que du côté de son père.

 E.C.: Si tu devais choisir une seule variété pour partir sur une île déserte quelle serait-elle ? (Attention, pas le droit de dire la Michka !)
On parle bien ici de variétés originales, pas de pâles copies tardives ? Ce serait la Neville Haze, qui reste pour moi le chef d’oeuvre du breeder de génie que fut Nevil Shoenmakers. C’est l’herbe la plus métaphysique que je connaisse. D’une clarté… spirituelle!

 

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Interview réalisée gracieusement par Eric Chapel en ligne en Octobre 2019

– Jean-pierre Ceccaldi pour The Blinc Group – Le Cannabiste 2018 Tous droits réservés –

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A propos jean-pierre 441 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du site : LeCannabiste.com. Je suis un journaliste blogger spécialisé dans le domaine du Cannabis. J'ai été choisi par un incubateur de Cannabusiness New Yorkais pour devenir leur consultant permanent en matière de Cannabis. Je publie de nombreux articles interviews et essais en langue Anglaise ainsi que pour la presse Française et l'industrie du Cannabis en général.