Éric Correia un O.P.N.I. aperçu en Creuse

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Objet Politique Non Identifié, c’est l’acronyme qui passe par la tête au contact de cet homme là. Pour notre première Interview de responsable politique, nous avons choisi d’inviter Éric Correia sur Le Cannabiste.

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#Édito

Voilà enfin la preuve, s’il en fallait une, qu’il existe encore en France, un certain nombre d’hommes et de femmes éclairés, probes, positifs et concernés par les affaires publiques en toute simplicité.

Eric Correia, c’est le nom que l’histoire de France retiendra lorsqu’on se félicitera d’avoir légalisé l’usage médical du Cannabis dans un intérêt général manifeste.

 

#Le Cannabusiness et les déserts économiques ?

Pendant que les Cannabistes Français font encore aujourd’hui, l’amère expérience d’une prohibition revendiquée par leurs élus. Aux USA, un phénomène économique comparable à l’invention de l’internet est en train de se produire. Au fil des changements de lois fédérales et dans de nombreux états, le Cannabusiness vole au secours des déserts économiques.

Le Cannabis c’est devenu le nouvel or vert dont tous les secteurs bénéficient. La médecine, le tourisme, la restauration, les services, mais également l’immobilier et même la bourse!

C’est indiscutable, aux USA la marée verte s’étend progressivement sur tout le continent et le chanvre est de retour pour servir durablement les industries du textile et du bâtiment.

 

# Et si le réparateur c’était le Creusois ?

En France, la Creuse qui n’est pas connue pour ses  grands crus ne propose pas non plus de French Riviera. Il n’y a d’ailleurs pas plus de vastes industries aéronautiques que de Silicon Valley à la Française dans ce département. Par contre en Creuse, il y à de la vraie terre, de l’eau, du soleil et du vent, on y cultive heureusement le chanvre, et les bonnes idées. Des idées courageuses aux racines d’un humanisme en passe de devenir légendaire.

C’est qu’il en faut du courage en 2018 pour se parer habilement du Cannabis médical, face aux lobbys de l’alcool, du médicament et dans un contexte de grande peur chez les négociants du CBD. Alors qu’au pays des bleus l’ascenseur social reste en panne depuis plus de 40 ans, on pourrait même se demander: Et si le réparateur, c’était le Creusois?

 

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L‘interview

LC: Bonjour Mr Correia, pouvez vous nous parler de vos fonctions d’aujourd’hui?  Quel a été votre parcours politique?

Je suis un homme de gauche. Adhérent du parti Socialiste et Conseiller municipal à Guéret depuis 1995,  j’y ai exercé deux mandats en tant qu’adjoint en charge de l’action culturelle, j’ai été élu en 2014, à la Présidence de la Communauté d’Agglomération du Grand Guéret.
Depuis 2015, les électeurs m’ont porté Conseiller Régional de Nouvelle Aquitaine. Ensuite le Président Alain Rousset m’a nommé délégué en charge de l’Economie créative, de l’innovation et des droits culturels. J’ajoute que c’est une délégation passionnante et qui m’amène à parcourir cette grande région innovante.

 

Mon job me place aux premières loges… »

 

LC: Comment vous est venue l’idée de travailler à permettre la culture du Cannabis à usage médical en Creuse?

J’exerce comme infirmer anesthésiste au centre hospitalier de Guéret. Mon job me place aux premières loges au regard de ce qui se fait  dans la pharmacopée Française en matière d’usage de substances opiacées.
C’est vrai pour des patients en souffrance aiguë et pour les cas de souffrance chronique. Au quotidien, toujours plus de morphine, d’opium et autres dérivés issus de ces drogues violentes sont nécessaires. Le problème c’est qu’elles deviennent souvent addictives pour les patients.
Dans le même temps, on peut observer un fort développement du Cannabis à usage thérapeutique. C’est le cas dans de nombreux pays voisins en Europe comme en Israël, mais également en Amérique et très récemment au Canada.

 

Plusieurs centaines de milliers de Françaises et Français concernés par le CBD… »

 

Or en France le regard des politiques sur le Cannabis est parfaitement tronqué. Un fort lobby oriente essentiellement les débats sur le constat récréatif et économique délictuel qu’il génère. Ainsi les dogmes sur le sujet semblent immuables. Pendant ce temps, les vertus thérapeutiques de la plante sont reconnues hors de nos frontières au bénéfice de nombreux patients contre les douleurs chroniques.
On estime à plusieurs centaines de milliers de Françaises et Français concernés par les potentiels bienfaits du CBD et des autres molécules de la plante. On peut aussi parler de certains traitements à base de THC, mais sans doute dans une moindre mesure.
Le Président Macron a décrété un plan particulier de relance économique pour le département de la Creuse. Il a demandé aux élus du département  de lui faire parvenir des propositions innovantes voire extra légales. Alors j’ai tout de suite porté une proposition de dérogation. L’objectif c’est que la Creuse expérimente une filière complète d’élaboration et de production de Cannabis à usage thérapeutique.

 

LC: Depuis la naissance de cette idée, avez-vous l’impression de susciter d’avantage l’hostilité ou plutôt l’enthousiasme autour de vous?

Les premières semaines qui ont suivi cette annonce ont été bien évidemment difficiles. L’idée a été plutôt bien accueillie par la population et le monde agricole. Mais de nombreux élus et amis, m’ont dit que je prenais un chemin risqué, et qu’il s’agissait d’un projet totalement utopique.
Mais à force de communication et de pédagogie, à force de montrer ce qui se fait à l’étranger, dans les pays qui ont légiféré sur le cannabis thérapeutique, et bien peu à peu la perception des gens a changé sur le sujet. 
Je pense que même au niveau national, nous sommes parvenus à modifier l’image du Cannabis. Mais il reste encore beaucoup de pédagogie à produire vis-à-vis des plus réfractaires. La société française commence à bouger. Localement, en Creuse, tout le monde a bien compris les bénéfices économiques et les enjeux sociétaux d’un tel projet.

 

Eric Correia – Photo Fédération PS Creuse

LC: Le maire de Laàs dans les Pyrénées semble vouloir emboîter le pas et dans ce cas, il s’agirait de Cannabis à but récréatif. En tant qu’homme et en tant que responsable politique, quelles sont vos propres idées sur le concept d’un Cannabis récréationnel Français.

L’interdiction du Cannabis est une situation dure depuis des années et contre laquelle des gens comme le CIRC et le Norml sont effectivement engagés, mais aujourd’hui ce n’est pas mon combat.
En revanche, il est désormais notoire que la France est l’un des pays les dont la politique de répression sur les stupéfiants, en particulier sur le Cannabis, est la plus forte.

 

La répression (…) sur ce produit doit être reconsidérée… »

 

Hélas, le constat de son inefficacité est criant quand on observe le nombre de consommateurs en augmentation constante (notamment chez les plus jeunes). Les effets sociaux de la législation sont dévastateurs. Le trafic induit est tout à fait préjudiciable aux biens et aux personnes. Le trafic occasionne des dérives sociétales dans tous les quartiers de nos villes et dans chaque village de notre pays. C’est devenu une réalité quotidienne.
Mon avis c’est que la répression telle que nous la connaissons en France, sur ce produit doit être reconsidérée. La simple et bonne raison, c’est qu’elle ne porte pas les résultats escomptés, et surtout en terme de santé publique. Mais au risque de me répéter, cela n’est pas le combat dans lequel je suis personnellement engagé .

 

Capture d’écran : La Montagne

LC: On imagine que la pression et l’attente autour de votre requête au Président Macron dépassent les frontières de la Creuse. Pouvez-vous nous confier (Ndr: on ne le répétera pas): Quel est le statut de ce dossier?

A ce jour, le dossier est officiellement transmis au Premier Ministre. Nous n’en attendons pas de retours particuliers pendant l’été. Mais après avoir été très incitatifs dans leurs sollicitations à demander des propositions visant à relancer l’économie et la démographie de la Creuse, je n’imagine pas comment la Présidence et son gouvernement pourraient nous astreindre à une fin de non-recevoir.
Notre pays a besoin d’audace, d’innovation et d’ingénierie socio-économique. Je me bats pour que cette dérogation de cultiver du cannabis thérapeutique puisse profiter en premier lieu à la Creuse. 
Si à l’avenir, cette expérimentation est, comme je le crois, probante, alors: tant mieuxSi elle peut profiter aux territoires ruraux: tant mieuxSi cela peut générer emploi et diversification d’activités pour bon nombre d’agriculteurs qui en ont tant besoin, et bien je dis encore: tant mieux.
Mais je sais aussi et surtout que Cannabis Médical c’est synonyme de bien-être ou de mieux-être pour des centaines de milliers de patients.

 

Le livre que j’ai s’appelle:l’empereur nu… »

 

LC: L’écrivain Jean-pierre Galland signait récemment une tribune à ce sujet sur Le Cannabiste. De votre côté, pensez-vous que Justin Trudeau ait raison d’opposer l’Autoculture de 4 plants de Cannabis par famille, à la prolifération incessante du marché noir ?

A moins de visiter chaque foyer possiblement concerné, ce qui est d’ailleurs quasi impossible à réaliser par les services de l’état, je ne vois pas bien comment les autorités canadiennes pourraient contrôler ce respect de 4 plants  cultivés par famille. Si l’idée de contrer la production du marché noir est parfaitement louable, une telle mise en œuvre reste selon moi utopique. 
Je pense que la meilleure solution réside autour d’une production très encadrée par un organisme gouvernemental officiel, sans laisser la possibilité de cultiver une sorte de quota chez-soi. Car finalement personne ne pourrait contrôler. En outre, Justin Trudeau a permis de légiférer sur le Cannabis à la fois récréatif et thérapeutique. Mon sujet reste exclusivement le Cannabis thérapeutique.

 

LC: Avez-vous la moindre connaissance des différentes variétés de Cannabis comme : White Widow, Northern Lights, Jack Herer, Kush etc?

J’ai entendu parler de Jack Herer a travers le livre que j’ai acheté et qui s’appelle «l’empereur nu». Sinon je connais la Sativa L et la Charlotte’s Web …

LC: Un dernier mot?

Une citation:

“ Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. ”

( Mark Twain)

Éric Correia, quelque part au dessus de la Creuse – Photo Éric Correia @Fb

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— Jean-pierre Ceccaldi pour The Blinc Group – Le Cannabiste 2018 Tous droits réservés —

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A propos jean-pierre 206 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du site : LeCannabiste.com. Je suis un journaliste blogger spécialisé dans le domaine du Cannabis. J'ai été choisi par un incubateur de Cannabusiness New Yorkais pour devenir leur consultant permanent en matière de Cannabis. Je publie de nombreux articles interviews et essais en langue Anglaise ainsi que pour la presse Française et l'industrie du Cannabis en général.