La prohibition, c’est dépassé ? L’économiste Pascal Perri tire la sonnette d’alarme : face à un marché illégal qui pèse plusieurs milliards, la France s’obstine dans une politique inefficace. Dans une tribune publiée dans La Tribune Dimanche, il ose poser la question qui fâche : et si légaliser le cannabis était la seule issue raisonnable ? Entre chiffres chocs et constat d’impuissance, Perri invite à un virage stratégique… audacieux.
Les idées qui font débat, les chiffres qui piquent et les punchlines qui claquent, c’est sur Le Cannabiste.
La prohibition du cannabis : un échec bien documenté
100 ans de lutte pour quel résultat ?
La France a adopté une posture répressive à l’égard du cannabis depuis des décennies. Résultat : le trafic prospère, les mafias s’enrichissent, et les consommateurs n’ont jamais été aussi nombreux.
« La prohibition est un échec. Le trafic de stupéfiants prospère. Il fait la fortune d’organisations criminelles comme la prohibition sur l’alcool a financé le crime organisé américain il y a tout juste un siècle. » Pascal Perri
Un marché noir plus florissant que jamais
- Le marché français du cannabis pèserait entre 6 et 7 milliards d’euros par an selon l’Observatoire des drogues et des tendances addictives.
- La consommation de cannabis en France a bondi de 77 % entre 2010 et 2023.
- Le marché mondial des drogues : entre 300 et 500 milliards de dollars par an selon l’université McGill.
Et la répression ? Elle ne touche souvent que les petites mains :
- Interpellations en série mais peu de perturbation dans les réseaux logistiques.
- Des produits toujours plus purs et moins chers.
- Une demande qui s’adapte aux prix, comme dans n’importe quel marché légal.

L’effet pervers des politiques répressives
À force de frapper les petites mains sans désorganiser les têtes du réseau, la France joue une partie de poker perdue d’avance. Le crime organisé s’adapte, corrompt, intimide, infiltre.
« Cette activité criminelle a de tels moyens qu’elle est capable d’essuyer des pertes, de corrompre des agents publics… » Pascal Perri
Conclusion provisoire :
La prohibition n’endigue rien. Elle alimente un écosystème mafieux et crée un cercle vicieux où l’illégalité est la norme et la violence, un outil de gestion commerciale.
Le poids économique du trafic de stupéfiants
Le trafic de cannabis en France n’est pas un simple fait divers : c’est un colosse économique qui alimente les caisses du crime organisé. L’argent de la drogue circule, blanchit, infiltre et transforme notre société dans l’ombre.
Des milliards qui échappent à l’État
| Élément | Estimation |
|---|---|
| Valeur du marché du cannabis en France | 6 à 7 milliards d’euros/an |
| TVA potentielle pour l’État (si légalisé) | ~500 millions d’euros/an |
| Valeur mondiale du marché des stupéfiants | 300 à 500 milliards de dollars/an |
Chaque euro non régulé est un euro pour les mafias. Pendant que les caisses publiques se vident, les réseaux criminels eux, se gavent, littéralement.
« Sur le plan fiscal, l’État, c’est-à-dire la caisse de communauté, devrait être en mesure de lever autour de 500 millions d’euros de TVA. Ces 500 millions sont actuellement investis au service du crime. » Pascal Perri
Une machine criminelle bien huilée
- Réseaux logistiques ultra-efficaces : transport par mer, air et terre.
- Systèmes de distribution sophistiqués : centres de dégroupage, vente au détail.
- Capacité à corrompre, à infiltrer, à se régénérer sans cesse.
Le trafic finance bien plus que du cannabis. Il alimente également des trafics connexes :
- Armes
- Êtres humains
- Corruption institutionnelle
Dans cette équation économique souterraine, l’État n’a pour l’instant qu’un rôle d’observateur désarmé.
Légalisation : une réponse pragmatique selon Pascal Perri
Pascal Perri ne cherche pas à faire plaisir, il cherche à être efficace. Sa proposition est simple : légaliser le cannabis, non par idéologie, mais parce que l’interdiction ne fonctionne plus. C’est une question de coût-bénéfice, pas de morale.
« Je ne suis pas enthousiaste à cette idée mais j’ai bien peur, rationnellement, qu’elle soit la seule capable de désarmer les trafiquants. » Pascal Perri

Contrôle, fiscalité, santé publique : les bénéfices attendus
Une légalisation encadrée offrirait à l’État des leviers puissants pour reprendre la main sur le marché :
- Quantités limitées : rationnement encadré pour éviter la dérive.
- Prix fixés par l’État : pour couper l’herbe sous le pied aux dealers.
- Contrôle qualité : fin des substances coupées, surveillance sanitaire.
- Recettes fiscales : ~500 millions d’euros de TVA pour la collectivité.
Le tout sans glorifier la consommation, mais en réduisant les risques pour tous.
La fin d’un tabou politique ?
Légaliser le cannabis reste un sujet sensible en France. Mais pour Pascal Perri, l’urgence est telle qu’il faut cesser d’avoir peur du débat. La politique du déni n’a plus sa place.
« La lutte contre le crime organisé ne se fera pas avec de bons sentiments. » Pascal Perri
Il s’agit d’un changement de paradigme : traiter le cannabis comme une question de santé publique et d’économie, pas seulement de morale ou de police.
L’exemple allemand : légaliser sans banaliser
Et si le salut venait d’outre-Rhin ? Depuis avril 2024, l’Allemagne a choisi une voie médiane : légaliser sous contrôle strict. Un modèle que Pascal Perri cite en exemple pour la France, avec des résultats concrets à la clé.

Ce que l’Allemagne a changé depuis 2024
- Possession légale d’une quantité limitée de cannabis pour usage personnel.
- Création de clubs de cannabis : des structures réglementées, sans but lucratif.
- Encadrement strict de la production et de la distribution.
Contrairement aux craintes agitées par les opposants à la légalisation, la consommation n’a pas augmenté en Allemagne depuis l’entrée en vigueur de la réforme.
« L’exemple allemand montre le contraire. […] La consommation n’a pas augmenté. » Pascal Perri
Et si la France suivait le même chemin ?
Le modèle allemand propose une alternative à la fois structurée et non permissive. Il permet de retirer des parts de marché au trafic illégal, tout en évitant la dérive commerciale à l’américaine.
Pour Perri, l’idée est claire :
- Encadrer sévèrement le marché légal
- Réprimer fortement le marché noir restant
- Sanctionner les clients du trafic illégal (amendes dissuasives)
Ce n’est pas l’anarchie verte, c’est la reprise en main par l’État.
Vers une légalisation encadrée en France ?
Et maintenant, que fait-on ? La question n’est plus “faut-il en parler ?”, mais “comment l’encadrer intelligemment ?”. Pour Pascal Perri, une stratégie mixte pourrait enfin sortir la France de l’impasse répressive.
Répression ciblée, encadrement strict : un équilibre à trouver
Légaliser ne signifie pas abandonner la lutte contre le trafic illégal. Bien au contraire :
- Intensifier la traque des réseaux criminels, avec des moyens renforcés.
- Infliger de lourdes amendes aux consommateurs du marché noir.
- Encadrer la vente légale par des circuits sécurisés et non marchands.
La stratégie repose sur une logique claire :
| Objectif | Moyen proposé |
|---|---|
| Réduire le trafic | Légalisation contrôlée |
| Reprendre la main sur le marché | Prix et quantité fixés par l’État |
| Protéger la santé publique | Contrôle qualité des produits |
| Assécher le financement du crime | Taxation et redistribution fiscale |
Le vrai coût du statu quo
« Nous n’avons pas pris collectivement conscience qu’il s’agissait d’une guerre totale que nous traitons avec des moyens homéopathiques. » Pascal Perri
Maintenir le statu quo, c’est payer pour l’échec. C’est investir dans des politiques qui ne marchent pas, tout en laissant la criminalité s’organiser. Légaliser ne résoudra pas tout. Mais ne rien changer ne résout rien non plus.
Source : latribune.fr











