Santé : Les 10 atouts médicaux du Δ-9 THC

Publicité

Le Cannabiste se lance à la découverte des propriétés médicinales du plus polémique des composés du Cannabis: le Tétrahydrocannabinol. Au travers d’une poignée d’exemples documentés, études à l’appui, voyons à quoi pourrait-être utile la molécule préférée des fonsdés Français… si elle n’était interdite.

* * *

Avertissement:  Article R5132-86

Modifié par Décret n°2013-473 du 5 juin 2013 – art. 1 I. – Sont interdits la production, la fabrication, le transport, l’importation, l’exportation, la détention, l’offre, la cession, l’acquisition ou l’emploi :  1° Du cannabis, de sa plante et de sa résine, des produits qui en contiennent ou de ceux qui sont obtenus à partir du cannabis, de sa plante ou de sa résine ; 2° Des tétrahydrocannabinols, à l’exception du delta 9-tétrahydrocannabinol, de leurs esters, éthers, sels ainsi que des sels des dérivés précités et de produits qui en contiennent.

Attention:  Cet article contient un grand nombre de liens rapportant à des études médicales et scientifiques. A priori, toutes les études ont été réalisées en conformité avec la loi dans leurs pays respectifs et sous contrôle légal.

En France, il est strictement interdit d’utiliser du Cannabis pour se soigner ou non. Cet article est purement consultatif, il se fonde parfois sur des études produites sur des sujets animaux et n’a pas pour but d’encourager qui que ce soit à consommer du Cannabis sous quelque forme que ce soit. 

Donc si après avoir lu cet article vous en concluez qu’il vous faut enfreindre la loi pour vous soigner, c’est que vous n’avez pas compris le propos de cet article. Pour être en bonne santé ne fumez pas.

* * *

A présent on peut parler médecine, santé et recherche de manière un peu plus détendue.

#1 Antalgique / Anti Douleur

C’est la raison principale pour laquelle on l’emploie en médecine, les propriétés antalgiques du THC sont l’un de ses principaux atouts. Par le biais des récepteurs CB1 et CB2 du système cannabinoïde endogène, les effets constatés sur la transmission de la douleur sont comparables à ceux de la morphine, sans accoutumance et avec un risque de surdosage pratiquement inexistant. En 2012 déjà une étude clinique menée sur des patients victimes de douleurs liées au cancer avait mis en évidence le rôle des récepteurs CB1 et CB2 dans le traitement de la douleur par les cannabinoïdes. À ce chapitre, la suite est un peu technique.

Comment ça marche ?

Une autre étude ici, démontre que le THC facilite ses capacités de soulagement de la douleur, notamment par le biais du récepteur CB1. Lorsque le composé se lie avec, et active le CB1, le terminal présynaptique est ‘hyperpolarisé’.

Cela signifie que les canaux calciques se ferment tandis que les neurotransmetteurs inhibiteurs et excitateurs sont retenus au niveau de leurs synapses. Cela peut moduler la libération d’opioïdes et ainsi soulager la douleur.

 

Illustration : Cellule nerveuse – Crédits @ Pixabay

 

#2 Du THC contre la nausée et les vomissements

Avec l’augmentation des cas de cancer et la nécessité de pallier les effets de la chimiothérapie, le Cannabis s’est aussi taillé une belle réputation d’anti-émétique, c’est grace au THC.

Dans cette étude qui date de 2001, publiée sur le très sérieux British Medical Journal on en conclut que :

« Les cannabinoïdes étaient des antiémétiques plus efficaces que la prochlorpérazine, le métoclopramide, la chlorpromazine, la thiéthylpérazine, l’halopéridol, la dompéridone ou le alizapride » Auteurs, Source BMJ

Comment ça marche ?

Les recherches suggèrent que les effets anti-émétiques se produisent par interaction avec la 5-hydroxytryptamine 3 (récepteur 5-ht3). Avec les récepteurs CB1 et 5-ht3 situés sur les neurones de l’acide gamma-aminobutyrique (GABA), ils ont un effet opposé sur la libération de GABA.

Le GABA est un neurotransmetteur pouvant induire des nausées. Ainsi, lorsque le THC active CB1, il peut neutraliser la nausée provoquée par la libération de GABA activé par 5-HT3.

#3 Du THC pour favoriser l’appétit

Tous ceux qui en ont fait l’expérience rapportent que le THC donne faim. Il y a même une expression d’argot pour cela: ‘la foncedale’. 

Clé de voûte des comportements alimentaires, le système cannabinoïde endogène est directement stimulé par le THC à la faveur d’un accroissement spectaculaire, de l’appétit des sujets, des études comme celle-ci menée par Raphaël Mechoulam, le démontrent clairement.

 

Illustration Mike Meeks @ Unsplash

Comment ça marche ?

C’est la forte concentration des récepteurs du type CB1 sur une zone du cerveau où sont en partie traitées les informations relatives à la satiété, qui est responsable de ‘l’effet fringale’.

Les récepteurs CB1 se trouvent dans l’hypothalamus latéral et sont abondants dans les neurones contenant de l’orexine et de l’hormone de concentration de mélanine (MCH).

Ces neurones se projettent dans la voie dopaminergique impliquée dans la récompense alimentaire. Ainsi, l’activation des récepteurs CB1 dans ces neurones peut exciter les neurones MCH et entraîner une augmentation de l’appétit.

#4 Le THC pour dormir

Par un jeu hormonal à la fois subtil et complexe le THC joue un rôle particulièrement efficace dans le cas de difficultés à trouver le sommeil, ce qui au passage n’est pas un problème si rare … (NDLR: Ça sent le vécu!)

Comment ça marche?

Une étude de 2006 a mis en évidence que même avec des doses minimes équivalentes à 15 milligrammes de THC on obtenait déjà un effet sédatif important et une relative efficacité sur le sommeil.

Là encore les chercheurs pensent que le récepteur CB1 joue un rôle prépondérant dans la facilitation des effets du THC.

 

Crédits Andalucia @ Unsplash

Une autre étude menée sur de animaux a montré que le cycle lumière/obscurité module l’activation du récepteur CB1 par le THC, ce qui peut entraîner un effet régulateur du sommeil.

Le fait que les récepteurs CB1 résident dans la zone du tronc cérébral – qui joue un rôle clé dans le sommeil et les rêves – renforce davantage le rôle du THC et du CB1 dans la modulation du sommeil.

#5 THC contre Stress

Depuis la caricature du hippie désinvolte, jusqu’aux évocations récentes d’un ‘syndrome amotivationnel’ qui frapperait ceux qui en consomment, le Cannabis modifie évidemment l’impact du stress sur le mental humain.

On peut même dire que c’est un peu ce qui le caractérise …

 

Crédits Anon @ FB

Comment ça marche ?

Accrochez-vous c’est un peu compliqué : En activant les récepteurs aux cannabinoïdes, tout comme le CBD le THC peut jouer un rôle clé dans la rétroaction négative de la réponse au stress neuroendocrinien.

Selon des études, l’activation des récepteurs aux cannabinoïdes inhibe la cascade de stress, ce qui entraîne la libération d’hormone libérant de la corticotropine. 

Cela produit ensuite des hormones adrénocotricoptropines qui, à leur tour, régulent la production de cortisol, la fameuse ‘hormone du stress‘.

Compliqué oui, mais cela vaut la peine de se renseigner, si vous avez des problèmes de stress.

#6 le THC comme antidépresseur

Le sentiment d’euphorie qui accompagne les effets du THC est testé depuis longtemps au titre d’outil thérapeutique, afin de contrecarrer les symptômes de la dépression nerveuse.

Sur des modèles animaux le THC montre un effet anti dépresseur à partir de 2.5 milligrammes par kilo

Comment ça marche ?

Les recherches suggèrent que le récepteur CB1 joue un rôle important dans les effets antidépresseurs du THC.

Les modifications neurochimiques induites par l’activation de CB1 dans les régions du cerveau associées à l’humeur peuvent être responsables de cet effet antidépresseur.

 

Image @ Pixabay / Le Cannabiste -Tous droits réservés

#7 THC contre cancer

De nombreuses recherches étudient aujourd’hui les propriétés anti-tumorales du Cannabis et du THC en particulier.

Si on en croit certaines études Européennes dont nous disposons aujourd’hui, il semble effectivement que cette molécule altère et retarde le développement des cellules cancéreuses.

Comment ça marche ?

On pense également que CB1 joue un rôle important ici, une autre étude oncologique a révélé que CB1 était le principal récepteur impliqué dans la réduction des niveaux de développement du cancer, ici une étude sur le cancer de la prostate.

L’activation par le récepteur CB1 de la voie apoptotique, semble avoir entraîné directement la mort des cellules cancéreuses, sur des modèles in vivo animaux et in vitro en laboratoire.

#8 Le THC pour ralentir la croissance des tumeurs.

En marge du rôle manifeste du THC dans la mort de cellules cancéreuses, l’apoptose; le THC pourrait être utile afin de ralentir et de stopper la croissance des tumeurs.

En plus de provoquer in vitro « l’apoptose » (la mort par sauto-destruction) des cellules cancereuses, le THC semble également capable de stopper le développement des vaisseaux sanguins qui irriguent les tumeurs. On dit qu’il interrompt « l’angiogénèse » essentielle au développement de cette maladie.

Son effet? Il leur coupe littéralement les vivres en détruisant les petits vaisseaux qui alimentent les tumeurs en sang.

Comment ça marche ?

Selon les recherches, les cannabinoïdes arrêtent la croissance des vaisseaux sanguins en bloquant l’activation de la voie du facteur de croissance endothéliale vasculaire (VEGF). Une étude a montré que l’activation de CB1 et CB2 altère les vaisseaux sanguins et diminue l’expression du facteur VEGF.

Découvrez sur le même sujet

 

#9 Le THC comme anti-inflammatoire

Les effets anti-inflammatoires du THC sont orchestrés au niveau cellulaire de notre corps. Là encore il faut parler du système cannabinoïde endogène et du récepteur CB1, présent dans nos muscles et nos organes dans tout le corps.

C’est une interaction chimique liée à ce récepteur qui est en cause dans la réponse anti-inflammatoire du corps humain.

Comment ça marche ?

Une étude a montré que l’activation du récepteur CB1 chez des souris en gestation, entraînait une augmentation de la production d’Interleukine IL-10, une protéine anti-inflammatoire produite par les lymphocytes B. A la base du processus, un récepteur stimulé directement et efficacement par le THC.

#10 Le THC contre la parodontite

La parodontite est une forme de maladie parodontale, au même titre que la gingivite, elle serait directement impactée par une application de cannabinoïdes. 

La zone de la bouche et des gencives compte un grand nombre de récepteurs de type CB1 et CB2, cette situation serait responsable de l’impact majeur des molécules en question dans cette zone.

 

Crédits Image @ Earth Dispensary – Tous droits réservés

 

Une étude animale a montré que l’activation des récepteurs CB1 et CB2 entraînait une réponse inflammatoire parodontale réduite.

Une autre étude a démontré que l’activation de CB2 entraînait un effet anti-inflammatoire, ostéo protecteur et pro-homéostatique sur le tissu buccal de rats atteints de parodontite.

Bien que fumer du cannabis peut limiter ces effets positifs, les autres méthodes de consommation semblent avoir plutôt un effets bénéfiques sur la santé tissulaire des gencives.

* * *

Voilà qui est fait, à l’heure où les groupes Facebook et autres comptes sociaux s’engagent sur les voies hasardeuses et manichéenne du ‘Tout CBD’ contre le tout méchant THC ; il était temps de faire le point, papiers en main. 

Quoi qu’il en soit, méfiez-vous des mots que vous dites et qui vous emprisonnent chère lectrice, cher lecteur courageux qui avez eu le coeur de poursuivre jusqu’ici le fil de ce long papier, ponctué d’innombrables barbarismes scientifiques.

Car, trop vouloir s’épancher sur les vertus médicinales du THC dans la France de 2019 serait un sport aussi dangereux que d’affirmer : ‘Et pourtant elle tourne’ en 1633.

A présent prenez bien soin de vous.

 

Illustration ‘Le procès de Galilée’ Peinture de Joseph-Nicolas Robert-Fleury. – Crédits Wikimedia Commons 

Commentaires, réactions: Le Cannabiste sur Facebook / Twitter

Sources : PMC ///  BMJ /// Sur une idée de RX LEAF

– Jean-pierre Ceccaldi pour The Blinc Group – Le Cannabiste 2018 Tous droits réservés –

Facebook Comments

A propos jean-pierre 441 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du site : LeCannabiste.com. Je suis un journaliste blogger spécialisé dans le domaine du Cannabis. J'ai été choisi par un incubateur de Cannabusiness New Yorkais pour devenir leur consultant permanent en matière de Cannabis. Je publie de nombreux articles interviews et essais en langue Anglaise ainsi que pour la presse Française et l'industrie du Cannabis en général.