Au Manitoba, les magasins de cannabis ne seront bientôt plus obligés de masquer leurs vitrines. Le 5 octobre 2026, le gouvernement de la province canadienne a déposé le projet de loi 56, qui lève l’obligation de poser des films occultants sur les devantures des points de vente, au nom de la sécurité des employés. Les produits, eux, resteront invisibles depuis la rue.
Une vitre dégagée protège parfois mieux qu’un rideau tiré, surtout quand on travaille seul derrière le comptoir. L’actualité réglementaire du cannabis, vitrine grande ouverte, c’est sur Le Cannabiste.
Ce que prévoit le projet de loi 56
Déposé par le ministre de la Justice du Manitoba, le texte modifie la loi provinciale encadrant l’alcool, les jeux et le cannabis. Sa première mesure supprime l’exigence d’occulter les vitrines des commerces réservés aux adultes: on pourra de nouveau voir l’intérieur du magasin depuis le trottoir. Jusqu’ici, des films ou des panneaux devaient empêcher tout regard sur la salle de vente.
Sa seconde mesure est passée plus inaperçue, mais compte autant. Elle donne à l’autorité provinciale de régulation le pouvoir de fixer par règlement un nombre minimal d’employés présents en magasin, y compris pendant certaines plages horaires jugées plus à risque. La modification entrera en vigueur dès la sanction royale, sans date couperet fixée dans le texte.
La sécurité des vendeurs au cœur du texte
Le déclencheur est un fait précis. En mai, une employée aurait été agressée par un individu qui s’était enfermé avec elle dans la boutique, une fois les derniers clients sortis. Des vitres opacifiées rendent le personnel invisible depuis la rue: impossible, pour un passant, de voir qu’une salariée est seule et en difficulté.
Le syndicat qui représente ces salariés a fait de ce point sa priorité, enquête interne à l’appui: travailler seul était de loin la première préoccupation remontée par les équipes. D’où la double réponse du texte, la vitrine dégagée et le seuil d’effectifs.

Nous allons réclamer le retrait des films occultants le plus vite possible dans les commerces de cannabis syndiqués, et nous encourageons tous les employeurs à saisir l’occasion pour rendre leurs lieux de travail plus sûrs.
Marie Buchan, responsable syndicale
Le Manitoba emboîte le pas à trois provinces
La province n’ouvre pas un débat neuf. L’Alberta en 2022, la Colombie-Britannique en 2023 et l’Ontario en 2025 ont déjà levé cette obligation. En Alberta et en Ontario, la décision avait suivi une hausse marquée des vols: des vitrines borgnes dissimulaient aussi bien les salariés que les cambrioleurs une fois à l’intérieur.
Le mouvement raconte une normalisation progressive du commerce de détail depuis l’ouverture du marché légal. Après des années à traiter la boutique comme un lieu à cacher, plusieurs provinces assument désormais une devanture ordinaire, plus proche de celle d’un commerce classique que d’une arrière-salle. Le pays reste l’un des laboratoires les plus observés sur le sujet, comme le montre le marché légal du cannabis au Canada et ses ajustements successifs.
Les produits restent cachés, pas les employés
Le texte ne transforme pas la boutique en vitrine marchande. L’interdiction de montrer les produits de cannabis depuis l’extérieur demeure: ce sont les films occultants qui disparaissent, pas la règle de discrétion sur les étagères. Le ministre a résumé l’arbitrage sans détour, on ne veut pas que des enfants aperçoivent du cannabis en vitrine, mais la sécurité des travailleurs doit primer.
L’opposition conservatrice a indiqué vouloir examiner le projet avant de se prononcer. Le principe, lui, fait peu débat: rendre visible la personne derrière le comptoir sans rendre visible la marchandise sur les présentoirs.
Et en France, les boutiques CBD n’ont jamais eu à se cacher
La comparaison a ses limites. En France, il n’existe pas de magasin de cannabis récréatif: l’usage reste interdit et passible d’une amende forfaitaire de 200 euros. Les seules boutiques physiques sont celles de CBD, légales depuis l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne de 2020 et l’annulation par le Conseil d’État, en 2022, de l’arrêté qui visait les fleurs.
Ces enseignes vendent des produits dont la teneur en THC ne dépasse pas 0,3 %, et elles n’ont jamais été soumises à une obligation d’occulter leurs vitrines. Au contraire, elles misent sur des devantures ouvertes et des présentoirs visibles pour rassurer un public encore prudent. Là où le Canada desserre une contrainte héritée d’un marché neuf, la France n’a tout simplement jamais eu à l’imposer à sa filière CBD.











