Cannabis au Massachusetts : 71 % des electeurs contre l’abrogation

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Le 3 novembre, le Massachusetts va faire quelque chose qu’aucun Etat americain n’avait jamais tente : voter pour savoir s’il faut abroger une legalisation du cannabis recreatif deja en vigueur. Le dernier sondage publie avant le scrutin donne 71 % d’electeurs contre cette abrogation, contre 24 % qui la souhaitent. Apres avoir ouvert le premier marche legal de Nouvelle-Angleterre, l’Etat semble decide a le garder ouvert.

Quand un marche pese des centaines de millions et que les urnes veulent le sauver, ca vaut un detour. L’actualite de l’herbe legale se lit sur Le Cannabiste.

Source : University of New Hampshire Survey Center, Bay State Poll (24 septembre 2026), complete par le texte de l’initiative de referendum et le rapport annuel du regulateur du cannabis de l’Etat.

Un referendum inedit aux Etats-Unis

La question est la huitieme d’un bulletin qui en compte neuf, sous un intitule officiel sans ambiguite : interdire la vente au detail de cannabis recreatif pour adultes. Un oui enclenche l’abrogation, un non laisse le systeme actuel en place. C’est la premiere fois qu’un Etat americain met aux voix la suppression d’un marche adulte deja installe.

Le Massachusetts avait legalise l’usage adulte fin 2016, par referendum lui aussi, avec 54 % de oui contre 46 %. Dix ans plus tard, la question revient a l’envers, portee par une campagne qui juge l’experience ratee. Une majorite d’electeurs continue pourtant de voir la legalisation d’un bon oeil, un socle d’opinion que la comparaison avec les autres Etats confirme depuis des annees, comme le montre le fait que l’usage du cannabis a rejoint son record historique aux Etats-Unis pendant que la cigarette s’effondre.

Ce que changerait un oui

Si l’abrogation passe, la vente recreative en boutique s’arreterait au 1er janvier 2028. Les regles fiscales et la reglementation de la filiere disparaitraient, et la culture personnelle a domicile serait a nouveau interdite. Les enseignes recreatives auraient le choix entre demander une licence medicale ou ecouler leur stock aupres d’un centre de traitement avant de fermer.

Le programme de cannabis medical, lui, ne serait pas touche : il continuerait de fonctionner sous un autre chapitre du code de l’Etat. L’abrogation vise donc le marche grand public, pas les patients. Pour etre adoptee, la question doit reunir une majorite des voix exprimees et un total de oui equivalant a au moins 30 % de l’ensemble des bulletins deposes, un double seuil qui rend la marche encore plus raide pour le camp du oui.

Un electeur glisse son bulletin dans une urne devant un bureau de vote americain

Un sondage qui vire au plebiscite

L’enquete de reference, menee aupres de 590 repondants avec une marge d’erreur de 4 points, ne laisse guere de place au doute : 71 % comptent voter contre l’abrogation, 24 % pour. L’ecart de pres de cinquante points fait de cette question l’une des plus nettement tranchees du bulletin.

Surtout, l’opposition se durcit a mesure que la campagne s’intensifie. Un sondage du printemps donnait 63 % contre, une autre enquete estivale 55 % : la courbe monte au lieu de se resserrer. Le rejet traverse les camps politiques. Le soutien a l’abrogation plafonne chez les moderes (43 %), les conservateurs (42 %) et les electeurs de Donald Trump (42 %), et tombe a 23 % chez les democrates. Aucun groupe n’y adhere majoritairement.

Beaucoup d’argent, peu de resultats

La campagne pour l’abrogation n’a pourtant pas manque de moyens. Portee par une coalition qui a reuni environ 1,55 million de dollars, elle est financee presque entierement par le bras militant d’un groupe prohibitionniste base en Virginie, qui met en avant l’acces des mineurs et des incidents routiers lies au cannabis. En face, la filiere defend un secteur qui a rapporte pres de 300 millions de dollars de recettes fiscales a l’Etat sur le seul exercice 2025 et fait vivre environ 20 000 emplois. A l’echelle du pays, les milliards de dollars de recettes fiscales que le cannabis rapporte chaque annee aux Etats-Unis donnent la mesure de ce que ces referendums mettent sur la table.

Ce desequilibre entre l’argent depense et l’adhesion recueillie resume la difficulte du camp du oui : convaincre un electorat qui a deja goute au marche legal de revenir en arriere. Le meme groupe prohibitionniste a par ailleurs engage des fonds dans une petition d’abrogation dans le Maine, visee pour 2027. Le Massachusetts est un test, pas une fin en soi.

Interieur d'une boutique de cannabis americaine avec presentoirs et vendeur en arriere-plan

Et en France ?

Le decor est a l’oppose. En France, l’usage recreatif reste interdit, le cannabis demeure classe comme stupefiant et la detention pour usage personnel expose a une amende forfaitaire de 200 euros. Il n’existe ni marche legal a defendre, ni urne pour trancher : le debat n’a pas quitte le terrain penal.

Ce qui se joue outre-Atlantique a donc surtout valeur de laboratoire. Un Etat qui a legalise il y a dix ans mesure aujourd’hui, en direct, si son opinion veut revenir en arriere. La reponse qui se dessine, un attachement large et transpartisan au marche legal, pese davantage que le detail d’un scrutin local pour qui observe la lente bascule du cannabis d’un sujet penal vers un sujet economique.

Les chiffres a retenir

  • 71 % des electeurs contre l’abrogation, 24 % pour (sondage du 24 septembre, 590 repondants, marge de 4 points).
  • 3 novembre : jour du vote, huitieme des neuf questions du bulletin.
  • 2016 : legalisation de l’usage adulte par referendum, avec 54 % de oui.
  • 1er janvier 2028 : fin des ventes recreatives si l’abrogation passe.
  • Pres de 300 millions de dollars de recettes fiscales en 2025 et environ 20 000 emplois en jeu.
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