Et si le cannabis offrait une piste sérieuse pour freiner un des cancers gynécologiques les plus redoutés ? En Thaïlande, des chercheurs ont observé que le duo CBD/THC perturbait la croissance des cellules du cancer ovarien en laboratoire. Résultats prometteurs, prudence de rigueur. L’aventure ne fait que commencer… et elle sent bon la ganja savante !
Les nouvelles fraîches de l’herbe sèche sont sur Le Cannabiste.
Une étude thaïlandaise qui interpelle
Le cannabis continue de faire parler de lui… dans les labos. Cette fois-ci, direction la Thaïlande, où une équipe de chercheurs de l’Université de Khon Kaen a décidé de tester l’effet de deux composés bien connus du cannabis : le CBD (cannabidiol) et le THC (delta-9-tétrahydrocannabinol), sur des cellules de cancer de l’ovaire.

Pourquoi ce cancer en particulier ? Parce qu’il fait partie des plus meurtriers chez les femmes, souvent diagnostiqué trop tard, avec peu d’options thérapeutiques efficaces et des rechutes fréquentes. Autant dire que tout soupçon de solution, même partielle, attire l’attention des scientifiques.
Dans cette étude in vitro (sur cellules en laboratoire), les chercheurs ont confronté deux lignées de cellules cancéreuses, l’une sensible à la chimiothérapie, l’autre résistante, au CBD, au THC et à un mélange des deux. Et devine quoi ? Certaines cellules ont sérieusement cessé de faire les malignes.
CBD et THC : duo de choc face aux cellules tumorales
Des effets plus puissants en duo
Pris séparément, le CBD et le THC ont déjà montré une certaine capacité à ralentir la prolifération de cellules cancéreuses. Mais dans cette étude, c’est la combinaison des deux qui a fait la plus grosse impression. Utilisée à dose équivalente (1:1), elle a permis de freiner plus nettement la croissance des cellules tumorales.
Les résultats ont été obtenus grâce à des tests classiques de viabilité cellulaire et à des analyses de formation de colonies. Verdict : les cellules cancéreuses exposées au combo CBD:THC se sont retrouvées très limitées dans leur capacité à se multiplier. Et ce, bien plus qu’avec l’un ou l’autre des composés seuls.
Des cellules cancéreuses ciblées, les saines épargnées
Autre point intéressant, les cellules saines utilisées comme contrôle (issues de l’épithélium ovarien) ont été beaucoup moins impactées par le traitement. Le mélange CBD:THC semble donc présenter une certaine sélectivité. Ce qui signifie, en clair, qu’il agit davantage sur les cellules malades que sur les cellules saines. Un bon début, même s’il faudra encore beaucoup de vérifications avant de crier victoire.
Focus sur le mécanisme : la voie PI3K/AKT/mTOR
Un axe souvent déréglé dans le cancer de l’ovaire
Ce n’est pas une formule magique, mais presque. La voie PI3K/AKT/mTOR, qu’on pourrait résumer comme un autoroute biochimique, joue un rôle clé dans la croissance des cellules. Dans les cancers, cette voie est souvent suractivée, ce qui encourage la prolifération anarchique des cellules tumorales, leur survie et leur résistance aux traitements classiques.
L’étude a montré que le duo CBD:THC réduisait significativement l’activité de cette fameuse voie. En d’autres termes, les chercheurs ont observé une baisse de la phosphorylation des protéines PI3K, AKT et mTOR, ce qui indique un ralentissement de ce signal de croissance tumorale. En parallèle, un autre acteur a été réveillé : le bon vieux PTEN.

Le rôle clé de la protéine PTEN
PTEN est un peu le gendarme cellulaire de la voie PI3K/AKT/mTOR. Quand il est actif, il calme le jeu. Or, dans beaucoup de cancers, ce régulateur est endormi, muté ou carrément absent. Ce que les chercheurs ont observé ici, c’est une augmentation de l’expression de PTEN après traitement au CBD:THC. En clair, la combinaison aurait contribué à restaurer ce garde-fou moléculaire.
Une piste intrigante, qui méritera d’être étudiée plus en profondeur. Mais attention : tout cela reste observé in vitro, sur des cellules dans une boîte. La vraie vie, elle, est un peu plus compliquée.
Une efficacité in vitro… à confirmer in vivo
Limites méthodologiques à garder en tête
Pas de précipitation. Même si les résultats donnent envie d’y croire, ils restent enfermés dans un laboratoire. Toutes les observations ont été réalisées in vitro, sur des cellules isolées. Aucune souris, aucun cobaye, aucun patient n’a encore reçu ce traitement.
De plus, la pharmacocinétique, c’est-à-dire la manière dont ces composés seraient absorbés, diffusés, métabolisés et éliminés dans un organisme vivant, n’a pas été étudiée. Et ça, c’est un passage obligé pour qu’un jour, peut-être, cette combinaison puisse devenir un médicament. En attendant, on garde les pieds sur terre.
Et après ? Ce que les chercheurs recommandent
L’équipe thaïlandaise appelle clairement à poursuivre les recherches. Prochaine étape logique : tester ces composés chez des animaux, dans des modèles de cancer plus complexes. Il faudra également explorer leur sécurité, leur efficacité réelle et leur dosage optimal.
Les auteurs soulignent aussi les obstacles réglementaires qui entourent encore l’usage du cannabis dans de nombreux pays. Bref, la route est longue, mais elle est tracée.
Du labo à la clinique, y’a plus qu’à marcher droit. Et nous, on garde l’œil sur Le Cannabiste.
Source : Etude sur Frontiers












