CBD contre la douleur : le comprimé qui n’a pas dépassé le placebo

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Une entreprise australienne vient de déposer auprès de l’agence du médicament ce qu’elle présente comme le premier comprimé de CBD sans THC pensé contre la douleur. Le hic tient en une phrase de son propre patron : l’essai clinique censé le prouver n’a pas fait mieux qu’un placebo. Sur les 155 adultes testés, seule une petite minorité a été nettement soulagée, et le critère principal de l’étude n’a pas été atteint.

Un comprimé qui vise la pharmacie mais trébuche sur la preuve, voilà de quoi éclairer ce que le CBD sait faire, et ce qu’il ne sait pas encore. L’actualité du cannabis passée au crible pour les lecteurs français, c’est sur Le Cannabiste.

Source : essai de phase 3 enregistré auprès du registre australien et néo-zélandais des essais cliniques (ACTRN12623000404628), et communiqués du laboratoire promoteur.

Un comprimé de CBD sans THC qui vise la pharmacie

Le produit est développé par le laboratoire australien Promethean BioPharma. Il s’agit d’un comprimé sublingual dosé à 150 mg de CBD par jour, répartis en trois prises. Sans THC, il ne provoque pas d’effet planant et échappe, en principe, aux soucis d’aptitude à la conduite ou de dépistage salivaire. La formulation mise sur des particules d’environ 40 nanomètres dispersées dans une base compatible avec l’eau, censées améliorer l’absorption.

L’entreprise a soumis son dossier à la Therapeutic Goods Administration, l’agence australienne du médicament, via une voie d’enregistrement provisoire, avec une décision attendue sous environ six mois. L’ambition affichée est d’aboutir un jour à une vente en pharmacie, aux côtés du paracétamol et de l’ibuprofène. Un point mérite d’être posé d’emblée : déposer un dossier n’est pas obtenir une autorisation, et l’agence reste seule juge de la solidité des preuves.

Un essai qui n’a pas dépassé le placebo

L’étude qui accompagne la demande est un essai de phase 3, randomisé et mené en double aveugle contre placebo, sur des adultes souffrant de douleurs légères à modérées. Au total, 155 participants ont pris soit le comprimé, soit un placebo, sur un protocole d’environ huit semaines dont quatre de traitement actif. Le critère principal retenu était l’évolution de la douleur mesurée sur l’échelle Brief Pain Inventory, un questionnaire standard rempli par le patient.

Comparé au placebo sur l’ensemble du groupe traité, le comprimé n’a pas produit d’avantage statistiquement convaincant sur ce critère. Autrement dit, l’objectif central de l’essai n’a pas été atteint. Le directeur général de l’entreprise l’a reconnu sans détour.

Le résultat global, c’est qu’il n’a pas dépassé le placebo pour atteindre les objectifs principaux de l’essai.

Peter Comerford, directeur général de Promethean BioPharma
Comprimés blancs et gélules alignés sur une paillasse de laboratoire, à côté d'un flacon anonyme

Un détail complique encore la lecture : les participants pouvaient continuer à prendre des antalgiques simples comme le paracétamol pendant l’essai. Difficile, dès lors, d’attribuer au seul comprimé les améliorations observées.

Un signal sur environ 10 % des patients, à confirmer

Tout n’est pas à jeter pour autant. En regardant les données de plus près, les chercheurs ont repéré un sous-groupe d’environ 10 % des participants qui ont, eux, nettement mieux répondu. Ces patients disent avoir ressenti un soulagement dès la première semaine, maintenu sur les quatre semaines de traitement, avec une baisse de deux à quatre points sur l’échelle de douleur.

La prudence reste de mise. Cette analyse n’avait pas été prévue avant le lancement de l’essai : repérée après coup, elle peut refléter une vraie piste biologique comme un simple effet du hasard. Le seul moyen d’en avoir le coeur net serait de concevoir un nouvel essai ciblant d’emblée ce profil de répondeurs. En l’état, ce signal ne prouve pas que le CBD soulage la douleur, il invite à creuser.

Le CBD seul contre la douleur, des preuves qui manquent

Ce résultat négatif ne tombe pas de nulle part. Une revue publiée en 2024 a passé en revue 16 essais de CBD de qualité pharmaceutique où la douleur était mesurée : 15 d’entre eux n’ont pas montré de bénéfice supérieur au placebo. La conclusion des auteurs était sévère, faute de preuve clinique convaincante que le CBD seul agisse comme antidouleur.

D’autres travaux se montrent plus ouverts, en rappelant que la molécule possède des mécanismes plausibles d’action sur la douleur et l’inflammation, et pourrait aider certains profils. Mais tous pointent la même limite : les données humaines solides restent rares, et une bonne partie de la littérature ancienne portait sur des produits contenant du THC, pas sur du CBD isolé. À ce stade, le CBD n’est pas un antidouleur démontré, c’est une piste sérieuse qui attend encore ses preuves.

Et en France ?

Pour le lecteur français, le cadre est clair. Le CBD n’y est pas un médicament : il se vend comme produit de bien-être, sans aucune allégation thérapeutique autorisée, tant qu’il affiche un taux de THC inférieur à 0,3 %. Aucun comprimé de CBD présenté comme antidouleur n’est disponible en vente libre, et promettre un effet contre la douleur sur un produit bien-être resterait hors des clous.

Ce qui ne retire rien à l’intérêt du CBD côté détente et confort du quotidien, à condition de choisir des produits fiables. Sur ce terrain, la qualité et la traçabilité font toute la différence, comme le détaille notre avis complet sur la boutique de CBD bien-être TealerLab. Reste que, pour la douleur, l’histoire australienne rappelle une règle simple : un joli comprimé et un dossier déposé ne remplacent pas un essai qui bat le placebo.

Rayon de produits de CBD bien-être, flacons d'huile et fleurs en bocaux dans une boutique française
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