Street Shop Toulouse : l’horreur judiciaire

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Les jeunes commerçants de l’entreprise Street Shop de Toulouse viennent d’être placés en détention provisoire mardi 15 Janvier, dans le cadre d’une procédure judiciaire visant leur magasin pour trafic de stupéfiants, pour des produits au CBD. Au moment supposé de clôturer l’enquête Nicolas et Vincent se sont soudainement retrouvés placés en garde à vue, puis ils ont été présentés en comparution immédiate devant la justice et incarcérés. Pourquoi le placement en détention provisoire? Le Cannabiste mène l’enquête.

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Image Street Shop @FB

#Laffaire Street Shop

Août 2018, la boutique Street Shop qui vend des accessoires pour fumeur, des graines de collection et des produits au CBD, rue Sainte-Ursule à Toulouse, est perquisitionnée. L’enquête de police avait été confiée à la brigade des stupéfiants par le parquet de Toulouse, de nombreux produits sont saisis, huiles, baumes, extraits, mais pas d’herbe de Cannabis. le magasin est placé sous scellés, les gérants sont auditionnés mais ils sont laissés libres.

L’enquête préliminaire du parquet commence. Elle ne peut révéler aucun antécédent judiciaire chez les jeunes commerçants dont l’attitude avec la justice il faut le préciser, est exemplaire. Il s’expriment volontiers en audition et se sont toujours présentés dûment aux convocations judiciaires, aucun problème de ce côté là.

Seulement voilà parmi les produits saisis par la justice, les analyses révèlent des traces infimes de THC. Des ‘traces’, c’est suffisant pour la qualification en stupéfiants… donc pour la justice, les huiles les baumes et le e-liquide au CBD, c’est bien du stup.

 

Crédits Street Shop

#Le coup des clés

Lundi 14 Janvier, nous sommes 5 mois après le début de l’enquête. La boutique est toujours fermée. Nicolas et Vincent se rendent à une convocation de la justice en audition libre. Pour eux, il ne peut censément s’agir que de clore le dossier Street Shop et de terminer la procédure. Mais ils ont tout de même un doute.

 

Puis ont leur annonce qu’ils sont de nouveau convoqués le lendemain même le 15 Janvier. Ce matin là, la justice leur rend les clés de la boutique, on leur fait signer un bon de restitution. Au moment de repartir leur explique qu’en raison du « risque de récidive » ils vont être placés en garde à vue et très probablement finir en détention préventive. Patatras! 

 

Crédits Mitch Lensink @Usplash

 

Il tout de même faut rappeler qu’à ce stade aucune charge ne pèse contre ces 2 commerçant, ils ne sont pas sous le coup d’une mise en examen. C’est juste une enquête préliminaire à l’issue de laquelle la justice doit décider si la justice doit poursuivre ou pas.

Pour le moment, c’est encore le cas au moment où nous écrivons cet article, Nicolas et Vincent sont soupçonnés par la justice d’avoir acquis, transporté détenu et même vendu des stupéfiants. Il s’agirait en l’espèce des produits au CBD contenant des traces de THC. Ils sont donc soupçonnés d’enfreindre la législation sur les stupéfiants, mais la justice ne dit pas pour combien de THC. Nous allons voir plus loin, pourquoi c’est important.

#Punition Expéditive

Nous sommes Mardi 15 Janvier, c’est un jour de grève nationale pour les avocats. Habituellement, le TGI de Toulouse ne programme pas de séance de comparution immédiate le mercredi après midi. Chaque tribunal à ses habitudes. Pourtant ce jour là il va y en avoir une. La raison officielle: le traitement express des affaires liées aux manifestations de Gilets Jaunes.

En réalité 3 affaires seulement sur la douzaine de dossier présentés aux juges seront le fait des Gilets Jaunes, parmi tous les autres dont la justice s’est empressée d’examiner le cas se trouvent Nicolas et Vincent.

Quand vient leur tour la poignée de juges qui se trouve là fronce le sourcil, le dossier est complexe, le temps trop court pour en examiner la nature. Malgré les arguments de l’avocate, le tribunal suit la demande du procureur. Dans la foulée, les deux entrepreneurs sont placés en détention préventive jusqu’à la date de leur procès un mois plus tard. Les protestations de Maître Azam leur avocate n’y ont rien changé, d’ailleurs au moment où nous écrivons ces lignes, Nicolas et Vincent sont toujours incarcérés.

 

Crédits Matthew Ansley @Unsplash

#Autopsie

Il n’est jamais bon de commenter une décision de justice, cela peut causer du tort à tout le monde, à celui qui écrit mais surtout à ceux dont le cas est en cours d’appréciation par les magistrats. Mais par honnêteté vis-à-vis du lecteur il nous faut rajouter deux choses importantes pour bien comprendre pourquoi il s’agit d’une décision hors norme.

#Primo

À Montpellier, Nicolas et Vincent de Street Shop possèdent un autre magasin, il a aussi été perquisitionné par la police. Mêmes produits, même enseigne, même cas. Et tout ce qui avait été analysé à la demande des enquêteurs a été restitué : Classement sans suite.

Le problème supplémentaire c’est que la défense de Street Shop ne parvient pas pour le moment à obtenir des éléments depuis le parquet voisin pour étayer ses demandes de remise en liberté au titre de l’aménagement du contrôle judiciaire… Pour Nicolas et Vincent qui sont désormais détenus avec interdiction de se voir et de se parler, la vie c’est désormais le quotidien carcéral de la maison d’arrêt de Seysse … 

#Secundo

Pour des produits similaires, avec des traces de THC identifiées et mesurées, le magasin Weed Corner situé au Havre vient de bénéficier lui d’une relaxe du juge. Les produits sont quasiment identiques, huiles, baumes, eliquides, quelques concentrés, au CBD du thé, des snacks … Zéro fleurs de chanvre séchées.

Dans ce dossier au Havre les traces de THC infimes n’ont pas donné lieu à la qualification de stupéfiants. « Pourquoi? Est-ce qu’on assiste à une Justice à géométrie variable? » Vous demanderiez-vous? Force est de reconnaître qu’à cette occasion vous pourriez avoir raison de vous poser la question.

 

Crédits Tom Blackout @Unsplash

#Le bonus

Dans tous les dossier il y a une cerise sur le gâteau, une fève, un petite quelque chose de plus qui fait la différence. On l’a vu par exemple à Aix en Provence lorsque les brigadiers sont rentrés au commissariat avec des sachets de pâtes alimentaires au chanvre et au sarrasin, pour y rechercher du stupéfiant. En ce qui concerne le magasin Street Shop dont vous aurez sûrement remarqué les bannières sur notre site, comme celle-ci par exemple.

 

 

Street shop, vendait des feuilles à rouler des pipes, des bongs, des grinders et tout un tas d’autres accessoires pour fumeurs que des centaines de magasins en France vendent dans des centaines de villes sans jamais que cela ne pose problème à personne. Car il faut bien admettre que tout cela est parfaitement légal, en attendant la preuve du contraire.

Seulement comme on les aime bien Street Shop à Toulouse, on leur a réservé un petit traitement de faveur à cette occasion, le petit ‘plus’ qui fait la différence : « Incitation à la consommation de Stupéfiants. » Mais qu’est-ce donc là ? Ainsi les 25000 Buralistes du pays qui vendent des feuilles longues  risqueraient eux aussi la prison ???

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Bref nous sommes en Janvier 2019, le magasin Street Shop de Toulouse est fermé depuis 5 mois pour des traces infimes de THC dans quelques produits et deux jeunes entrepreneurs de 26 et 30 ans qui n’ont fait de tort à personne sont en prison pour des produits au CBD.

En attendant faut-il rappeler à tout ce petit monde, qu’en moins de 30 minutes H 24 n’importe qui peut se procurer du Haschich dans la rue à Toulouse, Montpellier, Marseille, Bordeaux, Perpignan, Lyon, Paris, Lille, Metz, Brest, Grenoble, Tourcoing, Carcassonne etc etc etc … C’est aussi valable à l’intérieur des lieux de détention.

Combien de temps la police et la justice Françaises vont ils continuer à perdre la guerre contre cette plante ? À priori aussi longtemps qu’ils continueront de la mener. Une amitié à nos deux amis s’ils finissent par nous lire depuis leur cellule, le peuple de l’herbe ne vous oublie pas, l’histoire finira par vous donner raison. Ne perdez pas espoir. 

 

Crédits Jean-Guy Nakars @Unsplash

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– Jean-pierre Ceccaldi pour The Blinc Group – Le Cannabiste 2018 Tous droits réservés –

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A propos jean-pierre 389 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du site : LeCannabiste.com. Je suis un journaliste blogger spécialisé dans le domaine du Cannabis. J'ai été choisi par un incubateur de Cannabusiness New Yorkais pour devenir leur consultant permanent en matière de Cannabis. Je publie de nombreux articles interviews et essais en langue Anglaise ainsi que pour la presse Française et l'industrie du Cannabis en général.