Allemagne : les infractions au cannabis chutent de 53 % après la légalisation

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L’Allemagne tire le premier bilan chiffré de sa légalisation de l’usage adulte du cannabis, et il contredit les pires craintes. Une analyse scientifique publiée cette semaine conclut que la consommation d’alcool et les hospitalisations qui y sont liées ont continué à reculer, sans hausse imputable au cannabis, pendant que les infractions liées au cannabis chutaient de 53 % dès la première année de la réforme.

Moins de dossiers chez les procureurs, personne de plus aux urgences à cause de l’alcool : le genre de bilan qui mérite qu’on regarde les chiffres de près, et qu’on les lise sans les forcer, sur Le Cannabiste.

Source : analyse publiée dans la revue scientifique Nordic Studies on Alcohol and Drugs, adossée aux statistiques criminelles officielles de l’Office fédéral de police judiciaire allemand (Bundeskriminalamt) et au communiqué de l’Office fédéral de la statistique (Destatis) sur les hospitalisations liées à l’alcool.

Les infractions liées au cannabis divisées par deux

C’est le chiffre le plus spectaculaire du bilan. Les affaires policières liées au cannabis sont passées de 215 865 cas en 2023 à 101 345 en 2024, soit 114 520 affaires de moins et une baisse de 53,1 %. L’ensemble des infractions à la législation sur les stupéfiants recule dans la foulée de 34,2 %, pour s’établir à 228 104 cas.

Un chiffre pareil ne tombe pas du ciel, et il faut le lire pour ce qu’il est. L’Office fédéral de police judiciaire prévient lui-même que les données 2024 ne sont pas directement comparables à celles de 2023 : depuis l’entrée en vigueur de la réforme, le 1er avril 2024, la simple possession et la culture personnelle de cannabis ne sont plus des délits. La baisse tient donc d’abord à la dépénalisation, pas à une chute soudaine des comportements. Mécaniquement, des dizaines de milliers d’actes qui remplissaient les statistiques en ont disparu du jour au lendemain.

Le constat reste loin d’être anodin. Avant la réforme, les affaires de simple consommation saturaient le travail des forces de l’ordre et de la justice. Depuis, l’essentiel du reliquat concerne le trafic, c’est-à-dire la partie du problème que la police dit vouloir cibler en priorité. Autrement dit, la légalisation a surtout vidé les commissariats des petits dossiers d’usage.

L’alcool continue de reculer, sans rebond après la réforme

C’était l’argument massue des opposants : en ouvrant une nouvelle drogue récréative, l’Allemagne allait aggraver un fardeau sanitaire déjà lourd, à commencer par l’alcool. Les données disponibles racontent l’inverse. En 2024, 283 500 personnes ont été hospitalisées pour des pathologies exclusivement dues à l’alcool, un chiffre en baisse de 28,9 % sur dix ans, contre 398 500 patients en 2014.

Cette décrue est une tendance de fond, entamée bien avant la légalisation du cannabis, et la réforme ne l’a pas renversée. C’est précisément la conclusion de l’analyse scientifique : prises ensemble, ces données agrégées ne suggèrent pas que la légalisation du cannabis ait entraîné une hausse de la consommation d’alcool. L’hypothèse d’un report de l’un vers l’autre, longtemps débattue, n’est en tout cas pas contredite par les chiffres.

Il ne s’agit pas pour autant de présenter l’alcool comme un problème réglé : il reste de très loin la substance la plus meurtrière du pays, avec environ 14 400 décès en 2024 directement attribuables à sa consommation. Le point important est ailleurs : la nouvelle loi n’a rien ajouté à ce bilan.

Des verres de bière pleins laissés sur une table de brasserie allemande, illustrant le recul de la consommation d'alcool

Le scénario catastrophe annoncé ne s’est pas matérialisé

Avant le vote, les adversaires de la réforme promettaient une explosion de la consommation, en particulier chez les jeunes, et un pays plongé dans le désordre. Les premiers indicateurs disponibles ne donnent pas ce tableau. Nous l’avions déjà relevé en détaillant le recul de l’usage du cannabis chez les jeunes Allemands depuis la légalisation, qui allait déjà à rebours des prédictions.

La prudence reste de mise. Ces chiffres sont des agrégats nationaux, observés sur une période courte, et ils ne prouvent aucun lien de cause à effet. La baisse des infractions est en grande partie une affaire de définition juridique, pas un thermomètre des comportements. Reste qu’au tableau des promesses alarmistes, aucune ne s’est pour l’instant vérifiée dans les données officielles.

Ce premier bilan pèsera forcément dans le débat européen. Plusieurs pays observent l’expérience allemande avant de bouger, et un modèle qui ne fait pas flamber les urgences ni la délinquance leur enlève un argument commode pour ne rien tenter.

Comptoir d'une boutique de CBD en France, où seuls les produits à moins de 0,3 % de THC sont tolérés

Et en France, le cannabis reste interdit, le CBD toléré

À quelques centaines de kilomètres, le cadre français est à l’exact opposé. L’usage récréatif du cannabis reste interdit, le THC demeure classé comme stupéfiant, et il n’existe ni réseau de boutiques agréées ni clubs de consommateurs comme ceux qu’autorise désormais l’Allemagne. Le débat sur une éventuelle légalisation revient régulièrement, mais aucune majorité politique ne l’a porté jusqu’au bout.

Ce qui circule librement en France, c’est le CBD, cette molécule non enivrante du chanvre, à condition que le produit fini contienne moins de 0,3 % de THC. Ce seuil et cette liberté de vente découlent du cadre européen posé par la justice de l’Union, que la France a dû intégrer après avoir longtemps freiné. Le pays a même resserré récemment les règles sur les aliments au CBD, signe qu’il avance en sens inverse de son voisin.

Pour l’observateur français, le bilan allemand offre surtout un rare jeu de données réelles, là où le sujet est d’ordinaire traité à coups de convictions. Ce qui se passe de l’autre côté du Rhin dira, mieux que n’importe quel sondage, ce qu’une légalisation encadrée produit vraiment.

Les chiffres à retenir

  • 53,1 % : la baisse des infractions liées au cannabis en Allemagne entre 2023 et 2024, soit 114 520 affaires de moins (101 345 contre 215 865).
  • 34,2 % : le recul de l’ensemble des infractions aux stupéfiants, à 228 104 cas.
  • 283 500 : les hospitalisations liées à l’alcool en 2024, en baisse de 28,9 % sur dix ans (398 500 en 2014).
  • 14 400 : les décès attribuables à l’alcool en 2024, qui reste la substance la plus meurtrière du pays.
  • 0,3 % : le seuil maximal de THC toléré en France pour les produits au CBD, seul cadre légal de ce côté de la frontière.
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