L’archipel d’Antigua-et-Barbuda est deja connu pour ses 365 plages, une pour chaque jour de l’annee. Son secteur du cannabis, encadre par la loi depuis 2018, veut maintenant y ajouter une attraction inedite : transformer les deux iles en destination du tourisme du cannabis dans les Caraibes, entre soin, culture et economie.
Du sable blanc, du soleil et un peu d’herbe legale : le cocktail intrigue autant qu’il souleve des questions. On vous emmene faire le tour de l’ile avec Le Cannabiste.
Source : Cabinet d’Antigua-et-Barbuda (notes officielles du 26 fevrier 2026, Office du Premier ministre) et Antigua and Barbuda Medicinal Cannabis Authority.
Un paradis balneaire qui veut ajouter le cannabis a sa carte postale
Antigua-et-Barbuda figure deja parmi les destinations phares de la region, portee par ses plages, sa voile, sa gastronomie et sa culture. L’idee qui monte aujourd’hui est d’y greffer une offre nouvelle, pensee autour du cannabis legal plutot que du seul farniente. Le secteur cherche a depasser le vieux debat sur la legalisation et la culture pour se tourner vers le tourisme, la pedagogie du public et la diversification economique.
La proposition la plus visible vient d’un dignitaire rastafari, le grand pretre Selah, aussi connu sous le nom de Conneal Christian, a la tete de l’ordre Nyabinghi sur l’ile. Son argument tient en une phrase : le climat tropical, la nature et l’heritage rastafari donnent au pays des atouts que peu de rivaux possedent, de quoi batir un produit touristique reconnaissable entre tous. Reste a passer de l’intention a une filiere structuree.

Un cadre legal pose des 2018
Rien de tout cela ne partirait de zero. Le Cannabis Act de 2018 a organise l’usage du cannabis pour trois finalites : religieuse, pour les membres declares d’organisations religieuses enregistrees, medicinale et scientifique. C’est ce texte qui a autorise les Rastafari d’Antigua a cultiver leur cannabis sacramentel, un droit rare dans le monde et devenu un marqueur identitaire du pays.
La meme loi a cree l’Antigua and Barbuda Medicinal Cannabis Authority, l’organe public qui delivre les licences de culture, de transformation, d’import, d’export, de test, de recherche et de vente. Deux series d’amendements, en 2021 puis en 2022, ont affine ces regles. Sur le papier, l’ossature reglementaire est donc prete a accueillir des visiteurs.
Le festival, vitrine officielle de l’ambition
Le signal politique le plus net est venu du sommet de l’Etat. Le 26 fevrier 2026, le Cabinet d’Antigua-et-Barbuda a officiellement endosse le troisieme festival national du cannabis comme une initiative strategique, censee attirer des investissements, poser des standards et informer le public. L’annonce a ete faite par Maurice Merchant, directeur general de la communication a l’Office du Premier ministre, lors du point de presse hebdomadaire.
L’evenement s’est tenu du 17 au 20 avril 2026 a St. John’s et sur d’autres sites de l’ile, sous un mot d’ordre revelateur : « Connect. Celebrate. Rejuvenate. » Au programme, une conference et un salon professionnel a l’American University of Antigua, un rassemblement spirituel rastafari a Liberta, ainsi qu’une journee bien-etre et une croisiere au coucher du soleil. Le jour d’ouverture, le campus des Cinq Iles de l’Universite des Antilles et l’autorite du cannabis ont scelle un partenariat de recherche et d’education, histoire d’ancrer l’ambition dans le serieux scientifique.

Un marche mondial que les petites iles veulent capter
Derriere le decor de carte postale, il y a un calcul economique. Selon les estimations du cabinet d’etudes Grand View Research, le tourisme du cannabis pourrait peser jusqu’a 23,7 milliards de dollars a l’horizon 2030, soit pres de 20 milliards d’euros. Pour un petit pays d’environ 95 000 habitants qui vit deja largement du tourisme, capter meme une fraction de ce gateau serait loin d’etre anecdotique.
La realite du terrain reste toutefois plus modeste que le reve. L’ile compte aujourd’hui un peu plus de 5 000 patients au cannabis medicinal enregistres et seulement deux dispensaires sous licence. Le pays ne propose pas non plus un marche recreatif ouvert ou n’importe quel visiteur achete et consomme librement : l’autorisation sacramentelle rastafari reste un cadre religieux reserve a des adherents declares, pas un passe-droit touristique. L’ecart entre le positionnement de « leader de niche » affiche et la taille actuelle de la filiere donne la mesure du chemin a parcourir.
Et en France, un voyage qui n’existe pas
Vu de l’Hexagone, l’idee releve presque de la science-fiction. Le cannabis y reste un stupefiant, sans usage recreatif legal ni tourisme cannabique possible. La seule experience grand public autorisee tourne autour du CBD non intoxicant, plafonne a 0,3 % de THC, vendu comme un produit de bien-etre et non comme un soin.
Concretement, le voyageur francais curieux ne trouvera pas d’equivalent tropical a la maison, mais il peut deja explorer cet univers du bien-etre legal dans les boutiques francaises de CBD bien-etre a l’esprit lifestyle, aux gammes clairement dosees. Antigua-et-Barbuda, elle, fait un pari : celui de transformer une plante longtemps clandestine en argument touristique assume. Le succes dependra moins des plages que de sa capacite a batir une vraie filiere derriere la promesse.










