Aux urgences, une dose de cannabis réduit de moitié le recours à la morphine

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Et si une simple dose de cannabis permettait de réduire de moitié la morphine à l’hôpital ? C’est la piste qu’ouvre un essai clinique mené aux urgences auprès de patients souffrant d’une douleur nerveuse aiguë. Les volontaires ayant reçu une formulation de cannabinoïdes ont eu besoin de 47,6 % de morphine en moins sur 24 heures, sans pour autant déclarer souffrir davantage.

Soulager sans empiler les médicaments, voilà une idée qui mérite qu’on s’y arrête, et c’est justement notre rayon : Le Cannabiste.

Source : essai clinique « Opioid-sparing effect of a cannabinoid formulation in treating acute radicular pain » (Journal of Cannabis Research, 9 octobre 2026), conduit par le Hadassah Hebrew University Medical Center de Jérusalem et enregistré sous la référence NCT04816994.

Une dose unique de cannabinoïdes testée aux urgences

L’essai a recruté 69 adultes admis aux urgences pour une douleur radiculaire aiguë sévère, c’est-à-dire une douleur qui irradie le long d’un nerf comprimé, comme dans une sciatique. Chaque cas avait été confirmé par un scanner ou une IRM, de quoi écarter les douleurs mal expliquées.

Les participants ont été répartis au hasard en trois groupes, dont un recevant un placebo, selon le protocole classique d’un essai contrôlé. Le premier groupe a reçu une dose unique, placée sous la langue, de 19,8 mg de THC et 19,8 mg de CBD accompagnés de terpènes. Le deuxième a reçu une version deux fois moins concentrée, soit 9,9 mg de chaque molécule. Le troisième n’a reçu qu’une huile neutre, impossible à distinguer de la vraie au goût comme à l’apparence.

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Pendant les 24 heures suivantes, les patients pouvaient s’administrer eux-mêmes de la morphine à la demande, via une pompe. C’est cette quantité de morphine réclamée qui servait de mesure principale : moins les patients en demandaient, plus le traitement testé jouait son rôle.

Flacon compte-gouttes d'huile posé sur un plateau de soins dans un service d'urgences

Deux fois moins de morphine, pour une douleur équivalente

Le résultat est net. Sur 24 heures, le groupe ayant reçu la dose la plus forte a consommé en moyenne 17,4 mg de morphine en intraveineuse, contre 33,2 mg dans le groupe placebo. Soit une baisse de 47,6 %, une différence jugée statistiquement significative par les auteurs.

Le point le plus intéressant tient dans la nuance. Les patients qui ont réclamé beaucoup moins de morphine n’ont pas pour autant rapporté une douleur plus faible : entre les trois groupes, l’intensité moyenne ressentie ne différait pas de façon significative. Autrement dit, la formulation de cannabinoïdes n’a pas surpassé la morphine, elle en a pris une partie du travail. C’est ce que les chercheurs appellent un effet d’épargne des opioïdes : une même maîtrise de la douleur, obtenue avec beaucoup moins d’antalgique majeur.

Des effets indésirables limités, mais un essai à relativiser

Côté tolérance, le bilan reste mesuré. Trois participants ont connu des hallucinations passagères, un dans le groupe forte dose et deux dans le groupe faible dose. Tous ces épisodes se sont dissipés en moins d’une heure, sans intervention médicale, et personne n’a quitté l’essai à cause d’un effet secondaire.

Pour autant, ces chiffres ne valent pas feu vert. L’effectif est modeste, une seule dose a été administrée et le suivi s’est arrêté à 24 heures, ce qui ne dit rien d’un usage prolongé. Il faut aussi noter que les médicaments de l’étude ont été fournis par le groupe Bazelet, qui employait trois des auteurs ; l’analyse statistique, elle, a été confiée à un statisticien extérieur tenu dans l’ignorance de quel patient recevait quoi. Comme toujours en recherche clinique, un résultat prometteur sur un petit échantillon demande à être confirmé à plus grande échelle.

Perfusion intraveineuse suspendue à un pied à sérum dans une chambre d'hôpital

Épargner les opioïdes, un enjeu qui dépasse l’anecdote

Réduire les doses d’opioïdes n’a rien d’un détail. Ces antalgiques puissants exposent à la somnolence, à la constipation sévère, à la dépression respiratoire aux fortes doses et, sur la durée, au risque de dépendance. Chaque milligramme évité est autant de risques en moins, surtout dans un contexte de soins aigus où les prescriptions s’enchaînent vite.

L’idée d’utiliser le cannabis pour alléger la facture en opioïdes n’est pas neuve, mais elle reposait surtout sur des observations de long terme ou des douleurs chroniques. On l’a vu par exemple avec le cannabis médical et la forte baisse du recours aux opioïdes dans le mal de dos chronique. L’intérêt de ce nouvel essai, c’est de poser la question au moment le plus brutal, celui de la crise de douleur qui amène aux urgences.

Et en France, où en est le cannabis médical ?

En France, ce genre de protocole relève d’un autre monde. Le cannabis médical y sort tout juste d’une longue expérimentation nationale, aujourd’hui close, et sa généralisation a bien été votée, mais elle reste suspendue à la publication des décrets d’application. Le cadre visé concerne des situations chroniques et des douleurs rebelles aux traitements habituels, pas la prise en charge express d’une crise aux urgences.

Il ne faut donc surtout pas y voir une invitation à se soigner seul. Les produits vendus librement en boutique, qui contiennent au maximum 0,3 % de THC, relèvent du bien-être et non du médicament : ils n’ont rien à voir avec les dosages d’une formulation hospitalière. Pour mesurer le chemin qui reste à parcourir côté français, on peut relire ce que fut l’expérimentation française du cannabis thérapeutique.

Les chiffres clés de l’étude

  • 69 patients admis aux urgences pour une douleur radiculaire aiguë sévère.
  • Dose unique sublinguale : 19,8 mg de THC et 19,8 mg de CBD plus terpènes (forte dose), moitié moins en faible dose.
  • Morphine sur 24 heures : 17,4 mg en moyenne en forte dose, contre 33,2 mg sous placebo.
  • Baisse de 47,6 % du recours à la morphine, différence statistiquement significative.
  • Douleur ressentie comparable entre les trois groupes.
  • 3 hallucinations passagères, résolues en moins d’une heure, aucun abandon.
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