Soulager une lombalgie chronique tout en tournant le dos aux antidouleurs les plus lourds : c’est le scénario que dessine un suivi hors norme. Chez 1 000 patients souffrant de mal de dos chronique et traités au cannabis médical, la consommation d’opioïdes a reculé de 90 % sur dix ans, selon une étude publiée le 18 septembre 2026.
Dix ans de recul sur une plante encore mal aimée de l’administration française, ça méritait bien qu’on s’y attarde. L’actualité du chanvre qui prend son temps, c’est sur Le Cannabiste.
Source : European Spine Journal, étude « Ten-year outcomes of medical cannabis for chronic low back pain », consultable sur Springer.
Dix ans de suivi, une chute de 90 % des opioïdes
Des équipes hospitalières et universitaires israéliennes ont suivi, année après année, 1 000 patients atteints de douleur lombaire chronique, tous novices en matière de cannabis au départ. Le registre couvre la période 2015 à 2024, dans une clinique de la douleur spécialisée. Au terme de la décennie, 638 patients restaient dans l’observation finale.
Le résultat le plus frappant concerne les opioïdes. Mesurée en équivalents morphine, la dose quotidienne moyenne est passée de 62,8 à 6,4 par jour, soit une baisse de 89,8 %. Autrement dit, la consommation a été quasiment divisée par dix. Selon les auteurs, ce recul est survenu vite, dès la première année, puis s’est maintenu jusqu’à la dixième. Au total, 91 % des participants ont réduit d’au moins la moitié leur consommation d’antidouleurs opioïdes.
Côté produits, rien d’exotique : des fleurs séchées vaporisées et des huiles de cannabis administrées par voie orale ou sublinguale, sur prescription médicale.

Douleur et incapacité : des baisses spectaculaires
La douleur elle-même a suivi la même pente. Sur l’échelle d’intensité, elle a diminué de 84,2 % en moyenne, et 62 % des patients ont franchi le seuil d’au moins 30 % d’amélioration que les chercheurs s’étaient fixé à l’avance.
L’incapacité fonctionnelle, c’est-à-dire la gêne dans les gestes du quotidien, a reculé de 30,4 %. Là encore, 62 % des participants ont atteint la cible fixée, une baisse d’au moins 10 points sur une échelle standardisée. Des chiffres à lire au conditionnel, comme le rappellent les auteurs eux-mêmes, sur lesquels nous revenons plus bas.
Moins d’opioïdes, mais aussi moins de benzodiazépines et d’antidépresseurs
L’effet le plus intéressant dépasse le seul cas des opioïdes. Les patients qui ont mené l’étude à son terme ont vu fondre l’ensemble de leur ordonnance. Le recours au tramadol et au tapentadol est tombé de 89,7 % à 5,6 %, celui aux benzodiazépines de 78,8 % à 5,3 %, et celui aux antidépresseurs de type ISRS de 77,7 % à 5,8 %. Les gabapentinoïdes, eux, sont passés de 31,3 % à 0,6 %.
Ces reculs, précisent les chercheurs, n’étaient pas imposés par le protocole : ils relèvent de décisions au cas par cas entre médecin et patient, au fil de l’amélioration des symptômes. La baisse de cette accumulation de traitements a surtout eu lieu au cours des deux premières années. Pour l’équipe, le signal suggère que le cannabis médical pourrait agir sur plusieurs fronts à la fois, douleur, sommeil et anxiété étant souvent liés chez les personnes en douleur chronique.
Pourquoi les auteurs appellent eux-mêmes à la prudence
Avant de crier au miracle, les chercheurs posent leurs propres garde-fous. L’étude est observationnelle et à bras unique : pas de groupe témoin, pas de placebo, donc impossible d’affirmer que le cannabis seul est la cause de ces améliorations. D’autres facteurs, du suivi médical rapproché à l’effet d’attente du patient, peuvent y contribuer.
Les auteurs notent d’ailleurs que l’ampleur des baisses observées dépasse largement celle des essais randomisés contrôlés publiés jusqu’ici, ce qui trahit selon eux la présence de biais liés à ce type de suivi. Ils revendiquent tout de même le suivi le plus long jamais mené sur le cannabis médical chez des patients lombalgiques. Ces travaux ne sont pas isolés : d’autres publications ont déjà exploré le potentiel du cannabis pour diminuer l’usage d’opioïdes, sans toutefois disposer d’un tel horizon de temps.

Et en France ? Le cannabis médical à l’arrêt, le CBD en accès libre
Un lecteur français lira ces résultats avec une pointe de frustration. Chez nous, le cannabis médical, celui qui contient du THC et se délivre sur prescription, reste coincé au milieu du gué : le cadre a été voté, mais sa généralisation se fait toujours attendre faute de textes d’application. Un patient français ne peut donc pas, aujourd’hui, se voir prescrire les fleurs ou les huiles utilisées dans cette étude comme le ferait un médecin israélien.
Attention à ne pas tout mélanger. Le seul cannabis en vente libre en France est le CBD, une molécule non stupéfiante, à condition de rester sous 0,3 % de THC. Il se vend comme produit de détente et de bien-être, pas comme médicament, et ne prétend pas remplacer un antidouleur. Pour qui veut s’y retrouver entre les gammes, notre sélection de fleurs et d’huiles de CBD légal orientées bien-être donne un point de repère. La distinction entre ce CBD grand public et le cannabis thérapeutique reste, elle, au cœur du débat français.
Les principaux chiffres à retenir
- 1 000 patients lombalgiques inclus, 638 encore suivis au bout de dix ans.
- Opioïdes : 90 % de baisse (de 62,8 à 6,4 équivalents morphine par jour).
- Douleur : 84 % de baisse en moyenne.
- Incapacité fonctionnelle : 30 % de baisse.
- 91 % des patients ont réduit d’au moins moitié leurs opioïdes.











