Une molécule jusqu’ici inconnue du cannabis pourrait aider à mieux soigner le cancer du sein. Dans une étude publiée le 25 octobre, elle a réduit la taille des tumeurs chez la souris et rendu le tamoxifène, un traitement hormonal de référence, nettement plus efficace. Ce cannabinoïde, baptisé 373.15b, ne ressemble ni au THC ni au CBD, et il vise les cancers hormono-dépendants, soit environ 65 % des cas.
De la plante au laboratoire d’oncologie, le cannabis n’a pas fini d’étonner les chercheurs. La science qui avance à petits pas prudents, on la suit de près sur Le Cannabiste.
Source : étude publiée dans la revue Biomedicine & Pharmacotherapy.
Un cannabinoïde encore jamais décrit
Pour trouver cette molécule, l’équipe a d’abord passé au crible toute une série d’extraits de cannabis chimiquement différents, en cherchant lesquels pouvaient renforcer l’action du tamoxifène sur des cellules de cancer du sein. Un seul extrait, identifié sous le nom de CANN14, a nettement augmenté la sensibilité des cellules hormono-dépendantes au médicament.
En décortiquant cet extrait, les chercheurs ont isolé le composé responsable de l’essentiel de l’effet. Sa structure, un dihydroxyphénol doté d’un groupe acétate, le distingue des cannabinoïdes connus comme le THC et le CBD. Seul, ce 373.15b ne tue pas les cellules cancéreuses, mais il les rend beaucoup plus vulnérables au traitement. Les travaux ont été menés par des équipes du Technion, en Israël, et de l’université de Heidelberg, en Allemagne.

Comment la molécule agit sur la tumeur
Le cœur du mécanisme se joue autour du récepteur alpha aux œstrogènes, une protéine qui sert de moteur à la croissance des cancers du sein hormono-dépendants. Selon l’étude, le 373.15b fait baisser à la fois la quantité de ce récepteur produite par les cellules et son activité, coupant une partie du carburant dont la tumeur a besoin.
Les chercheurs décrivent une voie de signalisation possible, impliquant la protéine RASSF1A et la cascade dite Hippo, qui régulent la prolifération des cellules. Testé sur plusieurs lignées de cellules cancéreuses en laboratoire, le composé n’a pas d’effet toxique à lui tout seul, mais il renforce nettement la sensibilité des cellules au tamoxifène.
Des tumeurs plus petites chez la souris
Restait à vérifier si l’effet tenait sur un organisme vivant. L’équipe a greffé des tumeurs humaines hormono-dépendantes à des souris, puis les a traitées avec la molécule. Résultat, le 373.15b a réduit le volume et le poids des tumeurs, avec une baisse plus marquée lorsqu’il était administré en même temps que le tamoxifène.
L’enjeu dépasse la simple performance de laboratoire. Le tamoxifène et les médicaments de la même famille se prennent en général pendant 5 à 10 ans après un cancer du sein, pour réduire le risque de rechute. Problème, les effets indésirables poussent beaucoup de patientes à arrêter avant la fin. Les auteurs avancent une piste : associer le cannabinoïde au traitement pourrait permettre d’en abaisser la dose, donc d’alléger ces effets et de rendre le suivi plus supportable.

Une piste de laboratoire, pas encore un traitement
Il faut garder la tête froide. Ces résultats sont précliniques : ils reposent sur des cellules et sur des souris, pas sur des patientes. Entre une tumeur qui recule chez l’animal et un médicament validé chez l’humain, le chemin est long, semé d’essais cliniques qui échouent souvent en route. Le cannabis est déjà utilisé par de nombreux malades du cancer, mais surtout en soins de support, contre la douleur ou les nausées, et son action directe sur la tumeur reste mal comprise.
Ce n’est pas la première fois que la recherche explore cette voie. Des travaux avaient déjà évoqué une piste du cannabis médical contre le cancer de l’ovaire, un autre cancer sensible aux hormones. L’intérêt de la nouvelle étude est d’avoir isolé une molécule précise et d’en avoir décrit le mode d’action, ce qui ouvre la porte à des composés ciblés plutôt qu’à des extraits bruts.
Et en France ?
En France, le CBD vendu en boutique est toléré tant qu’il contient au maximum 0,3 % de THC, et aucune allégation thérapeutique n’est autorisée sur ces produits de bien-être. Le cannabinoïde décrit ici n’est ni du CBD ni du THC, et surtout il n’existe nulle part en rayon : c’est une molécule de recherche, pas un article à acheter.
La distinction est importante pour le lecteur. Une huile de CBD prise pour se détendre n’a rien à voir avec un composé isolé, testé en laboratoire contre une tumeur et pensé pour accompagner une hormonothérapie. Le cannabis à usage médical reste, lui, strictement encadré dans l’Hexagone. La prudence de langage des chercheurs est la bonne boussole : une piste sérieuse, prometteuse, mais encore loin du lit du patient.











