Huit ans après l’ouverture du marché légal, les Québécois fument moins. En 2026, 14 % de la population de 15 ans et plus a consommé du cannabis au cours des douze derniers mois, contre 17 % en 2025. Un niveau quasiment identique à celui de 2018, juste avant la légalisation. Le recul est surtout marqué chez les plus jeunes : chez les 15-20 ans, la proportion de consommateurs est passée de 28 % à 18 %.
Quand la légalisation ne déclenche pas la ruée annoncée, les chiffres valent mieux qu’un long débat. On vous les sert au gramme près sur Le Cannabiste.
Source : Institut de la statistique du Québec, Enquête québécoise sur le cannabis 2026.
Une consommation revenue à son point de départ
L’organisme public chargé des statistiques québécoises a interrogé 17 369 personnes entre février et juillet 2026. Le constat central tient en une courbe : la consommation avait grimpé entre 2018 et 2021, portée par l’ouverture des points de vente, puis elle s’est remise à baisser. À 14 % en 2026, elle efface presque entièrement la hausse des premières années et retrouve son niveau d’avant la légalisation.
C’est un argument de poids dans un débat qui dure depuis des années. L’ouverture d’un réseau de magasins encadrés n’a pas transformé la province en nation de fumeurs. Après un pic, la demande s’est tassée, et la part de la population qui touche au cannabis reste minoritaire.
Les jeunes décrochent, les plus de 35 ans à contre-courant
La tendance se joue surtout sur les générations. Chez les 15-20 ans, la consommation est tombée de 28 % en 2018 à 18 % en 2026, soit un recul de dix points. Les 21-34 ans suivent le même mouvement, de 29 % à 25 %. Seuls les 35 ans et plus vont dans l’autre sens : leur consommation a progressé, de 8 % à 11 %, le signe d’une normalisation chez des adultes qui découvrent ou redécouvrent un produit désormais vendu en boutique.
Autre nuance utile : consommer ne veut pas dire consommer tous les jours. Parmi les personnes qui ont pris du cannabis dans l’année, 40 % l’ont fait moins d’un jour par mois, et 18 % seulement en ont pris quotidiennement. L’usage occasionnel domine largement l’usage intensif.
Le vapotage, la vraie bascule chez les jeunes
Si l’usage global recule, la manière de consommer, elle, change en profondeur. Le joint reste roi : 81 % des consommateurs ont fumé leur cannabis en 2026. Mais le vapotage est devenu le deuxième mode le plus répandu. Environ un tiers (34 %) des personnes ayant consommé dans l’année l’ont vapoté, ce qui équivaut à 4,9 % de toute la population de 15 ans et plus.
C’est chez les plus jeunes que la bascule est spectaculaire. Parmi les consommateurs de 15 à 20 ans, la part de ceux qui vapotent est passée de 24 % en 2019 à 60 % en 2026, après avoir culminé à 62 % en 2023. Le mouvement gagne aussi les autres âges : de 33 % à 38 % chez les 21-34 ans entre 2025 et 2026, et de 18 % à 26 % chez les 35 ans et plus. Moins de monde, donc, mais des habitudes qui glissent vers un format plus discret et plus facile à banaliser.
Le circuit légal capte l’essentiel des achats
Le deuxième enseignement de l’enquête est commercial. La société d’État qui détient le monopole de la vente dans la province capte désormais la majorité des achats. En 2026, près de 72 % des consommateurs de 15 ans et plus se sont approvisionnés, au moins en partie, dans le réseau légal. Et 46 % des 21 ans et plus y ont acheté la totalité de leur cannabis.
Ces proportions ressemblent à celles de 2021, soit environ trois ans après la légalisation : le basculement du marché noir vers le circuit encadré s’est fait vite, puis s’est stabilisé. Pour les pouvoirs publics, c’est le cœur du pari de départ, reprendre à la vente illégale une part du produit tout en gardant la main sur la qualité et la traçabilité.
Et en France, un débat toujours bloqué
Vu de France, ces données tombent au cœur d’une discussion qui n’avance pas. Le cannabis récréatif y reste interdit, le THC classé comme stupéfiant, et seul le CBD est toléré en dessous de 0,3 % de THC. L’argument le plus courant des opposants à toute évolution, ouvrir le marché reviendrait à pousser les jeunes vers le produit, résiste mal aux chiffres observés outre-Atlantique.
Le cas québécois n’est pas isolé. On a déjà vu un recul de l’usage du cannabis chez les jeunes après la légalisation allemande, autre pays qui a ouvert un marché encadré sans voir la consommation adolescente s’envoler. De quoi nourrir le débat français avec des données réelles plutôt qu’avec des intuitions, même si la prudence reste de mise : la légalisation ne supprime ni les risques ni la nécessité d’un encadrement strict.
Les chiffres à retenir
- 14 % des Québécois de 15 ans et plus ont consommé du cannabis en 2026, contre 17 % en 2025 et 14 % en 2018.
- Chez les 15-20 ans, la consommation est passée de 28 % (2018) à 18 % (2026).
- Chez les 35 ans et plus, elle a augmenté, de 8 % à 11 %.
- 60 % des consommateurs de 15-20 ans vapotent leur cannabis, contre 24 % en 2019.
- 72 % des consommateurs se fournissent, au moins en partie, dans le réseau légal.
- Enquête menée auprès de 17 369 personnes, entre février et juillet 2026.













