Une enquete menee aupres de personnes atteintes d’un cancer vient de mettre un chiffre sur une pratique longtemps restee discrete : au moins 80 % de celles qui utilisent du cannabis medical declarent que leurs symptomes et leur qualite de vie se sont ameliores. Le travail, conduit par une equipe universitaire americaine aupres de 237 adultes suivis en radiotherapie, ne pretend pas que le cannabis combat la tumeur, mais qu’il aide a mieux traverser les traitements.
Entre la science qui avance a petits pas et les patients qui cherchent un peu de repit, l’actualite du cannabis se lit ici, sur Le Cannabiste.
Source : etude publiee le 22 septembre 2026 dans la revue The Oncologist, University of Kentucky (Markey Cancer Center).
Au moins 80 % des patients disent aller mieux
Publiee le 22 septembre 2026, l’etude a interroge 237 adultes soignes par radiotherapie dans deux centres du Kentucky, l’un en ville, l’autre en zone rurale. Le questionnaire, rempli de maniere anonyme sur tablette et sans personnel penche par-dessus l’epaule, cherchait a savoir combien de patients se tournent vers le cannabis, pour quels maux, et avec quel effet ressenti.
Le resultat qui ressort tient en un pourcentage : parmi les utilisateurs, au moins 80 % rapportent une amelioration de leurs symptomes et de leur qualite de vie. Cette derniere ressort meme un cran au-dessus, avec pres de neuf patients sur dix (89 %) qui se disent mieux depuis qu’ils y ont recours. Des chiffres qui donnent une mesure rare d’une habitude que peu de malades osent evoquer avec leur oncologue.
Douleur, nausees, sommeil : ce que les patients cherchent
Les personnes interrogees ne consomment pas au hasard : elles visent des symptomes precis, souvent ceux qui pesent le plus lourd pendant un cancer. Reviennent en tete la douleur, les nausees, l’anxiete, la depression, le manque d’appetit et les troubles du sommeil.
Ce sont, precisement, les effets secondaires que la chimiotherapie et la radiotherapie laissent parfois mal maitrises. L’etude range ainsi le cannabis du cote du soin de support, cette prise en charge qui n’attaque pas la maladie mais tente d’en adoucir le parcours, au meme titre que la lutte contre la fatigue ou la denutrition.

Un recours discret, plus present en ville
La pratique est loin d’etre marginale. Sur les 237 participants, 121 (soit 51 %) declarent avoir deja utilise du cannabis a visee medicinale, sans prescription, au moins une fois dans leur vie. Et 35 patients (14,7 %) y ont eu recours recemment, apres l’annonce de leur cancer.
Le lieu de vie change nettement la donne. Les utilisateurs recents se concentrent davantage dans le centre urbain (21 %) que dans l’antenne rurale (9 %), un ecart que les auteurs relient a la disponibilite des produits et aux regards portes sur leur usage selon les territoires. Autrement dit, l’acces compte autant que l’envie.
Ce que l’etude ne prouve pas
Prudence, toutefois, sur la portee des resultats. Il s’agit d’une enquete declarative : les patients rapportent un benefice ressenti, ce qui n’est pas la meme chose qu’un essai clinique compare a un placebo. L’amelioration percue peut tenir en partie a l’attente d’un soulagement, et l’etude elle-meme rappelle qu’elle ne demontre aucun effet du cannabis contre la tumeur.
Sa valeur est ailleurs : elle chiffre une realite de terrain restee dans l’angle mort et invite les equipes soignantes a en parler ouvertement, plutot que de laisser les patients s’auto-mediquer sans repere. Pour trancher sur l’efficacite reelle, il faudra des essais controles, que plusieurs equipes appellent de leurs voeux.
En France, un cannabis medical encore en chantier
Vu de France, le tableau est different. Le cannabis medical n’y est pas en vente libre : il reste cantonne a une experimentation encadree lancee en mars 2021, qui a concerne pres de 3 000 patients atteints de pathologies graves, cancer compris. Les malades encore traites beneficient d’une prise en charge prolongee a titre exceptionnel jusqu’au 31 mars 2026, le temps que se finalise le passage vers un cadre perenne.
Cette generalisation attendue avance lentement, entre decret et avis des autorites de sante. Nous avions detaille ce dossier au point mort dans notre article sur la loi francaise sur le cannabis medical, votee mais toujours privee de son decret d’application. Un point a garder en tete pour le lecteur : ce cannabis medical sous prescription, riche en THC, n’a rien a voir avec le CBD bien-etre vendu librement, dont le taux de THC est quasi nul et qui ne repond a aucune visee therapeutique.

Les chiffres a retenir
- 237 adultes suivis en radiotherapie interroges dans deux centres du Kentucky.
- Au moins 80 % des utilisateurs signalent une amelioration de leurs symptomes et de leur qualite de vie.
- 89 % se disent mieux sur le plan de la qualite de vie.
- 51 % (121 patients) ont deja utilise du cannabis medicinal non prescrit dans leur vie.
- 14,7 % (35 patients) y ont eu recours apres leur diagnostic, surtout en ville.
- En France, pres de 3 000 patients concernes par l’experimentation lancee en 2021.











