Le Cannabis augmenterait de moins de 5% le risque routier

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On parle statistiques Américaines sur Le Cannabiste avec cette phrase incroyable : « Les statistiques incorporant le facteur démographique ne montrent pas d’augmentation de risque d’accident de voiture après usage de drogues illégales et de THC ». C’est une des conclusions mot pour mot de ce rapport fédéral Américain publié en Février 2015.

La très sérieuse U.S. Department of Transportation National Highway Traffic Safety Administration, avait été mandatée par l’administration Obama pour produire une étude d’un nouveau genre dans le pays. Mesurer séparément l’impact du Cannabis et de l’Alcool dans les accidents de la route. Mais grande nouveauté c’est que l’étude avait pris en compte le facteur démographique, pour normaliser les échantillons. Et les résultats sont assez inattendus. D’abord un avertissement ensuite les explications.

 

Crédits Free-photo @pixabay

#Avertissement

Extrait du site gouvernemental Français : www.securité-routière.gouv  

« En France la conduite, ou l’accompagnement d’un élève conducteur, après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, est interdite, quelle que soit la quantité absorbée. La police et la gendarmerie disposent d’un kit de dépistage salivaire qui détecte les différents types de drogues en quelques minutes. (…) Ce test peut être demandé même lorsque le véhicule est à l’arrêt, moteur coupé. »

Capture d’écran http://www.securite-routiere.gouv.fr

Vous trouverez sans doute le début de cet article un peu scolaire, mais autant le dire tout suite, on est pas là pour plaisanter avec la sécurité routière. Si une fois que vous aurez lu cet article, vous en concluez que conduire après avoir consommé du Cannabis n’est pas un problème, et bien vous n’aurez rien compris à cet article.

Prendre le volant en ayant consommé des stupéfiants ou de l’alcool est une attitude dangereuse qui peut vous mettre en danger et vous engager pénalement. Faire cela, peut avoir des conséquences irréparables sur votre vie et sur celle des autres. Chez Le Cannabiste, nous pensons qu’il serait totalement irresponsable de dire, ou même de suggérer le contraire. Alors, nous devons le répéter clairement, en préambule de cet article : Si vous avez consommé de l’alcool ou des stupéfiants : Ne conduisez pas, jamais, à aucun prix. C’est dit, c’est clair ? A présent passons à l’article.

 

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#Explications

En  2015, pour accompagner les travaux en cours dans différents états sur la légalisation de la Marijuana, l’état fédéral Américain a commandé une étude. Cette étude compare les conséquences des effets invalidants de l’alcool et des effets psychoactifs du Cannabis sur les accidents routiers. Le document original en ligne est ICI. D’autres études sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir sont d’ailleurs en cours en ce moment. 

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Crédits Tanja Hefner@unsplash

#Le but

Cette étude s’inscrit dans une démarche de prévention routière pour :

  • Calibrer les outils de mesure et de détection de la police Américaine pour lutter contre les comportements dangereux
  • Adapter l’échelle répressive dans les états de manière à correspondre à des seuils de dangerosité réels
  • Mesurer l’impact réel et la proportion des causalités liés au Cannabis et à l’alcool en matière d’accidents de la route
  • Permettre d’accompagner de ses recommandations la réforme des législations relatives au Cannabis dans les états.

 

Crédits bravodavid @unsplash

#Méthode

Cette étude est la première du genre aux États-Unis, elle surprend autant par ses conclusions que par ses proportions. Mais elle peut également interroger, par le choix de la méthode. Plutôt que de considérer les données accidentogènes brutes, la NHTSA normalise ensuite les données générées par ces conducteurs avec les moyennes démographiques. Voyons comment.

Les statisticiens, ont d’abord distingué une série de groupes d’accidentés qui avaient soit consommé du Cannabis soit de l’alcool soit les deux. Ensuite ils ont croisé ce résultat avec un groupe témoin non intoxiqué. Mais pour finir, ils ont normalisé ces résultats en prenant en compte les moyennes d’âge d’origine ethnique, de genre, d’origine sociale, et de catégories socio-professionnelles de l’ensemble de la population de l’état.

* * *

Exemple virtuel :

A : Sur la route à un endroit et à un instant précis, vont se trouver 60% d’hommes entre 25 et 45 ans.

BLa part quantitative d’homme entre 25 et 45 ans dans la population n’est que de 30%

Objectif : Calculer le genre et l’âge moyen du profil le plus accidenté 

Normalisation: Ramener le nombre d’accidentés homme entre 25 et 45 ans à ce moment et à cet endroit, proportionnellement à leur représentativité dans la population démographique.

Résultat final: En raison de la sur-représentation dans l’échantillon d’accidentés réels : La valeur de 1 homme entre 25 et 45 ans comptera pour 1/2 unité dans le calcul statistique final.

* * *

En même temps, tout dépend de ce que vous cherchez c’est logique: si vous agrégez tous les résultats sans normaliser, alors vous ne calculez pas une statistique liée à une dangerosité dans une population d’ensemble. A ce moment là vous calculez simplement une moyenne des accidents tels qu’ils se sont produits à un moment donné sur la route … Ça y’est vous pigez le truc ? Sinon ne vous inquiétez pas on va y revenir un peu plus bas.

En fait, le but de l’office des autoroutes Américain était de discerner l’implication statistique des différents produits existants, sans que le résultat ne soit affecté par une représentativité dictée par les circonstances du trafic, au niveau des échantillons présents. Un genre d’analyse globale, si vous suivez toujours.

 

Crédits marioschmidtphoto@pixabay

 

#Explication de stats

En fait c’est assez simple à comprendre, voici un autre exemple purement théorique mais qui devrait tout de même vous parler :

A: Dans le nombre total d’accidents de la route : le groupe le plus représenté = les jeunes de moins de 24 ans = J

à coté de ça

B: Dans le nombre total d’usagers de Cannabis : le groupe le plus représenté = les jeunes de moins de 24 ans = J

Objectif : calculer l’impact accidentogène du Cannabis sur toute une population

 

Si vous ne relativisiez pas la valeur de J en le ramenant à sa proportion démographique, c’est à dire la proportion de Jeunes dans la population totale. Statistiquement, vous ne calculeriez pas l’impact accidentogène du Cannabis sur une population démographique, vous en calculez la valeur à un instant T en fonction de la proportion initiale de J dans votre échantillon d’accidentés sur la route. (Ce qui fausse le calcul global du point de vue démographique selon l’autorité Américaine.)

Car dans ce cas : comme la proportion initiale d’usagers de Cannabis est déjà plus élevée dans le groupe le plus représenté en situation d’accident, la part totale d’accidentés concernés par l’usage est beaucoup plus élevée au final, que ce qu’elle représente réellement dans une part globale de la population.

Ça y est ? *Roulement de tambour, *cymbale*.

 

Crédits John O’Nolan@unsplash

 

#Chiffres clés

L’étude prend en considération 9000 conducteurs impliqués dans des accidents dans lesquels quatre groupes sont étudiés sur une période de 20 mois. Au sein de cet ensemble un groupe d’accidentés étaient positifs, à l’alcool et au Cannabis, un autre au Cannabis seulement. Enfin un groupe n’avait rien consommé du tout.

Cannabis

  • Au niveau du chiffre brut on constate une augmentation du facteur risque de 25% après une consommation de Cannabis
  • Après normalisation démographique l’augmentation du facteur risque est inférieure à 5 % après une consommation de Cannabis

Alcool

  • Après normalisation pour les conducteurs dont le taux d’alcool était 0.28g /l, le risque d’accident est multiplié par 4
  • Après normalisation pour les conducteurs dont le taux d’alcool était 0.47g /l, le risque d’accident est multiplié par 12
  • Après normalisation pour les conducteurs dont le taux d’alcool était 0.75g /l, le risque d’accident est multiplié par 20

 

#Conclusions

En appliquant la même méthode de calcul le facteur multiplicateur d’accidents impliqué par l’usage d’alcool reste élevé contrairement à celui du Cannabis qui selon les conclusions du rapport se retrouve divisé par 4. L’administration Américaine veut permettre aux responsables des différentes juridictions, de former les représentants des forces de l’ordre en matière de discernement avec le Cannabis.

L’objectif est de cibler et de réprimer les conduites à risques, sans porter atteinte à la liberté d’un usage adulte responsable et légal du Cannabis comme cela est désormais répandu aux USA.

 

Sources : Norml USA, Detroit NewsThe HillNHTSA.

— Jean-pierre Ceccaldi pour The Blinc Group – © Le Cannabiste 2018 Tous droits réservés–

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A propos jean-pierre 340 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du site : LeCannabiste.com. Je suis un journaliste blogger spécialisé dans le domaine du Cannabis. J'ai été choisi par un incubateur de Cannabusiness New Yorkais pour devenir leur consultant permanent en matière de Cannabis. Je publie de nombreux articles interviews et essais en langue Anglaise ainsi que pour la presse Française et l'industrie du Cannabis en général.