Légalisation Sud Africaine: le Dagga pour les nuls

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L’Afrique du sud devient le troisième pays du continent à légaliser le Cannabis après le Lesotho et le Zimbabwe. La cour suprême d’Afrique du Sud vient de décriminaliser l’usage, la possession, et la culture de Cannabis à des fins personnelles. Le Cannabiste vous offre un rapide tour d’horizon de ce que le Dagga de South Africa va changer dans un pays de 55 millions d’habitants. L’Afrique du sud, un pays du bout du monde qui vit à la même heure que la France, mais dans une ambiance légèrement différente…

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#La Bombe Sud Africaine 

C’est une information qui est passée inaperçue début Septembre 2018, le 4 exactement : pour la première fois depuis 10 ans, L’Afrique du sud est officiellement rentrée en récession économique. En effet, la presse Africaine indépendante nous explique cette semaine, que le PIB d’Afrique du Sud est en baisse de 0.7% alors qu’il était attendu en hausse de 0.6%. Ainsi l’économie Sud Africaine toute entière serait affectée au moins à hauteur de – 2.6% sur les derniers trimestres. Ces petits chiffres n’ont l’air de rien, mais à l’échelle d’une économie tout entière, ce ne sont pas de très bonnes nouvelles pour la corne du grand continent. Il faut espérer que le moment n’est pas trop mal choisi pour lâcher totalement la bride de la weed.

Selon les dernières déclarations du ministre de la Police d’Afrique du sud Bheki Cele, certaines zones urbaines et péri-urbaines s’apparentent désormais à des « Zones de Guerre ». Devant l’ampleur du désastre et le désarroi des forces de l’ordre , le ministre de la police déclarait le 11 Septembre dernier.

Bheki Cele – Crédits @ Flickr

« Je peux dire que les services de police d’Afrique du Sud ont baissé les bras » Bheki Cele

Jugez plutôt: 55 Millions d’habitants (~La France)

  • En 1 an de mars 2017 à 2018 moyenne de meurtres par jour: 56 victimes
  • Les meurtres ont augmenté de +30 % en 6 ans 
  • Attaques de fourgon blindés : + 57% en 1 an.
  • Le taux d’homicides est 6 fois plus élevé qu’aux USA 

Pour couronner le tout en matière d’équilibre ethnique l’Afrique du sud est à la dérive. Les personnes blanches ne représentent plus que 7.8% de la population. Les familles de fermiers sont brutalement massacrées par les natifs encore aujourd’hui à un rythme régulier et de façon odieuse. Depuis la fin de l’apartheid certains n’hésitent pas à évoquer un véritable racisme anti blanc à la source de nombreuses exactions dans les campagnes. 

#Dagga

Les toutes premières observations du Cannabis dans la culture Sud Africaine ont localisé cette plante que l’on nommait alors la ‘bangue’ dans la partie Sud est du cap d’Afrique. Dans cette région nommée alors le Kaffraria l’explorateur Portugais Friar João dos Santos avait découvert la plante en 1609. Le Dagga aurait été introduit en Afrique du Sud par les tribus Bantu venues du nord du pays, par les marchands Arabes et supposément par voie maritime depuis l’Inde.

D’après une série d’études menées par différents anthropologues et historiens internationaux depuis les années 1960 en étudiant des fragments de pipes découverts sur des sites historiques. Le Cannabis ou Dagga serait consommé en Afrique du Sud depuis l’âge de fer. 

* * *

Le mot Dagga apparaît pour la toute première fois dans le journal du navigateur Hollandais Jan van Riebeeck en 1658. Bien qu’à cette occasion il se soit encore écrit Dacca. Et il est à peu près sur qu’il ne désignait pas le Cannabis mais la Leonotis Leonurus ou ‘Queue de Lion’ ou encore la ‘Dagga Sauvage’. On suppose que par la suite ce nom a été détourné pour désigner le Cannabis.

Dans une moindre mesure, le terme ‘Bang’ était utilisé par les Arabes et partagé par une majorité de tribus locales. Quand au terme Dagga, différentes thèses s’affrontent chez les historiens. Dagga serait hérité du mot Hollandais Tabak pour les uns ou bien de celui employé par la tribu ancestrale des KhoiKhoi, le mot daXab. 

Plus près de nous l’usage du Dagga était particulièrement répandu chez les guerriers Zulu lors des guerres coloniales du début du siècle. Les écrits rapportent que ces guerriers étaient capables ‘d‘actions imprévisibles et dangereuses’ dans leurs batailles contre les Anglais ou les Hollandais. Sur Le Cannabiste nous avions consacré un petit article au jeu de la salive des Zulus.

« Au final ce ne fut pas suffisant pour leur permettre de gagner la guerre, cependant, en Afrique du Sud le Dagga était longtemps utilisé pour lutter contre les cas de malaria, fièvre des marais, anthrax, empoisonnement du sang, ou de dysenterie. Il était d’ailleurs systématiquement employé pour soigner les symptômes de l’asthme. »

La première prohibition du Cannabis en Afrique du sud a été imposée par les Européens en 1870. « Interdiction de cultiver de consommer, de vendre quelque partie que ce soit de la plante Cannabis Sativa ».

 

#Révolution

De retour en 2018 voici le jugement rendu hier par la cour constitutionnelle Sud Africaine.

En fait ça n’est pas une légalisation qui vient de se produire, c’est une vaporisation de toutes les lois sur le Cannabis. Ce qui était interdit hier ne l’est plus aujourd’hui. *pouf*

Est-ce le rêve de tout Cannabiste devenu réalité en un battement de cil? Vu l’encadrement prévu, il ne reste plus qu’à espérer que cela ne vire pas au cauchemar. 

  • Changement de loi rétroactif : à priori non les condamnations restent
  • Quantité maximum : aucune, détention privée non restreinte
  • Autoproduction; oui, quantité: t’as un grand jardin?
  • Approvisionnement, marché et licences : rien le néant total
  • Achat / Vente : interdits, même les graines le sont
  • Restrictions: pas d’usage aux mineurs ni en public. Pénalités : aucunes pour l’instant

La cour constitutionnelle à tout de même demandé qu’un projet de loi soit rédigé d’ici 2 ans pour encadrer ces question, mais en attendant, ça risque d’être un peu la fête au marché noir.

Officiellement, la responsabilité de décider à partir de quelle quantité le Dagga est considéré comme l’objet d’un trafic et plus une commodité personnelle, est laissée entre les mains de la police… La même police qui déclare avoir baissé les bras, si vous avez suivi plus haut.

 

#Maintenant on fait quoi ?

On reprend : Pays au bord de l’implosion + prohibition post-coloniale + Cannabis libéré = …. On va bien voir.

La presse nationale à plutôt l’air de s’accomoder rapidement à ce changement soudain de paradigme en matière de Dagga. Il faut dire que l’objet était assez largement répandu.  La plupart du temps, si vous en parliez à n’importe qui : « tu fumes de l’herbe » on vous répondait « qui n’en fume pas ici ».

Capture d’écran – La une du très sérieux Business Insider South Africa

#Société

Pas de panique, l’Afrique du Sud, le Dagga elle connaît. On s’organise déjà et les messages de prévention commencent à passer pour organiser tout cela. Des sites d’information très sérieux s’y mettent aussi comme le très sérieux BUSINESS INSIDER qui soudain nous liste les 23 bénéfices santé du Cannabis. Il y à quelques jours encore, il nous expliquait comment les restes de poisson étaient le meilleur engrais pour en faire pousser beaucoup mieux.

Les représentants des assurances privées font néanmoins savoir qu’il restera strictement interdit de consommer du Cannabis sur un lieu de travail. Tous ces changements seront progressivement encadrés par de nouveaux règlements administratifs dans les mois qui viennent. 

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L’Afrique du sud met à jour la version 2.0 de son logiciel Cannabique. Si quelqu’un voyage dans ce pays ce serait bien qu’il nous ramène une copie de la disquette. En France on aurait besoin de mettre notre minitel à jour.

 

Zef !

Illustration : Die Antwoord

 

 

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Sources :

Business Insider Africa

DrugLibrary.org

Amy Flatau @ Google

Times UK

Le Quotidien.re

Afrikipresse

 

— Jean-pierre Ceccaldi pour The Blinc Group – Le Cannabiste 2018 Tous droits réservés –

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A propos jean-pierre 392 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du site : LeCannabiste.com. Je suis un journaliste blogger spécialisé dans le domaine du Cannabis. J'ai été choisi par un incubateur de Cannabusiness New Yorkais pour devenir leur consultant permanent en matière de Cannabis. Je publie de nombreux articles interviews et essais en langue Anglaise ainsi que pour la presse Française et l'industrie du Cannabis en général.