L’agence publique qui encadre le cannabis au Maroc vient de lancer une vaste formation pour la totalité des coopératives et des agriculteurs autorisés, avec un objectif net : décrocher les certifications internationales et rendre la filière plus compétitive. Derrière ce chantier, un secteur qui a produit 19 576 quintaux de matière sèche en 2025 et dont les produits partent déjà vers plus de sept pays, dont la France.
Du champ discret du Rif au laboratoire aux normes, le cannabis marocain change de costume. Ces virages de filière, on les suit de près sur Le Cannabiste.
Source : agence nationale de réglementation des activités liées au cannabis (ANRAC), Maroc.
Une formation pour viser la certification internationale
Le programme s’adresse à l’ensemble des producteurs autorisés pour la campagne 2026. Il a démarré dans la province de Taounate durant la semaine du 12 octobre, s’est poursuivi la semaine du 19 octobre à Chefchaouen et Al Hoceïma, et doit s’achever en décembre. Ce sont les trois provinces du nord où la culture légale est permise.
L’enjeu affiché est double : la conformité et la productivité. Les sessions portent sur la gouvernance des coopératives et sur la conduite technique de la culture, en vue d’obtenir un produit certifié GACP, pour bonnes pratiques agricoles, et GPM, pour bonnes pratiques de fabrication. Deux labels qui servent de passeport sur les marchés réglementés étrangers.
Dans le détail, l’agence met l’accent sur le lien entre agriculteurs et coopératives, sur la baisse des coûts de production, sur la prévention des ravageurs et des maladies, et sur le bon déroulé de la récolte comme du séchage. Autant de maillons où un plant mal mené fait chuter la qualité finale, et donc la valeur à l’export.

Une filière qui a changé d’échelle en 2025
Le Maroc a légalisé les usages médical, cosmétique et industriel du cannabis par une loi de 2021, confiant la régulation à l’ANRAC. Quatre ans plus tard, les compteurs s’emballent. En 2025, l’agence a validé 4 147 nouvelles demandes, ce qui porte le parc à 5 765 licences actives. L’essentiel concerne la culture, avec 5 492 permis au profit de 5 318 agriculteurs, le reste se partageant entre transformation, vente, export et transport.
Les surfaces récoltées ont atteint 3 141 hectares, dont 2 622 plantés en Beldia, la variété locale, et 519 en souches importées. La récolte de matière sèche est montée à 19 576 quintaux, après 18 810 un an plus tôt. Une montée en charge maîtrisée plutôt qu’une ruée : sur l’année, l’agence revendique aussi 7 526 inspections, qui ont débouché sur plusieurs retraits de licences.
De l’usine à l’export, le cannabis marocain gagne des marchés
La filière ne se limite plus au champ. Cinq opérateurs ont bâti et équipé des usines dont la capacité cumulée atteint 560 tonnes, et 11 autres unités sortent de terre. Côté produits finis, l’année 2025 a vu arriver 110 nouveautés, à savoir 59 cosmétiques, 50 compléments alimentaires et un seul médicament, ce qui porte à 141 le catalogue disponible, diffusé dans plus de 600 points de vente.
C’est à l’international que la bascule est la plus parlante. Les produits marocains sont désormais présents dans plus de sept pays, parmi lesquels la France, le Portugal, la Suisse, l’Afrique du Sud ou encore l’Australie. Un pays longtemps associé au marché noir du haschich se place ainsi sur le terrain du cannabis légal, encadré et traçable, destiné à des usages médicaux, cosmétiques et industriels.

La France, entre héritage du haschich et CBD légal
Pour le lecteur français, ce basculement n’a rien d’anecdotique. Le Maroc est depuis des décennies l’un des premiers fournisseurs de résine de cannabis du marché européen, le plus souvent par des circuits illégaux. Voir le pays bâtir une filière déclarée, certifiée et tournée vers l’export, c’est voir une partie de cette économie sortir de l’ombre pour entrer dans un cadre officiel.
Côté hexagone, la ligne reste nette. Le cannabis récréatif demeure interdit, et seul le CBD issu de chanvre est toléré à la vente tant que le taux de THC du produit ne dépasse pas 0,3 %. Les produits marocains qui arrivent légalement ne relèvent donc pas du cannabis à fumer, mais de ces usages réglementés. Pour un acheteur français qui cherche à s’y retrouver, mieux vaut partir d’une sélection de CBD légal français parmi les plus accessibles plutôt que de se perdre dans des offres floues.
La comparaison a ses limites, car le marché marocain vise d’abord l’export et la pharmacie, pas le rayon bien-être français. Mais la logique est la même des deux côtés de la Méditerranée : traçabilité, contrôle et qualité deviennent les vrais arguments d’une filière qui veut durer.
Les chiffres à retenir
- 19 576 quintaux de matière sèche produits en 2025, contre 18 810 en 2024.
- 5 765 autorisations opérationnelles, dont 4 147 délivrées sur la seule année 2025.
- 3 141 hectares récoltés, surtout plantés en Beldia, la variété locale.
- 560 tonnes de capacité de transformation installée, et 11 usines de plus en chantier.
- Des produits exportés vers plus de sept pays, dont la France.











