Pays-Bas : le cannabis médical vers un trou de dix mois dans l’approvisionnement

Séparateur

Aux Pays-Bas, le cannabis médical sur ordonnance se dirige vers une rupture d’approvisionnement. Le producteur historique, seul fournisseur du pays depuis 20 ans, a été placé en sursis de paiement le 24 septembre 2026, et la réforme censée réorganiser la filière ne prendra effet qu’au 1er juillet 2028. Entre les deux, un trou d’environ 10 mois menace les traitements d’environ 7 000 patients.

Quand la pharmacie risque la panne sèche pendant que la loi prend son temps, le dossier mérite qu’on l’ouvre en grand. On le décortique pour vous sur Le Cannabiste.

Source : Gouvernement néerlandais, lettre au Parlement sur les changements de politique du cannabis médical et la révision de l’Opiumwet (Kamerstuk 29477).

Le producteur unique placé en sursis de paiement

Le tribunal du nord des Pays-Bas a accordé le 24 septembre 2026 un sursis de paiement au cultivateur de Veendam, dans la province de Groningue, qui en avait fait lui-même la demande. En clair, l’entreprise se place sous protection faute de pouvoir régler ses factures, à commencer par une note d’énergie salée pour une culture qui en consomme beaucoup.

La cause est directe. L’accord-cadre qui liait ce producteur au Bureau voor Medicinale Cannabis (BMC), l’organisme public qui détient le monopole d’État sur le commerce du cannabis thérapeutique, a pris fin le 1er janvier 2026. Sans ce contrat, les commandes néerlandaises se sont taries et ne suffisent plus à faire tourner le site.

L’entreprise se veut rassurante sur le court terme : les livraisons en cours et à venir seraient honorées normalement, et le sursis ne concerne que les Pays-Bas, pas ses sites du Canada et du Danemark. Reste qu’un peu moins de 70 postes sont exposés, et que le fournisseur d’énergie figure parmi les principaux créanciers.

Un trou de dix mois programmé entre 2027 et 2028

Le vrai sujet n’est pas la santé financière d’une société, mais le calendrier public qui l’a fragilisée. La Haye a décidé de réorganiser toute la filière via une révision de l’Opiumwet, la loi sur les stupéfiants. Le projet doit arriver au Parlement au second semestre 2027, pour une entrée en vigueur visée au 1er juillet 2028.

Problème, les stocks ne suivent pas ce tempo administratif. Le dernier cannabis produit sur le sol néerlandais encore utilisable arrive à expiration vers septembre 2027. Entre cette date et l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, il reste donc une fenêtre d’environ 10 mois sans source domestique, que la réserve constituée par l’État ne suffit pas à combler, de l’aveu même du ministère de la Santé.

La mécanique est connue des marchés sous monopole : quand on démonte l’ancien système avant que le nouveau ne soit prêt, le point de bascule crée une zone grise. Ici, cette zone grise tombe au pire endroit, entre un stock qui périme et une loi qui n’est pas encore votée.

Rangées de plants de cannabis dans une serre de production sous éclairage horticole

Environ 7 000 patients et le casse-tête du changement de variété

Derrière les dates, il y a des malades. Environ 7 000 patients reçoivent aujourd’hui du cannabis médical sur prescription aux Pays-Bas, pour des pathologies comme la sclérose en plaques, l’épilepsie, la douleur chronique ou les soins palliatifs. Parmi eux, des enfants souffrant d’épilepsie résistante aux traitements, pour qui l’interruption n’a rien d’anodin.

Le point de friction est le changement de variété. Les associations de patients, à commencer par celle des personnes atteintes de sclérose en plaques, estiment qu’une variété ne se remplace pas par une autre sans conséquence, et que passer d’un produit à un autre demande un accompagnement médical. Face à elles, le ministère de la Santé avance qu’il n’existe pas de preuve scientifique d’effets thérapeutiques différents selon les variétés, une position contestée par ces mêmes associations et par des spécialistes.

Okiweed_des_pépites_venues_d'ailleurs-70%

Signe que l’inquiétude est réelle, certains patients constituent déjà des réserves personnelles, par crainte de se retrouver sans traitement du jour au lendemain.

Comptoir de pharmacie avec un pilulier et une ordonnance, lumière douce du matin

La Haye promet d’importer, sans garantie à ce stade

La solution affichée par le gouvernement est l’importation. À terme, le BMC doit passer à du cannabis médical importé, et l’exécutif assure qu’il ira chercher à l’étranger de quoi ne pas priver les patients, via une procédure d’achat européenne portant sur des produits conformes à la Pharmacopée européenne.

Sur le papier, c’est logique. Dans les faits, aucune autorisation d’importation n’a encore été délivrée pour combler la fenêtre à risque, et une part importante de la capacité de production européenne du producteur historique sort justement de la chaîne néerlandaise. Promettre d’importer et avoir les volumes disponibles au bon moment sont deux choses différentes, surtout pour des produits pharmaceutiques qui ne se commandent pas comme des sacs de terreau.

À la clé, une fois la réforme en place, le rôle du BMC comme importateur et fournisseur des pharmacies doit prendre fin, et les patients obtiendraient directement leur traitement en officine. Un objectif de libéralisation plutôt cohérent, mais qui ne règle pas la question du tunnel de transition.

En France, le cannabis médical attend toujours ses décrets

Vu de France, le cas néerlandais a quelque chose d’instructif. Les Pays-Bas ont un marché du cannabis thérapeutique installé depuis deux décennies, avec des patients, une filière et un cadre public, et ils peinent pourtant à gérer une simple transition réglementaire. De ce côté-ci de la frontière, on n’en est même pas là : la généralisation est votée mais reste suspendue à la publication des décrets du cannabis médical toujours attendus en France.

Pour le grand public français, le repère reste le CBD, le cannabidiol à moins de 0,3 % de THC, vendu librement comme produit de bien-être, sans statut de médicament. Le cannabis thérapeutique riche en THC, lui, relève d’un tout autre régime, celui qui fait justement l’objet de ces décrets qui tardent.

Okiweed_des_pépites_venues_d'ailleurs-70%

La leçon néerlandaise est simple à retenir : installer un cadre, c’est une chose, sécuriser l’approvisionnement des patients pendant qu’on le change en est une autre. Un détail que les pays encore au stade des décrets auraient tout intérêt à anticiper.

Les chiffres à retenir

  • 24 septembre 2026 : sursis de paiement accordé au producteur unique de cannabis médical néerlandais.
  • 1er janvier 2026 : fin de l’accord-cadre avec le Bureau voor Medicinale Cannabis.
  • Environ 7 000 patients sous cannabis médical sur prescription aux Pays-Bas.
  • Septembre 2027 : expiration du dernier stock domestique utilisable.
  • 1er juillet 2028 : entrée en vigueur visée de l’Opiumwet révisée, soit un trou d’environ 10 mois.
★★★★★

Soyez le 1er à noter cet article

Partagez votre avis

Okiweed_des_pépites_venues_d'ailleurs-70%

Le top boutique

TealerLab

Code -80% : LECANNABISTE

CBD Pas Chère

Code -30% : LECANNABISTE

Okiweed

Code -75% : LECANNABISTE

The Swiss Hemp

Code -80% : LECANNABISTE