Le marché britannique des cannabinoïdes gris vit peut-être ses derniers mois. Le gouvernement du Royaume-Uni a déposé devant le Parlement un projet de décret qui placerait douze cannabinoïdes, dont le HHC et le THCA, parmi les drogues de classe B, au même niveau que le cannabis. Dix molécules semi-synthétiques et deux acides précurseurs du THC seraient ainsi interdits à la production, à la vente et à la détention.
Quand une molécule vendue en boutique glisse du rayon bien-être au tableau des stupéfiants, le virage mérite qu’on s’y arrête. L’actualité réglementaire du cannabis se lit sur Le Cannabiste.
Douze cannabinoïdes de synthèse basculent en classe B
Le texte modifie l’annexe 2 du Misuse of Drugs Act de 1971, la loi qui répartit les substances contrôlées entre les classes A, B et C. Son article 2(3) fait entrer en classe B dix cannabinoïdes semi-synthétiques et deux acides précurseurs du THC, soit douze substances nommément listées.
Au menu, le HHC (hexahydrocannabinol) et toute sa famille : le HHCP, le HHCH, plusieurs formes hydroxylées, ainsi que les variantes HHC-C8 et HHC-C9. S’y ajoutent le 11-hydroxy-THC et les deux acides tétrahydrocannabinoliques, le THCA-A et le THCA-B, des précurseurs qui se transforment en THC sous l’effet de la chaleur. Une réserve figure noir sur blanc dans le texte : ces molécules restent hors contrôle lorsqu’elles sont naturellement présentes dans le cannabis ou la résine de cannabis.
Le classement en classe B n’a rien d’anecdotique. Il aligne ces cannabinoïdes sur le régime pénal du cannabis lui-même, avec les sanctions qui vont avec en cas de production, de vente ou de simple détention. Pour une filière qui s’était bâtie sur le flou juridique de ces molécules, c’est un changement de monde.
Le HHC, molécule vedette d’un marché gris
Le HHC n’est pas un cannabinoïde comme les autres. Obtenu en laboratoire à partir de chanvre, il reproduit une partie des effets du THC tout en échappant, jusqu’ici, aux définitions génériques qui encadrent le cannabis. C’est précisément cette zone grise qui a permis sa diffusion express en Europe comme produit récréatif légal, avant que les autorités ne réagissent les unes après les autres.

C’est l’organe consultatif britannique sur les stupéfiants qui a recommandé ce tour de vis, après avoir passé en revue les risques sanitaires et sociaux de ces cannabinoïdes et constaté que le HHC était, de loin, le plus présent sur le terrain. La question des effets du HHC n’est pas théorique : nous avions rapporté les premières données cliniques comparant des patients après usage de HHC à des consommateurs de cannabis, qui avaient nourri l’inquiétude des agences de santé.
En visant aussi le THCA, le projet de décret ferme une autre porte. Cet acide, inactif tel quel, se mue en THC dès qu’on le chauffe, ce qui en fait un moyen commode de vendre du THC sans en avoir l’étiquette. Cibler les précurseurs autant que les produits finis, c’est couper le marché gris à la racine plutôt que de courir après chaque nouvelle molécule.
Un décret encore en projet, pas une loi en vigueur
Rien n’est joué pour autant. Le texte n’est pour l’instant qu’un projet de décret, déposé devant le Parlement sur recommandation de l’organe consultatif sur les stupéfiants. Il doit être approuvé par les deux chambres avant d’exister, puis il n’entrerait en application que le vingt-huitième jour suivant son adoption formelle.
Autre signe que le gouvernement avance vite, il assume n’avoir produit aucune étude d’impact complète, estimant l’effet économique négligeable. Une appréciation qui ne fait pas l’unanimité chez les professionnels du chanvre et du CBD, qui redoutent des dommages collatéraux pour des produits parfaitement légaux contenant des traces naturelles de ces composés. Le texte prévoit bien une réserve pour le cannabis et sa résine, mais la frontière entre un isolat concentré et une trace résiduelle promet quelques débats.
La France avait tranché la même question dès 2023
Pour un lecteur français, ce débat a comme un air de déjà-vu. La France n’a pas attendu Londres : le HHC a été classé stupéfiant par l’ANSM dès 2023, entraînant le retrait pur et simple des boutiques et des sites qui en vendaient. Plusieurs pays européens ont suivi des trajectoires voisines, chacun à son rythme, si bien que le Royaume-Uni rejoint un mouvement déjà bien engagé sur le continent.

Pour le consommateur, la conséquence est la même partout : les cannabinoïdes de synthèse se referment, et il reste le CBD légal, tracé et vendu dans un cadre clair. C’est l’univers que nous passons au crible dans notre avis détaillé sur TealerLab, une boutique de CBD légal, à mille lieues des molécules grises que les régulateurs ferment une à une.
Les points à retenir
- Un projet de décret britannique veut classer douze cannabinoïdes en drogues de classe B, dont le HHC et le THCA.
- Dix molécules semi-synthétiques et deux acides précurseurs du THC sont nommément listés, hors cannabis et résine.
- Le texte doit encore être voté par les deux chambres et n’entrerait en vigueur que vingt-huit jours après son adoption.
- La France a classé le HHC comme stupéfiant dès 2023, un cap que le Royaume-Uni s’apprête à franchir à son tour.












