L’Andorre vient de poser la première pierre législative de sa filière cannabis. Le gouvernement de la Principauté a présenté un projet de loi qui remanie la loi sur l’agriculture et l’élevage, avec un objectif assumé : autoriser la culture de cannabis à usage médical sur son territoire. Le modèle annoncé est volontairement resserré, une seule licence pour un unique exploitant, une production menée en intérieur et présentée comme hautement encadrée.
Quand un petit pays de montagne décide de faire pousser autre chose que du tabac, la nouvelle mérite qu’on s’y arrête. On la décortique pour vous sur Le Cannabiste.
Source : Govern d’Andorra, Ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage (conférence de presse du 1er septembre 2026).
Une loi agricole remaniée pour ouvrir un nouveau champ
Sur le papier, le texte est une réforme du secteur primaire, pas une loi cannabis. Il modernise la loi sur l’agriculture et l’élevage pour faciliter la diversification des cultures et la relève générationnelle des exploitations. Mais la raison la plus commentée de ce chantier est claire : offrir un cadre juridique à la culture de cannabis médical, présentée comme l’une des nouvelles productions à fort potentiel pour un secteur agricole andorran étroit.
La réforme crée d’abord un organisme de représentation du secteur primaire, pensé comme l’interlocuteur de référence des exploitants face à l’administration. Pour être reconnu, cet organisme devra rassembler au moins 65 % des exploitants agricoles actifs inscrits au registre et s’appuyer sur une association professionnelle existant depuis plus de 10 ans. C’est par cette porte que passeront les projets jugés d’intérêt général, cannabis compris.
Cannabis médical : une licence unique, une culture en vase clos
C’est le cœur du dispositif et le point qui distingue l’Andorre de la plupart de ses voisins. La Principauté ne veut pas d’un marché ouvert à de multiples producteurs, mais d’un modèle concentré : une seule licence d’exploitation, attribuée à un unique opérateur, sur un site fermé. Toute la production serait ainsi rassemblée en intérieur, sans plantations dispersées sur le territoire.
Le ministre en charge du dossier insiste sur le caractère strictement médical de la démarche. La culture serait fortement réglementée et auditée, et ne serait en aucun cas destinée à un usage récréatif. L’attribution passerait par un appel d’offres public assorti d’une notation, avec un bonus pour les projets portés par le nouvel organisme de représentation collective. Autrement dit, l’accès au cannabis médical est conditionné à la structuration du monde agricole andorran.
Ce choix d’un opérateur unique en circuit fermé rappelle la façon dont d’autres petits États ont abordé le sujet, à l’image de l’encadrement de la culture de cannabis médical au Liban, où la production est elle aussi placée sous un régime dédié et surveillé.

Des regroupements agricoles calqués sur le voisin français
La réforme ne se limite pas au cannabis. Elle importe un outil directement inspiré de la France : les groupes agraires d’exploitation commune, baptisés GAREC. Le principe est le même que celui des groupements agricoles français : permettre à 2 à 5 exploitations de mettre en commun, en partie ou en totalité, leurs terres, leurs bâtiments, leur matériel, leur bétail et leur travail. Objectif affiché, réduire les coûts, mieux utiliser les équipements et consolider des fermes souvent minuscules.
Le texte encadre aussi les petits élevages familiaux, ces quelques poules ou moutons destinés à l’autoconsommation. Ils devront être déclarés et respecter des contrôles sanitaires de base, sans pour autant accéder aux aides publiques ni pouvoir commercialiser leur production. Une manière de recenser une réalité rurale jusqu’ici informelle, au moment où la Principauté veut faire monter en gamme son agriculture.

Pendant ce temps, où en est la France ?
Pour le lecteur français, la comparaison est instructive. De l’autre côté de la frontière, le cannabis médical est sorti de l’expérimentation lancée en 2021 pour entrer dans une phase de généralisation, mais l’approvisionnement reste largement adossé à des laboratoires et à des importations, sans filière de culture nationale ouverte de la même façon. Le débat français sur une production hexagonale de cannabis thérapeutique n’est toujours pas tranché, comme le rappelait le rapport sur le cannabis médical en France et son tournant décisif.
Sur le versant grand public, la France encadre par ailleurs strictement le CBD, avec un seuil de 0,3 % de THC pour les produits autorisés à la vente. L’initiative andorrane ne change rien à ce cadre, mais elle ajoute un voisin de plus à la carte européenne des pays qui organisent, chacun à sa manière, une production légale de cannabis à visée médicale. Pour une micro-nation dont l’économie agricole reste marquée par la tradition du tabac, le signal est loin d’être anodin.
Les principaux points à retenir
- Un projet de loi modifie la loi agricole andorrane pour autoriser la culture de cannabis médical.
- Une seule licence, un unique exploitant, une culture en intérieur, sans usage récréatif.
- Attribution par appel d’offres public, avec un bonus aux projets portés par le nouvel organisme du secteur primaire.
- Cet organisme exige au moins 65 % des exploitants actifs et une association de plus de 10 ans.
- Les GAREC, inspirés du modèle français, permettront à 2 à 5 exploitations de mutualiser leurs moyens.
- Une loi spécifique sur le cannabis doit arriver au Conseil général lors de sa prochaine session.












