Aux États-Unis, un gouverneur vient de prendre position à rebours de son propre Parlement. En Caroline du Nord, Josh Stein réclame la création d’un marché légal et strictement encadré du THC pour les adultes, au moment précis où les législateurs de l’État s’apprêtent, eux, à durcir la vente des produits au chanvre. Le texte en débat, House Bill 328, interdirait tout produit dépassant 0,4 milligramme de THC total, un seuil si bas qu’il effacerait la quasi-totalité de l’offre actuelle.
Interdire la plante ou encadrer la molécule, voilà un vieux dilemme qui refait surface, cette fois avec l’accent du Sud. On vous déroule le match sur Le Cannabiste.
Source : House Bill 328 (Assemblée générale de Caroline du Nord) et l’Executive Order n°16 créant le conseil consultatif sur le cannabis, dont les travaux sont détaillés par le département de la Santé de Caroline du Nord.
Un gouverneur qui défie son propre Parlement
Cette semaine, devant les journalistes, Josh Stein a posé sa ligne sans détour. Le gouverneur démocrate ne veut pas d’une simple interdiction du chanvre, il veut un cadre. Ce qu’il nous faut, c’est un marché du THC bien encadré pour les adultes, où l’on sait ce que l’on achète, en quelle quantité et avec quels ingrédients, tout en protégeant totalement les enfants, a-t-il résumé.
Son argument tient en une comparaison quotidienne. Pour l’alcool et le tabac, la loi fixe déjà un âge et des règles, alors pourquoi laisser du chanvre et du kratom filer sans garde-fou vers des mineurs ? Le gouverneur qualifie le marché actuel de zone de non-droit et estime qu’en l’état, il n’existe de protection ni pour les enfants ni pour les adultes. Sa sortie s’inscrit dans un mouvement plus large, celui des États américains qui pourraient légaliser le cannabis en 2026, mais il l’aborde par une porte inhabituelle, celle de la sécurité des consommateurs.
Le contraste avec la chambre basse est net. La Chambre des représentants a repoussé son vote à l’automne, et son président, républicain, a tranché sans ambiguïté : son groupe n’a aucune intention de toucher à quoi que ce soit qui ressemble à une légalisation du cannabis. Un gouverneur qui pousse à l’ouverture, un Parlement qui freine : la Caroline du Nord offre un condensé du bras de fer américain sur le sujet.

Interdire le chanvre ou encadrer le THC, deux routes opposées
Le texte que combat le gouverneur ne fait pas dans la demi-mesure. House Bill 328 rangerait parmi les produits interdits tout consommable au chanvre dépassant 0,4 milligramme de THC total, ce qui reviendrait à retirer des rayons l’écrasante majorité des articles vendus aujourd’hui. Le même texte interdirait la vente de consommables au chanvre aux moins de 21 ans, bannirait le kratom de synthèse et la xylazine, et limiterait le kratom naturel aux adultes.
Ce durcissement a déjà franchi une étape. Le Sénat de l’État a adopté l’accord de commission par 37 voix contre 6 début juillet, avec le soutien affiché des forces de l’ordre. Il ne manque plus que l’aval de la Chambre, désormais renvoyé à l’automne, pour que le texte parte sur le bureau du gouverneur.
C’est précisément cette logique de la porte fermée que Josh Stein juge inefficace. Sa critique est double : le projet laisserait passer certains produits sans vraie protection de l’âge, tout en poussant le reste vers un marché gris impossible à contrôler. À l’interdiction, il oppose une régulation classique, avec licences, contrôles de qualité, taxes et restrictions de publicité, la même grammaire que celle appliquée aux produits déjà encadrés.
Réguler la molécule plutôt que le plant
Pour bâtir sa position, le gouverneur ne part pas de rien. En signant l’Executive Order n°16 en juin 2025, il avait créé un conseil consultatif sur le cannabis, réunissant jusqu’à 30 membres issus des agences de l’État, de la justice, de l’agriculture, de la santé et des forces de l’ordre. Sa mission : dessiner une approche d’ensemble, centrée sur la santé publique et la protection des mineurs.
Le rapport d’étape de ce conseil, validé le 2 avril 2026, contient l’idée la plus intéressante du dossier. Plutôt que de maintenir deux régimes séparés, l’un pour le chanvre, l’autre pour le cannabis, il recommande de réguler à partir de la teneur totale en THC et du potentiel psychoactif, autrement dit de raisonner par la molécule et non par la plante d’origine. Un rapport définitif est attendu d’ici la fin 2026.
Le marché non régulé du cannabis, aujourd’hui, c’est le Far West, et il réclame de l’ordre.
Josh Stein, gouverneur de Caroline du Nord
L’approche par la molécule a une conséquence directe. Elle rend caduque la distinction, souvent artificielle, entre un chanvre légal et un cannabis interdit dès lors que les deux affichent des taux de THC comparables. Le gouverneur le formule à sa manière : un cannabis reste un cannabis.
En France, c’est le plant, pas la molécule, qui fait la loi
Vu de France, le débat résonne étrangement, car notre cadre a choisi l’option inverse. Ici, le chanvre, les fleurs et les huiles de CBD sont autorisés tant que la plante reste sous 0,3 % de THC. C’est bien le végétal et son taux qui servent de curseur, pas une dose maximale par portion calculée molécule par molécule.
Et quand une nouvelle molécule apparaît, la France penche plutôt vers l’interdiction que vers l’encadrement. Le HHC et ses dérivés, apparus dans les boutiques puis classés comme stupéfiants depuis 2023, en sont l’exemple le plus frais. La question posée en Caroline du Nord, réguler et taxer comme l’alcool ou fermer la porte, est donc exactement celle qui traverse l’Europe, de la bataille italienne sur le chanvre léger jusqu’aux arbitrages français sur les cannabinoïdes de synthèse.
Rien ne dit qu’un marché adulte du THC verra le jour outre-Atlantique, encore moins qu’il inspirera Paris. Mais l’argument du gouverneur, mieux vaut un produit contrôlé et étiqueté qu’un produit vendu sans règle, est de ceux qui voyagent bien d’un continent à l’autre.

Les points clés à retenir
- Le gouverneur de Caroline du Nord réclame un marché légal et encadré du THC pour adultes, contre un simple durcissement du chanvre.
- Le texte visé, House Bill 328, interdirait tout produit dépassant 0,4 milligramme de THC total et la vente aux moins de 21 ans, adopté au Sénat par 37 voix contre 6.
- Le conseil consultatif créé par l’Executive Order n°16 recommande de réguler par la teneur en THC, la molécule, plutôt que par la plante d’origine.
- La France a fait le choix inverse : un seuil de 0,3 % de THC dans le plant et l’interdiction des nouvelles molécules comme le HHC.











