Le 3 novembre 2026, les électeurs de l’Idaho se prononcent sur un amendement à leur Constitution qui donnerait à la seule législature le pouvoir de légaliser le cannabis, et retirerait aux citoyens le droit de le faire eux-mêmes par une initiative populaire. Un verrou pensé pour durer, qui irait bien au-delà d’une simple loi.
Quand un État décide de graver l’interdiction dans le marbre, l’affaire mérite qu’on s’y arrête. On vous déroule le dossier sur Le Cannabiste.
Source : texte officiel de la House Joint Resolution 4, amendant la Section 26 de l’article III de la Constitution de l’Idaho.
Ce que l’Idaho met dans l’urne le 3 novembre
Le texte soumis au vote est une résolution législative, baptisée House Joint Resolution 4, qui propose de modifier la Section 26 de l’article III de la Constitution de l’Idaho. Sa formule est courte mais lourde de conséquences : seule la législature de l’État aurait désormais le pouvoir de légaliser la culture, la production, la vente, la détention ou l’usage du cannabis, des stupéfiants et des autres substances psychoactives.
Un vote « oui » confierait ce pouvoir exclusivement aux élus. Un vote « non » ne changerait rien, et laisserait aux habitants la possibilité actuelle de faire évoluer la loi sur les drogues par le processus d’initiative citoyenne, ce mécanisme qui permet, dans de nombreux États américains, de soumettre directement une loi au vote populaire. En clair, l’amendement ne se contente pas d’interdire : il retire aux citoyens l’outil qui leur permettait d’espérer un changement.
Pour être adopté, le texte n’a besoin que d’une majorité simple des suffrages. S’il passe, la marche arrière deviendrait quasi impossible sans un nouveau vote constitutionnel, c’est-à-dire sans l’aval de la même assemblée que l’amendement vient de conforter.
Un verrou constitutionnel sans précédent aux États-Unis
Si l’amendement est validé, l’Idaho deviendrait le premier État à inscrire dans sa Constitution une restriction visant expressément l’initiative citoyenne sur le cannabis et les drogues. Partout ailleurs, c’est justement ce droit de pétition qui a servi de levier pour légaliser, État après État, l’usage médical puis récréatif.
Le texte n’arrive pas par surprise. Il a été adopté par les deux chambres de la législature de l’Idaho au printemps 2025, par 58 voix contre 10 à la Chambre des représentants de l’État et par 29 voix contre 6 au Sénat, avant d’être renvoyé aux électeurs comme le veut la procédure de révision constitutionnelle.
Ses partisans défendent un principe de prudence : une décision aussi lourde que la légalisation d’une drogue devrait, selon eux, passer par des auditions publiques et la responsabilité des élus, plutôt que par un scrutin unique. Ses opposants y voient l’inverse, le retrait pur et simple d’un droit populaire, d’autant que l’assemblée reste libre de défaire une loi votée par les citoyens. Le débat déborde largement le cannabis : c’est le rôle même du référendum d’initiative qui est en jeu.
Un État où le cannabis reste totalement interdit
Le contexte local éclaire l’enjeu. L’Idaho fait partie des rares États américains où le cannabis demeure interdit sous toutes ses formes, médicale comprise. La plante y est classée en annexe I au titre du code de l’État (Idaho Code 37-2705), au même rang que les substances jugées les plus dangereuses.
Les sanctions suivent. La détention de trois onces (environ 85 grammes) ou moins est un délit, passible d’une amende d’au moins 300 dollars, et le dépassement de ce seuil bascule dans la catégorie criminelle. Seuls échappent à la définition du cannabis le chanvre industriel contenant au plus 0,3 % de THC et les produits à base de cannabidiol approuvés par l’agence sanitaire fédérale.
Dans ce climat, l’initiative citoyenne restait la seule porte entrouverte. Deux projets portés par des habitants, l’un pour un cannabis médical, l’autre pour une dépénalisation, ont tenté de se qualifier pour le scrutin de 2026. Le premier n’a réuni que 58 024 signatures certifiées sur les 70 725 requises, et aucun des deux n’a atteint le bulletin de vote. L’amendement viendrait refermer cette porte pour de bon.
Le même jour, le Massachusetts joue le scénario inverse
À l’autre bout du pays, le même 3 novembre, un autre État se penche sur le cannabis, mais par le bas : le Massachusetts met au vote l’abrogation de son marché légal de cannabis récréatif adopté en 2016. Là, ce sont les électeurs eux-mêmes qui pourraient décider de refermer un marché ouvert il y a dix ans, via une question soumise au vote par la voie de l’initiative populaire.
Les deux scrutins disent quelque chose de l’état du débat américain. D’un côté un État prohibitionniste qui veut sanctuariser l’interdiction, de l’autre un État pionnier où une partie de l’opinion s’interroge sur son propre choix. Dans les deux cas, c’est l’outil du vote direct qui est au centre du jeu, utilisé ici pour verrouiller, là pour revenir en arrière.
Et en France, le CBD reste en vente libre
Vu de France, le contraste est saisissant. Ici, le cannabis récréatif reste interdit, mais le cannabidiol, lui, est parfaitement légal dès lors que le produit fini respecte un taux de THC inférieur ou égal à 0,3 %. Fleurs, huiles et infusions se vendent librement, un cadre consolidé ces dernières années par la justice européenne et le Conseil d’État.
Autrement dit, là où l’Idaho envisage de rendre tout changement impossible sans ses élus, la France a tranché dans l’autre sens pour le bien-être : le marché du CBD y est accessible et encadré, porté par des boutiques spécialisées que nous passons régulièrement au crible. Deux philosophies qui résument assez bien l’écart entre un État qui ferme et un pays qui organise.
Les chiffres à retenir
- 3 novembre 2026 : date du vote sur l’amendement HJR 4 en Idaho.
- Section 26, article III : la disposition de la Constitution de l’Idaho qui serait modifiée.
- 58 voix contre 10 à la Chambre et 29 contre 6 au Sénat : l’adoption par la législature en 2025.
- 300 dollars : l’amende minimale pour la détention de trois onces ou moins de cannabis en Idaho.
- 58 024 signatures sur 70 725 : ce qu’a réuni, en vain, l’initiative pour un cannabis médical en 2026.
Un scrutin discret, loin des projecteurs, mais qui pourrait faire de l’Idaho le premier État à mettre la prohibition du cannabis à l’abri de ses propres citoyens.














