Le régulateur marocain vient de dresser le bilan de sa campagne 2026, et le ton s’est nettement durci. En pleine récolte, l’agence publique chargée du cannabis légal a retiré 1 490 autorisations, faute de respect des procédures en vigueur, pendant que 1 100 hectares de la variété locale étaient déjà moissonnés dans les trois provinces du Rif.
Entre la serpe dans les champs et le tampon administratif, la filière avance au cordeau. On vous déroule le fil sur Le Cannabiste.
Source : ANRAC, le régulateur public marocain du cannabis légal, bilan de la campagne agricole 2026.
1 490 autorisations retirées en pleine campagne
Le chiffre marque les esprits : l’agence a annulé 1 490 autorisations au terme des contrôles menés durant la saison, toutes pour manquement aux règles encadrant le secteur. La mesure vise l’ensemble de la chaîne, du champ à l’étal, et pas seulement les cultivateurs.
Dans le détail, près de 1 300 de ces retraits concernaient des agriculteurs engagés dans la culture. Les 190 restants touchaient les autres maillons : 60 autorisations d’importation de semences, 45 pour la transformation et la fabrication, 35 pour la commercialisation, 31 pour l’exportation de produits, 12 pour l’exportation de semences et sept pour le transport.
Le régulateur insiste sur un point : retirer une autorisation ne revient pas à interdire la culture ou la vente dans le cadre légal. Il s’agit d’un contrôle de conformité, le signe que la filière entre dans une phase de maturité où la régularité administrative conditionne la poursuite de l’activité.
1 100 hectares de beldia déjà récoltés
Côté champs, la moisson de la variété locale, la fameuse beldia, est bien engagée. À l’échelle des trois provinces du Rif autorisées à cultiver du cannabis, 1 100 hectares ont été moissonnés, environ 60 % des surfaces consacrées à cette variété. À Taounate, la récolte atteint même 92 %.
Derrière ces hectares, il y a du monde : quelque 1 800 agriculteurs répartis dans 154 coopératives. Un maillage coopératif qui structure une culture longtemps restée dans l’informel et qui, aujourd’hui, s’inscrit dans un circuit déclaré et contrôlé.
Le calendrier n’est pas le même pour la variété importée, aux cycles de maturation différents. Sa récolte a débuté en octobre et doit se poursuivre jusqu’en décembre 2026, ce qui étale la saison sur l’ensemble de l’automne.
Un logo marocain protégé jusqu’en Europe
En parallèle des contrôles, l’agence joue une autre partie, plus discrète mais stratégique : protéger à l’international le logo censé certifier l’origine des produits marocains de cannabis légal. L’idée est simple, garantir la provenance et démarquer ces produits de la concurrence sur les marchés étrangers.
Cette protection a déjà été actée au Portugal et au Luxembourg. Le Maroc attend désormais des réponses comparables d’Allemagne et d’Espagne, deux marchés clés pour qui vise l’Europe. Le cap est clair : transformer une production agricole en produit valorisé à l’export.
Le mouvement n’est pas théorique. La beldia a déjà commencé à franchir les frontières, puisque la variété locale marocaine est entrée dans les pharmacies suisses. De quoi mesurer le chemin parcouru par une filière qui se pense désormais en termes de débouchés internationaux.
Et en France, où en est le cannabis légal ?
Vu de France, le contraste est saisissant. Le Maroc a bâti en quelques années une chaîne de production déclarée, du semis à l’export, là où la France reste sur une ligne beaucoup plus prudente. L’usage récréatif y demeure interdit, et seul le CBD est commercialisé librement, à condition de rester sous le seuil de 0,3 % de THC.
Le chanvre est bien cultivé sur le sol français, pour la fibre, les graines et le CBD, mais sans la verticale complète que structure le voisin marocain depuis sa loi de 2021 sur les usages licites. Si le logo marocain obtient sa protection en Allemagne et en Espagne, c’est tout le marché européen, France comprise, qui verra arriver des produits d’origine certifiée.
Les chiffres à retenir
- 1 490 autorisations retirées pour non-respect des procédures
- Dont près de 1 300 chez des cultivateurs et 190 sur les autres maillons
- 1 100 hectares de beldia récoltés, soit environ 60 % de la surface dédiée
- 92 % de la récolte atteinte à Taounate
- 1 800 agriculteurs dans 154 coopératives
- Logo du cannabis légal marocain déjà reconnu au Portugal et au Luxembourg, Allemagne et Espagne en attente












