Un cannabis à usage médical cultivé au Maroc vient de franchir une étape qu’aucune plante de la variété locale Beldia n’avait atteinte : la délivrance dans des pharmacies suisses agréées. L’extrait revendique une teneur de 52,54 % de THC total et les exigences de qualité pharmaceutique européenne, au terme de deux ans de travail sur la conformité. Une première pour une plante longtemps associée au marché noir du Rif.
Du champ de montagne au comptoir d’une officine helvétique, il y a tout un parcours de laboratoire, et quelques chiffres qui donnent le tournis. On déroule le fil sur Le Cannabiste.
Source : Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC, Maroc), bilan 2025 présenté par son directeur général ; annonce de la société Cannaflex, en partenariat avec le laboratoire Sothema et la société pharmaceutique suisse Pharmaserv AG.
La Beldia marocaine entre dans les pharmacies suisses
L’annonce vient de la société Cannaflex, qui indique faire délivrer, dans des pharmacies suisses agréées, un cannabis médical issu de la Beldia, cette variété paysanne cultivée de longue date dans le nord du Maroc. L’opération est menée avec le partenaire pharmaceutique Pharmaserv AG, au terme de deux années passées à fiabiliser la qualité et à normaliser le produit. La plante, elle, continue de pousser sur le sol marocain sous un cahier des charges de bonnes pratiques agricoles, l’ANRAC assurant l’encadrement réglementaire et le suivi des lots jusqu’aux opérations pharmaceutiques réalisées en Suisse.
Les analyses communiquées par l’entreprise décrivent un produit taillé pour le circuit médical : 52,54 % de THC total, 0,12 % de CBD, une charge microbiologique inférieure à 10 CFU par gramme, plus de 500 pesticides recherchés sans résidu détecté, et des contrôles sur les métaux lourds et les aflatoxines. Le tout présenté comme conforme aux exigences EU-GMP, le référentiel européen des bonnes pratiques de fabrication. Prudence toutefois sur l’ampleur réelle : l’entreprise n’a communiqué ni les quantités livrées ni le nombre d’officines qui proposent le produit.

Une filière sortie de l’ombre en quelques saisons
Ce cap pharmaceutique s’appuie sur une filière qui grossit vite. Selon le bilan 2025 de l’ANRAC, la production de matière sèche a atteint 19 576 quintaux, soit près de 1 960 tonnes, en hausse par rapport aux 18 810 quintaux de l’an passé. La récolte a porté sur 3 141 hectares, dont 2 622 dédiés à la seule Beldia et 519 à une variété importée, le tout réparti entre 4 776 exploitants.
L’agence de régulation a délivré 4 147 nouvelles autorisations sur l’année, portant à 5 765 le nombre d’autorisations opérationnelles, dont 99 % pour la seule culture. Autrement dit, une filière encore très agricole dans sa masse, mais qui commence à muscler l’aval industriel. La bascule d’un cannabis clandestin vers un produit encadré, engagée avec la légalisation de l’usage licite, prend forme campagne après campagne.
De la matière première aux produits finis exportés
Le pays ne veut plus seulement produire de la plante, mais la transformer chez lui. Cinq opérateurs ont bâti et équipé, en 2025, des usines d’une capacité totale de 560 tonnes, tandis que le produit national se retrouve désormais dans plus de 600 points de vente agréés. Côté catalogue, 110 nouvelles références ont été enregistrées dans l’année auprès de l’agence marocaine du médicament, ce qui hisse à 141 le total des produits disponibles. On retrouve la trace de cette montée en gamme dans les produits au cannabis légal désormais homologués au Maroc, compléments alimentaires et cosmétiques en tête.
À l’international, les références marocaines ont gagné du terrain dans sept pays : France, Suisse, République tchèque, Luxembourg, Portugal, Australie et Afrique du Sud. La délivrance suisse prolonge une première exportation d’extrait pharmaceutique réalisée plus tôt dans l’année, un dérivé de Beldia obtenu selon des protocoles GMP, avec une matière première cultivée sur place. Le signal est clair : le Maroc vise la pharmacie, pas l’étal.

La France, cliente possible et spectatrice
La France figure noir sur blanc parmi les sept destinations. De quoi rappeler une nuance qui échappe encore à beaucoup : ce cannabis-là, dosé à plus de 50 % de THC et délivré sur prescription, n’a rien à voir avec les fleurs de CBD vendues librement dans l’Hexagone, plafonnées à 0,3 % de THC. L’un relève du médicament, l’autre du bien-être en vente libre.
Or la France avance à petits pas sur ce terrain, avec la généralisation de son cannabis médical engagée après des années d’expérimentation. Un voisin méditerranéen capable de fournir une matière première tracée et conforme aux standards européens n’est pas un détail, dans un marché du continent où la demande médicale court souvent plus vite que la production locale. Le Maroc, longtemps montré du doigt comme fournisseur du marché noir, se positionne désormais comme atelier réglementé aux portes de l’Europe.
Les chiffres à retenir
- 52,54 % de THC total et 0,12 % de CBD pour l’extrait de Beldia délivré en Suisse
- 19 576 quintaux produits en 2025, près de 1 960 tonnes de matière sèche
- 3 141 hectares récoltés auprès de 4 776 agriculteurs
- 5 765 autorisations opérationnelles, dont 99 % pour la culture
- 560 tonnes de capacité de transformation industrielle installée
- 141 produits homologués et une présence dans sept pays, dont la France










