Une usine va relancer au Portugal la filature du lin et du chanvre, une etape de la fibre textile que l’Europe avait laisse partir en Asie depuis des decennies. L’investissement atteint 30 millions d’euros et doit creer 250 emplois pres de Porto, pour produire sur place des fils aujourd’hui files puis reimportes de Chine.
Du champ a la bobine, il manquait un maillon europeen, le voici qui se rallume. L’actualite du chanvre sous toutes ses fibres, c’est Le Cannabiste.
Source : Projet Lusitano, agenda mobilisateur du Plan de relance et de resilience portugais, coordonne par la societe Nau Verde avec Fibrenamics (Universite du Minho).
Une filature flambant neuve pour le chanvre et le lin
Le site, baptise Nafilux et porte par la start-up Nau Verde, s’installe a Rebordoes, dans la commune de Santo Tirso, au coeur du bassin textile du nord du Portugal. Il occupe un ancien batiment industriel de 15 000 metres carres, rehabilite et reequipe pour la production. La phase de demarrage a commence au cours de l’ete 2026, avec le recrutement des premiers operateurs.
La particularite de l’usine tient a son procede, la filature humide, qui permet de transformer les fibres longues de lin et de chanvre en fils fins. C’est la premiere unite industrielle de ce type montee sur place depuis longtemps. Un grand filateur asiatique, specialiste du fil de lin et de chanvre, a rejoint la coentreprise pour y apporter son savoir-faire.

Le projet ne vient pas de nulle part. L’usine est le fer de lance d’un programme de recherche et d’industrialisation plus vaste, le Projet Lusitano, dote au total de 111,5 millions d’euros et finance par le plan de relance portugais. Elle en est la traduction concrete, la ou le reste du consortium travaille sur les procedes et le recyclage des fibres.
Pourquoi la fibre europeenne partait se filer en Asie
L’Europe reste un gros bassin de production de fibre de lin et de chanvre, mais elle avait perdu l’etape du milieu. Une large part de la matiere premiere recoltee sur le continent est expediee en Asie pour y etre filee, puis revient sous forme de fil ou de tissu. Entre les deux, la valeur ajoutee s’envole vers l’autre bout du monde.
Ce schema s’est installe sur plusieurs decennies, quand les filatures europeennes ont ferme les unes apres les autres. Rouvrir une unite de filature humide, c’est donc recoudre un maillon manquant de la chaine, celui qui transforme la botte de fibre brute en produit vendable a l’industrie de l’habillement. L’objectif affiche est clair, viser des fils a plus forte valeur et garder cette valeur en Europe.
La France recolte la fibre, la Chine la transforme
La France est aux premieres loges, car elle produit la matiere mais pas le fil. Elle est le premier producteur europeen de chanvre, avec environ 23 600 hectares, dont 1 650 seulement sont dedies au textile, le reste partant vers la papeterie ou l’huile. Elle est aussi, et surtout, le premier producteur mondial de lin, avec de l’ordre de 150 000 hectares et pres de 60 % de la production mondiale de lin fibre.
Le paradoxe est la. Environ 95 % du lin francais part a l’export, principalement vers la Chine. La culture, le rouissage et le teillage se font en France, mais la filature et le tissage se jouent surtout en Asie. La renaissance n’est pas qu’une idee portugaise, puisque la France a relance en 2022 le premier fil de lin cent pour cent francais, apres plus de vingt ans sans filature industrielle. Le mouvement de fond rejoint la reconnaissance de la fleur de chanvre comme produit agricole par l’Union europeenne, qui pousse la filiere a remonter la chaine de valeur.

Des fils qui visent le haut de gamme et l’ecologie
L’interet du chanvre textile ne se limite pas a la relocalisation. La fibre est robuste, se cultive avec peu d’intrants et sans irrigation, un argument qui pese dans une industrie de l’habillement en quete de sobriete. Le centre de recherche Fibrenamics, a Guimaraes, travaille justement sur des fils de lin et de chanvre dont l’impact environnemental serait reduit de 50 a 60 % grace a des traitements chimiques et enzymatiques, deja en phase de validation industrielle.
Le marche suit. Le vetement en chanvre pesait environ 3 milliards de dollars en 2024 et pourrait atteindre 8,5 milliards en 2035, selon les estimations du secteur. De quoi justifier des fils positionnes sur le haut de gamme plutot que sur le volume, exactement le creneau que vise la nouvelle filature.
Les chiffres a retenir
- 30 millions d’euros investis dans l’usine de filature de Santo Tirso.
- 250 emplois attendus, dans un batiment rehabilite de 15 000 metres carres.
- 111,5 millions d’euros pour l’ensemble du Projet Lusitano, finance par le plan de relance portugais.
- 23 600 hectares de chanvre en France, dont 1 650 pour le textile.
- 150 000 hectares de lin en France, soit environ 60 % de la production mondiale de fibre.
- 95 % du lin francais exporte, surtout vers la Chine, pour y etre file.
- Marche du vetement en chanvre, de 3 milliards de dollars en 2024 a 8,5 milliards attendus en 2035.












