La société d’État qui détient le monopole du cannabis récréatif au Québec vient de dévoiler des comptes trimestriels qui font réfléchir vu de France. Sur son premier trimestre 2026-2027, clos le 20 juin, elle affiche un résultat net et global de 31,9 millions de dollars, soit environ 20 millions d’euros, contre 27,7 millions un an plus tôt. Les ventes montent à 193,7 millions de dollars pour 39 936 kg de cannabis écoulés en trois mois.
Quand un gramme d’herbe remplit les caisses publiques plus vite que le marché noir ne les vide, l’affaire mérite le coup d’oeil. On la suit pour vous sur Le Cannabiste.
Source : Société québécoise du cannabis (SQDC), communiqué financier du 10 septembre 2026.
Un bénéfice net de 31,9 millions en un seul trimestre
Le chiffre parle de lui-même. En trois mois, le vendeur public de cannabis québécois a dégagé 31,9 millions de dollars de résultat net et global, en progression nette sur les 27,7 millions de la même période l’an dernier. La hausse ne vient pas d’une envolée des prix mais du volume: 39 936 kg de fleurs, d’extraits et de dérivés ont trouvé preneur, contre 37 114 kg un an auparavant.
Les charges nettes restent tenues, à 33,9 millions de dollars, soit 17,2 % des ventes, une part quasi identique à l’exercice précédent. Autrement dit, la machine tourne sans dérapage de coûts, et chaque trimestre ajoute sa pierre: sur l’ensemble de l’exercice 2025-2026, la même société avait déjà déclaré un résultat net de 132,4 millions de dollars pour 809,5 millions de ventes.
| Indicateur, premier trimestre | 2026-2027 (un an plus tôt) |
|---|---|
| Résultat net et global | 31,9 M$ (27,7 M$) |
| Ventes | 193,7 M$ (181 M$) |
| Volume écoulé | 39 936 kg (37 114 kg) |
| Charges nettes | 33,9 M$, soit 17,2 % des ventes |
Le marché légal grignote encore le marché noir
La société d’État explique surtout cette croissance par un transfert d’achats du marché illégal vers son réseau officiel. Trois leviers reviennent: l’ouverture de six succursales supplémentaires depuis le trimestre équivalent de l’an dernier, l’arrivée en rayon des produits de vapotage de cannabis lancés fin 2025, et l’ajustement des horaires de certaines boutiques pour capter davantage de passage.
Le raisonnement est le fil rouge du modèle canadien depuis la légalisation de 2018: pour assécher les réseaux clandestins, il faut un circuit légal plus pratique, mieux réparti sur le territoire et capable de suivre la demande produit par produit. La progression des volumes suggère que la bascule continue, près de huit ans après l’ouverture du marché, et rappelle une stratégie du cannabis légal désormais bien installée au Canada.
Des dizaines de millions reversés à l’État québécois
C’est peut-être là que le contraste avec la France est le plus frappant. Au-delà des ventes, les taxes à la consommation et la taxe d’accise ont généré 73,8 millions de dollars de revenus fiscaux sur le trimestre, environ 46 millions d’euros. De cette somme, 52,9 millions reviennent au gouvernement du Québec et 20,9 millions au gouvernement fédéral.
Le résultat net et la part québécoise de la taxe d’accise ne s’évaporent pas dans un budget général: ils sont versés au ministre des Finances de la province et fléchés notamment vers la prévention, la recherche sur le cannabis et la lutte contre les méfaits liés aux substances psychoactives. Un cannabis qui finance en partie la prévention de ses propres risques, la boucle est cohérente. Le même communiqué mentionne l’entrée en application d’un nouveau plan stratégique 2027-2029, signe que l’État québécois inscrit ce commerce dans la durée, comme il l’a fait pour les milliards de dollars de recettes publiques déjà tirées du cannabis au Canada.
Et la France, restée à la porte du marché légal ?
En France, l’usage récréatif reste interdit, et il n’existe donc aucune recette fiscale de ce type: le chiffre d’affaires du cannabis continue d’alimenter un marché parallèle qui échappe à tout contrôle sanitaire et à tout impôt. Le seul créneau légal ouvert aux boutiques françaises reste le marché du CBD, dont le taux de THC ne peut dépasser 0,3 %, très loin du cannabis récréatif vendu au Québec.
La comparaison a ses limites, tant les cadres juridiques diffèrent. Mais l’exemple québécois donne un ordre de grandeur concret à un débat souvent resté théorique dans l’Hexagone: un encadrement public peut à la fois réduire la part du marché illégal et générer des sommes réinjectées dans la santé publique. De quoi nourrir la discussion française, sans préjuger de la voie qu’elle choisira.
Les chiffres à retenir
- 31,9 M$ de résultat net et global sur le trimestre, environ 20 millions d’euros.
- 193,7 M$ de ventes, près de 120 millions d’euros, pour 39 936 kg de cannabis.
- 73,8 M$ de revenus fiscaux, dont 52,9 M$ pour le Québec et 20,9 M$ pour le fédéral.
- 132,4 M$ de résultat net sur l’exercice complet 2025-2026, pour situer le rythme.



