Aux États-Unis, l’ouverture des ventes de cannabis récréatif coïncide avec une hausse des hospitalisations pour maladies cardiovasculaires. C’est le constat d’une étude qui a passé au crible plus de 50 millions de dossiers de sortie d’hôpital entre 2012 et 2018, et qui observe une accélération des admissions pour troubles du rythme, insuffisance cardiaque et infarctus après l’entrée en vigueur de la légalisation.
Quand la fête de la légalisation laisse un arrière-goût dans la poitrine, ça vaut le coup de lire les petites lignes. On s’en charge, sur Le Cannabiste.
Source : étude publiée dans la revue BMJ Open.
Ce que révèle l’analyse de 50 millions de dossiers hospitaliers
Les auteurs se sont concentrés sur treize États de l’Ouest américain : Alaska, Arizona, Californie, Colorado, Hawaï, Idaho, Montana, Nevada, Nouveau-Mexique, Oregon, Utah, Washington et Wyoming. Dans cette région, la vente de cannabis récréatif a démarré en janvier 2014. L’idée : comparer l’évolution des hospitalisations avant et après ce basculement, et la mettre en regard des régions restées sans marché légal.
La base de données est inhabituellement large, avec 50 042 564 dossiers de sortie d’hôpital couvrant les années 2012 à 2018. La méthode, dite de différence de différences, mesure non pas le niveau brut des admissions mais la façon dont leur courbe s’écarte, d’un côté et de l’autre, une fois la loi passée.
Détail qui compte : avant la légalisation, les taux d’hospitalisation cardiovasculaire étaient plutôt plus bas dans l’Ouest que dans les régions sans cannabis légal. C’est après l’ouverture des ventes que la tendance s’inverse et que la courbe se redresse.
Trois pathologies cardiaques en hausse après la légalisation
L’étude a examiné plusieurs affections du cœur et des vaisseaux. Trois d’entre elles montrent une progression statistiquement significative une fois le marché légal installé, mesurée pour chaque année de ventes autorisées.
- La fibrillation auriculaire, un trouble du rythme cardiaque, progresse d’un peu plus de 2 %.
- L’insuffisance cardiaque grimpe de près de 4 %, la hausse la plus marquée.
- L’infarctus du myocarde, la crise cardiaque, augmente d’un peu plus de 3 %.
D’autres atteintes ont aussi été suivies, comme l’accident vasculaire cérébral ischémique et certaines tachycardies. Leurs taux ressortent plus élevés eux aussi, mais la hausse n’atteint pas le seuil de signification statistique : les auteurs restent donc prudents sur ces points et n’en tirent pas de conclusion ferme.
Une association, pas une preuve de cause à effet
Le point le plus important tient en une phrase des auteurs eux-mêmes : il s’agit d’une étude d’observation, qui ne peut pas établir de lien de cause à effet. Les dossiers hospitaliers n’indiquent pas si le patient consommait du cannabis, et l’analyse ne distingue pas les États un par un, ni les modes de consommation, ni la part de l’usage resté illégal.
Autrement dit, le travail documente une corrélation au niveau des politiques publiques, pas la responsabilité du cannabis dans la maladie d’un patient précis. Un changement de loi peut accompagner une tendance sanitaire sans en être la seule cause. La nuance a son poids, d’autant que des travaux antérieurs ne trouvaient pas de lien avéré entre cannabis et maladies cardiovasculaires.
Les auteurs présentent néanmoins leur analyse comme la première à relier légalisation et hospitalisations cardiovasculaires, et appellent à surveiller de près les indicateurs cardiaques à chaque évolution de la réglementation.
Pourquoi les consommateurs de plus de cinquante ans sont au centre de l’attention
Un chiffre attire l’œil dans la description des patients. Dans les États ayant légalisé, l’âge moyen des personnes hospitalisées pour ces motifs cardiaques tourne autour de 51 ans, contre 55 ans ailleurs. Le public concerné n’est donc pas réservé aux plus âgés, loin de là.
L’explication avancée par les auteurs tient à la diffusion du produit. Là où le cannabis devient légal, sa consommation se répand, y compris chez des personnes déjà exposées à un risque cardiovasculaire. Le cannabis peut agir sur le cœur et les vaisseaux par plusieurs mécanismes physiologiques, et un public plus large signifie mécaniquement plus de personnes fragiles exposées.
Pour donner l’échelle du marché américain : à la mi-2025, le cannabis à usage médical était autorisé dans 41 États et l’usage récréatif dans 24 États. L’enjeu de santé publique n’a donc rien d’anecdotique.
Et en France ? Cannabis récréatif interdit, CBD toléré sous conditions
Le cadre français n’a rien à voir avec celui de l’Ouest américain. Le cannabis récréatif y reste interdit, et c’est le THC, sa molécule psychoactive, qui est classé comme stupéfiant. Aucun marché légal comparable à celui étudié ici n’existe donc sur le territoire.
Ce qui circule légalement, c’est le CBD, une molécule distincte et non psychoactive, autorisée à la vente tant que le produit contient au maximum 0,3 % de THC. Les effets cardiovasculaires décrits dans cette étude portent sur un usage récréatif riche en THC, pas sur le CBD. Le rappeler évite les raccourcis : ce travail ne dit rien d’un produit bien-être à faible teneur en THC, et ne peut pas servir à juger l’un à la lumière de l’autre.
Les chiffres à retenir
- 50 042 564 dossiers de sortie d’hôpital analysés, de 2012 à 2018.
- 13 États de l’Ouest américain étudiés, ventes récréatives ouvertes en 2014.
- +2 % de fibrillation auriculaire, +4 % d’insuffisance cardiaque, +3 % d’infarctus par an après légalisation.
- Âge moyen des patients hospitalisés : 51 ans dans les États légaux, 55 ans ailleurs.
- En France, cannabis récréatif interdit, CBD toléré jusqu’à 0,3 % de THC.














