Le rayon bien-être se remplit, la pharmacie attend encore. Le marché marocain du cannabis licite compte désormais 161 produits commercialisés, contre 109 au mois de janvier, mais aucun d’entre eux n’est un médicament vendu en officine. Compléments alimentaires au CBD, cosmétiques et tisanes tiennent les étals, pendant que le premier remède à base de cannabis autorisé reste bloqué avant sa mise en vente.
Quand le chanvre passe de la montagne au comptoir, ça vaut bien qu’on s’y arrête : Le Cannabiste.
Le cannabis licite marocain franchit la barre des 161 produits
La courbe grimpe vite. En janvier, la filière réglementée affichait 109 produits sur le marché. Six mois plus tard, elle en aligne 161, distribués dans plus de 600 points de vente autorisés, entre pharmacies, parapharmacies et magasins agréés. Le tout s’appuie sur la loi 13-21 relative aux usages licites du cannabis, adoptée en 2021, qui a ouvert les usages médical, pharmaceutique, cosmétique et industriel et confié la régulation à l’agence dédiée.
Le contraste saute aux yeux dès qu’on regarde ce que sont vraiment ces 161 références. Aucune n’est un médicament disponible en officine. Le pays a d’abord bâti une offre de bien-être et de cosmétique, plus simple à faire homologuer, avant de s’attaquer au chantier plus lourd du remède remboursable. Après des années où le cannabis légal marocain est sorti de l’ombre, la structuration de sa vente au détail entre dans une phase concrète.
Compléments, cosmétiques et tisanes se partagent les rayons
Le détail des catégories dessine un marché très orienté grand public. On compte 71 compléments alimentaires au CBD et 73 produits cosmétiques déjà commercialisés, auxquels s’ajoutent 17 produits alimentaires, pour l’essentiel des tisanes. Dans les tuyaux de l’enregistrement, 14 compléments et 6 cosmétiques supplémentaires attendent leur feu vert.

Chaque famille répond à sa propre règle sur le THC, la molécule psychoactive. Les compléments et les produits alimentaires sont plafonnés à 0,3 %, le même seuil qui sépare en Europe le chanvre autorisé du cannabis interdit. Les cosmétiques, eux, ne doivent en contenir aucune trace. Seuls les médicaments pourront dépasser le pour cent, une fois qu’ils auront réellement atteint le patient.
Un médicament autorisé qui n’a pas encore atteint la pharmacie
C’est le point de friction du moment. Un premier médicament à base d’extrait de cannabis a bien décroché son autorisation de mise sur le marché auprès de l’agence sanitaire, mais il n’est toujours pas vendu. Le fabricant doit d’abord boucler une série de procédures administratives avant de pouvoir le mettre entre les mains des malades. Un second remède, lui, est encore en cours d’enregistrement.
En coulisses, la recherche clinique s’organise autour de cinq spécialités identifiées comme prioritaires : médecine interne, neurologie, gastro-entérologie pédiatrique, gériatrie et dermatologie. Les travaux visent notamment l’épilepsie résistante de l’enfant et les douleurs qui suivent une chimiothérapie. Pour accélérer, l’agence du cannabis et l’agence du médicament ont signé au mois de mars un protocole destiné à simplifier l’enregistrement des produits médicaux et pharmaceutiques.
Du Rif aux rayons européens, le Maroc exporte déjà
La bascule est spectaculaire pour un pays longtemps associé au haschich du marché noir. Les provinces du Nord et les montagnes du Rif, terres de culture historiques, alimentent désormais une filière déclarée qui commence à passer les frontières par la voie légale. Les compléments alimentaires marocains partent vers la France et les Pays-Bas, les cosmétiques sont vendus en France, et les produits alimentaires trouvent preneur au Luxembourg.

Le calcul économique est limpide. Plutôt que de laisser la valeur filer vers les circuits illégaux, le pays cherche à capter une demande européenne pour le CBD qui, elle, ne cesse de grandir. Reste que ces débouchés restent modestes au regard du potentiel agricole de la région, et qu’ils concernent pour l’instant le bien-être, pas le soin.
En France, le CBD est libre et le cannabis médical avance à petits pas
Vu de France, l’histoire résonne. Le CBD issu de chanvre à moins de 0,3 % de THC y est en vente libre depuis la clarification de son cadre, et le Maroc s’installe justement comme l’un des fournisseurs de ces compléments et cosmétiques que l’on retrouve en boutique et en parapharmacie. Le voisin du Sud ne se contente plus d’être une zone de production pour le marché parallèle, il devient un partenaire commercial déclaré.
Sur le volet thérapeutique, les deux pays avancent en parallèle, à leur rythme. La France est passée d’une expérimentation du cannabis médical à une phase de généralisation encadrée, avec ses propres lenteurs administratives. Le Maroc, lui, tient son cadre et ses premiers dossiers, mais bute sur la dernière marche, celle qui mène le médicament jusqu’au comptoir. Dans les deux cas, le message est le même : autoriser une molécule ne suffit pas, encore faut-il organiser toute la chaîne qui la rend accessible.
Les chiffres à retenir
- 161 produits au cannabis licite commercialisés à la mi-juillet, contre 109 en janvier.
- Répartition : 71 compléments au CBD, 73 cosmétiques, 17 produits alimentaires.
- Plus de 600 points de vente autorisés dans le pays.
- Un seul médicament autorisé, mais pas encore commercialisé ; un second en cours d’enregistrement.
- Seuil de THC : 0,3 % maximum pour les compléments et produits alimentaires, aucune trace pour les cosmétiques.
- Exportations vers la France, les Pays-Bas et le Luxembourg.











