Le CBD dans vos cosmétiques préférés pourrait bien être la prochaine victime collatérale de la réglementation européenne. Avec un avis du comité scientifique SCCS en passe de fixer une limite minuscule de 0,19 %, l’avenir des crèmes, sérums et autres soins infusés au chanvre semble suspendu à un fil… ou plutôt à un pourcentage. En toile de fond : un marché en plein essor, des investisseurs sous tension et une filière qui tente de faire entendre raison à Bruxelles.
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Le CBD cosmétique, une success story européenne menacée ?
Le CBD s’est taillé une place de choix dans les salles de bain européennes. Huiles apaisantes, crèmes hydratantes, sérums régénérants… il est partout. Ce cannabinoïde non psychotrope, star du bien-être moderne, s’est imposé dans le monde de la beauté grâce à ses vertus calmantes supposées pour la peau et à un storytelling puissant autour du naturel et de la détente.
Mais derrière les flacons épurés, l’ombre d’une réglementation stricte plane. Jusqu’à présent, le CBD figurait tranquillement dans la base de données CosIng, accepté comme ingrédient cosmétique, qu’il soit d’origine naturelle ou synthétique. Une reconnaissance qui a permis au marché de fleurir, ou plutôt, de bourgeonner avec entrain.
Sauf que maintenant, l’Europe revoit sa copie. Et cette fois, ce n’est pas pour peaufiner les étiquettes, mais bien pour fixer une limite de concentration drastique qui pourrait remettre en question la légitimité de nombreux produits déjà sur les étagères.
En résumé : du rêve au cauchemar réglementaire, il n’y a qu’un pas, ou plutôt un pourcentage.

SCCS : quand l’Europe fixe ses limites
En novembre 2025, le Scientific Committee on Consumer Safety (SCCS) a publié un avis préliminaire qui fait l’effet d’un coup de tonnerre dans l’univers du cosmétique au CBD. Selon ce comité scientifique mandaté par l’Union Européenne, le CBD serait considéré comme sûr jusqu’à une concentration maximale de 0,19 % dans les produits cosmétiques à usage cutané ou buccal.
Un chiffre qui semble raisonnable à première vue… mais qui, dans la réalité du marché, frôle le ridicule. De nombreuses formules actuellement en vente dépassent largement cette limite. Huiles, crèmes, sérums enrichis en CBD : tous pourraient être rayés des étagères, non pas pour des raisons sanitaires démontrées, mais sur la base d’un scénario de risque théorique jugé excessif par les professionnels du secteur.
Des voix s’élèvent, notamment du côté de l’association Canapa Sativa Italia, qui appelle à une approche plus nuancée et connectée à l’usage réel des produits. La critique principale ? Une méthode d’évaluation trop stricte, qui ne distingue pas entre un produit appliqué sur la peau et un produit ingéré, et qui ne tient pas compte de la qualité, de la traçabilité ni des contrôles déjà en place dans l’industrie.
Quand la science oublie le terrain, c’est toute une filière qui vacille.
Ce que l’avis du SCCS pourrait provoquer
Si l’avis préliminaire du SCCS venait à être repris tel quel par la Commission européenne, l’impact serait loin d’être anecdotique. Une limite fixée à 0,19 % de CBD ne remettrait pas seulement en question quelques références marginales, mais bien une grande partie des cosmétiques actuellement en circulation.
Dans les faits, plusieurs scénarios redoutés par les professionnels se dessinent déjà :
- Retrait de produits du marché, y compris des gammes conformes et tracées
- Blocage de nouvelles formules en phase de recherche ou de lancement
- Ralentissement de l’innovation dans un secteur encore jeune
- Désengagement des investisseurs, face à une insécurité réglementaire croissante
Au-delà du cosmétique, certains acteurs pointent un risque plus large : celui d’un précédent réglementaire. Une fois un seuil établi dans un domaine, il devient facilement citable dans d’autres cadres juridiques, notamment pour les produits bien-être à base de CBD.
| Secteur concerné | Risque potentiel |
|---|---|
| Cosmétiques | Non-conformité de produits déjà commercialisés |
| Compléments alimentaires | Durcissement des seuils autorisés |
| Produits fonctionnels | Blocage réglementaire par analogie |
En clair, ce qui ressemble aujourd’hui à une simple discussion technique pourrait bien devenir un tournant stratégique pour toute la filière européenne du CBD.
Le cri d’alerte de Canapa Sativa Italia
Face à la menace qui plane, l’association Canapa Sativa Italia n’est pas restée les bras croisés. Elle a immédiatement mobilisé son Comité Technique et Scientifique, dirigé par le docteur Ruggero Amato, pour produire une documentation technique et scientifique solide à opposer à l’avis du SCCS.
Mais une contre-offensive scientifique a un coût. Pour financer cette démarche, l’association a lancé une campagne de crowdfunding avec un objectif modeste mais symbolique : récolter 3 000 euros pour couvrir les frais d’expertise et de dépôt de dossier.
Le message est clair :
“Nous ne défendons pas seulement quelques produits, nous défendons un modèle de développement, une filière agricole, des emplois et une vision responsable du CBD en Europe.”
En s’opposant à un cadre trop rigide, Canapa Sativa Italia tente aussi de rappeler une évidence : la sécurité ne passe pas uniquement par les chiffres, mais aussi par la traçabilité, la qualité et l’usage réel.
Vers quel avenir pour les cosmétiques au CBD ?
La consultation publique reste ouverte jusqu’au 21 janvier 2026. Ce court laps de temps est une fenêtre cruciale pour les marques, laboratoires, distributeurs et associations afin de faire entendre leur voix et défendre une approche plus équilibrée.
Le SCCS analysera ensuite les données soumises pour éventuellement réviser son avis. Viendra ensuite l’étape décisive : l’adoption, ou non, d’un encadrement officiel par la Commission européenne. À ce moment-là, les règles deviendront potentiellement contraignantes pour tous les États membres.
Les marques ont donc encore une carte à jouer :
- Fournir des données scientifiques crédibles
- S’appuyer sur la traçabilité et la qualité de leurs formules
- Participer activement aux discussions réglementaires
Car au-delà de l’avenir des cosmétiques au CBD, c’est toute une vision du bien-être naturel, encadré mais accessible, qui se joue. L’Union Européenne est à un carrefour : celui où science, marché et régulation doivent enfin apprendre à se parler.
Et ça, ce n’est pas juste une question de pourcentage.













Merci Léonard pour cette analyse très pertinente sur un sujet qui constitue effectivement un tournant majeur pour notre secteur.
En tant qu’acteurs de la filière chez CBDTech, nous suivons avec une grande inquiétude cette recommandation du SCCS. Fixer un seuil à 0,19 % ne revient pas seulement à encadrer le marché, cela revient techniquement à rendre le CBD inopérant dans la majorité des soins topiques. À de telles concentrations, l’effet recherché sur l’homéostasie cutanée (apaisement, régulation du sébum) devient quasi nul, transformant un ingrédient actif en simple argument marketing de ‘saupoudrage’.
Le véritable enjeu ici est méthodologique : le SCCS semble appliquer au cosmétique (usage externe) des modèles de calcul destinés à l’ingestion, sans tenir compte de la faible biodisponibilité systémique du CBD par voie percutanée.
Si cette limite est adoptée le 21 janvier, nous risquons :
Une perte de confiance des consommateurs qui ne trouveront plus l’efficacité promise.
Un frein total à l’innovation française et européenne au profit de marchés extra-communautaires plus pragmatiques.
Un report des consommateurs vers le marché gris, où la sécurité des produits n’est plus du tout garantie.
Il est crucial que les laboratoires et les associations comme Canapa Sativa Italia continuent de fournir des données de pénétration cutanée pour prouver que la sécurité des consommateurs n’est pas menacée par des taux plus élevés. La régulation est nécessaire, mais elle doit reposer sur une science du ‘terrain’ et non sur une prudence théorique déconnectée de l’usage réel