En République tchèque, le CBD vient de changer de camp politique. Le gouvernement d’Andrej Babiš, qui défendait pourtant le cannabidiol lorsqu’il était dans l’opposition, prépare un sérieux tour de vis sur les substances psychoactives : dix-huit mesures réparties sur quatre lois, dont une régulation directe du CBD et une baisse du seuil de THC du chanvre technique de 1 % à 0,3 %.
Quand un pays qui a longtemps joué la carte de la tolérance ressort les ciseaux, toute l’Europe du chanvre tend l’oreille. Et suit le dossier de près sur Le Cannabiste.
Source : Gouvernement de la République tchèque, communiqué du 1er juin 2026.
Fin de la politique libérale : dix-huit mesures, quatre lois
Le tournant a été annoncé après un conseil des ministres, début juin. Le chef du gouvernement a résumé la nouvelle ligne d’une formule sans nuance : finie la politique des prédécesseurs, place à un plan de 18 mesures qui suppose de modifier quatre lois, sur les denrées alimentaires et le tabac, sur les substances addictives, sur la protection de la santé face aux produits nocifs et sur la santé publique.
Le calendrier est déjà posé. Le conseil gouvernemental chargé de coordonner la politique des addictions devait examiner le texte dès le 17 juin, une première série de propositions législatives étant attendue pour la fin juillet 2026 et un second lot pour l’été 2027. L’opposition, elle, dénonce un revirement brutal et agite le risque classique d’un report de la demande vers le marché noir.
Le CBD visé comme matière première, pas comme produit de consommation
C’est le point le plus scruté par la filière. La mesure ne cible pas le flacon d’huile posé sur la table de nuit, mais le CBD en tant que matière première industrielle. L’argument vient de la police antidrogue : le cannabidiol extrait de chanvre pauvre en THC a servi de brique de départ pour fabriquer des cannabinoïdes semi-synthétiques comme le HHC ou le delta-8. Réguler la molécule à la source reviendrait donc à couper le robinet de ces dérivés, dans la lignée de l’encadrement du HHC déjà décidé en République tchèque.
Pour rassurer un marché inquiet, le premier ministre a promis de ne pas toucher aux produits finis déjà destinés à la consommation. Sur le papier, la distinction est nette. Dans les rayons, elle l’est beaucoup moins, car une régulation qui pèse sur l’approvisionnement en matière première finit rarement par épargner totalement les produits qui en dépendent.
Le vrai front s’appelle kratom
Le CBD n’est en réalité qu’une prise secondaire dans une opération braquée sur une autre substance. Fin avril, le gouvernement a créé un groupe de travail interministériel piloté par le ministère de l’Intérieur, puis lancé une vaste campagne de contrôles baptisée KORUND, visant surtout le kratom et le chanvre faiblement dosé enrichi en cannabinoïdes de synthèse. Le déclencheur est sanitaire : selon le gouvernement, trois quarts des personnes hospitalisées après une intoxication au kratom ou aux cannabinoïdes synthétiques ont moins de 18 ans.
Les premiers résultats donnent le ton. Les autorités disent avoir fermé trois boutiques physiques, bloqué 25 commerces en ligne, saisi près de 86 000 produits et 155 kg de kratom, et ordonné le retrait de plus de 11 000 articles supplémentaires. En parallèle, deux leviers fiscaux et réglementaires visent directement le kratom : un âge minimum d’achat relevé de 18 à 21 ans et un passage du taux de TVA réduit de 12 % vers le taux normal de 21 %.
Des centaines de milliers d’usagers, surtout des seniors
C’est ce qui rend le volet CBD sensible. Le cannabidiol s’est installé dans les armoires à pharmacie tchèques : entre 280 000 et 400 000 adultes en consommeraient en automédication, contre les douleurs et les troubles du sommeil, avec une part importante de personnes de plus de 55 ans. Le marché des produits au CBD pèserait environ 200 millions de couronnes par an, soit près de 8 millions d’euros.
Les voix critiques, dont d’anciens coordinateurs de la politique antidrogue, rappellent un point simple : le CBD n’est pas une substance psychoactive et ne provoque pas d’euphorie. Réguler la matière première au motif qu’une minorité la détourne pour produire des molécules de synthèse, c’est prendre le risque de pénaliser d’abord des usagers âgés qui cherchent surtout à mieux dormir.
La France, déjà alignée sur les 0,3 %
Vu de Paris, une partie du plan tchèque ressemble à un rattrapage. En abaissant le seuil de THC du chanvre de 1 % à 0,3 %, Prague viendrait s’aligner sur la norme déjà appliquée en France et dans une large part de l’Union européenne. Le pays passerait ainsi d’un régime parmi les plus permissifs du continent à un cadre bien plus proche du standard commun.
Sur le CBD, la France connaît elle aussi ses secousses réglementaires, entre le feuilleton des fleurs et l’interdiction du CBD alimentaire remise sur la table au printemps. Le point commun avec le dossier tchèque est frappant : dans les deux pays, c’est moins le CBD en lui-même qui inquiète les autorités que les cannabinoïdes de synthèse fabriqués dans son sillage, HHC en tête, déjà classés stupéfiants côté français.
Les chiffres à retenir
- 18 mesures et quatre lois à modifier dans le plan gouvernemental.
- Seuil de THC du chanvre abaissé de 1 % à 0,3 %.
- Âge d’achat du kratom relevé de 18 à 21 ans, TVA de 12 % à 21 %.
- Opération KORUND : près de 86 000 produits et 155 kg de kratom saisis, 25 boutiques en ligne bloquées.
- Entre 280 000 et 400 000 usagers du CBD, marché estimé à 200 millions de couronnes par an.













