BIC parie sur le cannabis americain pour rallumer ses briquets

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Un des noms les plus francais de la papeterie et du briquet de poche vient d’inscrire noir sur blanc un pari inattendu : miser sur la montee de la consommation de cannabis legal aux Etats-Unis pour relancer une division briquets qui pesait 351 millions d’euros au premier semestre 2026. Le groupe BIC ne cache plus que ses allumeurs de poche ont un debouche tout trouve du cote des consommateurs americains de marijuana.

Quand un fleuron industriel francais parie ouvertement sur l’herbe qui pousse de l’autre cote de l’Atlantique, ca merite bien qu’on approche la flamme de plus pres. Les affaires de l’herbe seche, c’est aussi sur Le Cannabiste.

Source : Societe BIC, communique du plan strategique BIC to the Future, 7 septembre 2026

Un nouveau plan strategique pour rallumer la flamme

Le 7 septembre 2026, le groupe a devoile sa feuille de route baptisee BIC to the Future. L’objectif affiche : une croissance organique annuelle d’environ 3 % en moyenne sur la periode 2026-2030, une rentabilite d’exploitation ajustee portee au-dela de 15,5 % en 2030 et une generation de tresorerie disponible qui depasserait 250 millions d’euros a cette echeance. Un plan de transformation chiffre a 100 millions d’euros de depenses doit degager 80 millions d’euros d’economies recurrentes chaque annee d’ici la fin de la decennie.

Derriere ces chiffres se cache un point sensible : les briquets. La division represente environ un tiers des ventes mondiales du groupe, dont le chiffre d’affaires semestriel depasse legerement le milliard d’euros, et les ventes totales ont recule de 3,5 % sur la periode. Le directeur general Rob Versloot resume l’esprit du plan par un retour aux fondamentaux : selon lui, il s’agit de se recentrer sur des produits iconiques, des marques fortes et un reseau de distribution inegale.

Le cannabis, relais de croissance assume

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Pour raviver la flamme americaine, la strategie ne laisse guere de place au doute. Le groupe compte pousser ses briquets de poche vers les smoke shops, ces boutiques specialisees dans les accessoires de fumeurs qui prosperent au rythme de la legalisation. Le responsable Amerique du Nord, Haven Cockerham, evalue le gisement a un reseau de 15 000 a 20 000 points de vente a conquerir.

Le patron ne s’en cache pas. Rob Versloot, lui-meme originaire d’Amsterdam, juge que la marijuana gagne aujourd’hui du terrain aux Etats-Unis a une vitesse que les Pays-Bas, pourtant pionniers en la matiere, n’ont jamais connue. Il y voit un marche de taille a conquerir, et c’est desormais un axe assume de la reconquete commerciale du groupe.

Pour porter le message, le groupe ressort meme un slogan des annees 1970, le fameux Flick my Bic, remis au gout du jour pour parler a une generation de consommateurs qui n’etait pas nee lors de sa premiere diffusion.

Comptoir d'une boutique d'accessoires pour fumeurs, presentoir de briquets de poche pres de la caisse

Un marche americain en pleine normalisation

Le pari repose sur une tendance de fond. Aux Etats-Unis, le cannabis reste interdit au niveau federal, mais il est autorise a usage medical dans la plupart des Etats et l’usage recreatif a ete legalise dans plus de 20 d’entre eux. Cette mosaique legislative a fait emerger un marche de consommation courante, avec ses commerces, ses rituels et sa demande d’accessoires.

La dynamique va dans le sens du groupe. Outre-Atlantique, la consommation de cannabis qui bat des records pendant que la cigarette s’effondre redistribue les usages : le briquet ne sert plus d’abord a allumer une cigarette, il accompagne un produit dont la banalisation avance vite. Pour un fabricant d’allumeurs, le glissement d’un usage vers l’autre a de quoi ouvrir un marche substantiel.

Devanture d'un commerce specialise dans le cannabis dans une rue americaine ensoleillee

En France, un pari que le groupe ne peut pas jouer chez lui

La situation a quelque chose d’ironique. Le groupe est francais, cote a la Bourse de Paris, et son plan de reconquete s’appuie sur un marche du cannabis qui, en France, n’existe tout simplement pas dans les memes termes : l’usage recreatif y demeure interdit, et seul le CBD, sans effet planant, se vend legalement en boutique. Le relais de croissance identifie a l’echelle americaine ne se transpose donc pas sur le sol national.

Ce grand ecart resume assez bien la position europeenne face a une industrie qui structure ailleurs des filieres entieres, des cultivateurs aux commerces de detail. Une entreprise francaise peut aujourd’hui batir une partie de sa strategie de rebond sur la consommation de cannabis, a condition de la deployer a plusieurs milliers de kilometres de son siege.

Les principaux chiffres a retenir

  • 351 millions d’euros : le chiffre d’affaires de la division briquets au premier semestre 2026, soit environ un tiers des ventes du groupe.
  • 3,5 % : le recul des ventes totales du groupe sur le semestre.
  • 15 000 a 20 000 : le nombre de boutiques d’accessoires pour fumeurs visees aux Etats-Unis.
  • Plus de 20 : les Etats americains ayant legalise l’usage recreatif du cannabis.
  • 3 % de croissance organique annuelle visee d’ici 2030, pour une marge d’exploitation ajustee superieure a 15,5 %.

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