Après des mois de reports, la Polynésie française passe enfin aux travaux pratiques. Neuf producteurs ont été retenus pour lancer la toute première phase pilote de culture de cannabis thérapeutique du territoire, avec des plants contenant moins de 0,3 % de THC et de premières récoltes espérées en avril 2027.
De la serre expérimentale au champ encadré, il n’y a qu’un pas, et il se franchit désormais dans le Pacifique. Les nouvelles fraîches de la filière naissante sont sur Le Cannabiste.
Source : Loi du pays n° 2024-19 du 23 août 2024, Journal officiel de la Polynésie française
Neuf producteurs pour un premier essai grandeur nature
Le principe est celui d’un galop d’essai encadré. Neuf producteurs ont été sélectionnés pour cultiver des variétés à teneur réduite en THC, sous les 0,3 % exigés, avec une formation qui doit démarrer avant de leur confier les premiers plants. L’objectif de cette phase pilote, prévue pour durer un an, est de vérifier si le territoire est capable de produire durablement du cannabis à usage thérapeutique.
Le calendrier reste serré. Les premières récoltes ne sont pas attendues avant avril 2027, le temps que les cultures s’installent et que le suivi se rôde. Un dernier arrêté doit encore désigner les parcelles mises à disposition et arrêter leur emplacement précis, avant de passer prochainement devant le conseil des ministres pour boucler le dispositif.
Rien n’est laissé au hasard côté implantation. Les parcelles devront respecter des distances minimales avec les écoles et les lieux de culte, et s’entourer de protections visuelles pour rester à l’abri des regards. Une manière de désamorcer les crispations avant même la première plantation.

Une loi du pays votée en 2024, une mise en route poussive
Le cadre juridique, lui, est en place depuis un moment. La loi du pays n° 2024-19, promulguée le 23 août 2024, couvre à la fois le chanvre sans effet stupéfiant et les médicaments à base de cannabinoïdes. Les élus de l’assemblée territoriale l’avaient approuvée par 41 voix, contre 16 abstentions, un projet déjà validé en conseil des ministres dès la fin 2023.
Dans le détail, il fixe les règles d’importation et de cession des semences, précise quelles variétés peuvent être plantées et selon quelles modalités, et jette les fondations d’une production de chanvre sur le sol polynésien. Sa mise en oeuvre est volontairement progressive, réglée par une série d’arrêtes successifs, dont six textes d’application déjà parus au Journal officiel du territoire.
Entre la loi et le champ, le chemin s’est révélé plus long que prévu. La formation des producteurs, un temps annoncée pour le printemps, avait glissé de plusieurs mois faute d’arrêté signé et de semences validées. Le ministre de l’Agriculture, Taivini Teai, a fait de la conformité des semences au taux de THC requis l’un des derniers verrous à lever avant de donner le vrai coup d’envoi.
L’Institut Louis Malardé, cheville ouvrière de la filière
Derrière les producteurs, il y a un laboratoire. En amont, l’Institut Louis Malardé a défriché le terrain à Paea, en faisant pousser des plants dans des conteneurs réaménagés pour l’occasion, avec l’obsession de les maintenir sous la barre des 0,3 % de THC et de bâtir des références solides avant l’ouverture de la filière.
Cette étape n’a rien d’anecdotique. Stabiliser une génétique qui reste sous le seuil légal, sous un climat tropical qui n’a rien d’européen, conditionne toute la suite : sans semences fiables, pas de cultures conformes, et donc pas de matière première pour les futures préparations. Le travail mené en environnement contrôlé sert de socle aux essais désormais confiés aux producteurs.

Un cadre polynésien bien à part dans l’ensemble français
Voilà ce qui rend l’affaire intéressante vue de métropole. Collectivité d’outre-mer, la Polynésie française dispose de compétences propres, notamment en matière de santé, ce qui lui permet de légiférer par sa propre loi du pays sans attendre Paris. Résultat : un territoire de la République avance sur le cannabis thérapeutique avec son calendrier et son modèle à lui, tourné vers une production cultivée sur place.
Le contraste est net avec la marche suivie ailleurs sur le territoire national, où le cannabis médical a d’abord été testé à travers l’expérimentation du cannabis thérapeutique en France métropolitaine avant toute généralisation. Le seuil retenu par la Polynésie, 0,3 % de delta-9-tétrahydrocannabinol, s’aligne en revanche sur le plafond utilisé en Europe et en France pour distinguer le chanvre du cannabis stupéfiant.
Reste à transformer l’essai. Une phase pilote n’est pas une filière mature, et la production polynésienne devra faire ses preuves, du champ jusqu’à la pharmacie, avant de peser réellement dans l’accès des patients au cannabis à visée thérapeutique.
Les principaux chiffres à retenir
- 9 producteurs sélectionnés pour la phase pilote de culture.
- 0,3 % de THC maximum, seuil qui définit le cannabis non stupéfiant.
- Avril 2027, horizon des premières récoltes.
- Un an, durée prévue de l’expérimentation.
- Loi du pays n° 2024-19 du 23 août 2024, adoptée par 41 voix pour et 16 abstentions, avec six textes d’application déjà publiés.











