France/Maroc: Combien gagnent les dealers de shit ?

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Si vous allez sur un site d’auto-moto il y a de fortes chances pour qu’on vous casse les pieds en kilomètres et en litres, sur Le Cannabiste les ennuis se présentent en général au gramme et en €uros. ‘Qu’est-ce te fallait ?‘ Et bien  aujourd’hui vous allez être servi.

Cela faisait quelques semaines déjà que nous avions envie de faire les comptes avec vous à ce sujet. Car si tout le monde connaît à peu près le prix du Cannabis au gramme, quid des marges, du débit, des ‘blockchain’ du teushi Marocain ? France/Maroc: Combien gagnent les dealers de shit ? C’est une enquête de la rédaction d’après une idée de Herb.

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Selon une récente estimation du directeur de l’institut de sondage IPSOS, Jérôme Fourquet ce ne sont pas moins de 200 000 personnes qui officient à plein temps dans le secteur du trafic de Cannabis en France.

Capture d’écran RMC Info/ BFM – Tous droits réservés

200 000 travailleurs, cela fait du Cannabis, le premier employeur du pays, et avec 3,5 millions de consommateurs au bas mot, personne n’imagine que cela puisse s’arrêter un jour.

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#De la Ferme au stoner

Ce qu’il faut bien intégrer au sujet de la prohibition du Cannabis, ce sont les effets collatéraux qu’elle génère inévitablement dans leur contexte. Car le trafic de cette matière interdite mais fort prisée des Français a des conséquences tangibles, sur les écosystèmes des deux principaux pays concernés

Voyons entre la France et le Maroc, comment s’échelonne ce trafic en terme de bénéfices économiques.

 

Illustration Haschisch – Crédits Ketama @FB

La situation illégale en place fait les choux gras du marché noir et des trafiquants de tout poil en France depuis plus de 40 ans. Mais voyons à quel prix. Ou plutôt POUR quel prix ?

Car l’aventure commerciale du chichon, commence par le sol, la terre, clandestinement. Dans une ferme du Maroc.

#Pas Bio

A de très rares exceptions près le Cannabis pousse dans des conditions très aléatoires au Maroc et aucune ne mérite ne l’adjectif de ‘sanitaire’ pour les qualifier. En règle générale, avec le chichon du pays, ‘le bio tu l’oublies’.

 

Illustration  – Crédits Ketama @FB

Ceux qui s’imaginent encore que de gentils gringos, en chemise blanche et chapeau de paille font le tour des exploitations Marocaines pour trouver le meilleur produit comme dans une pub pour le café, en seront quittes pour leurs frais.

Car dans de nombreux cas, au départ du trafic il y a une organisation clandestine structurée, parfois même familiale, certaines sont très anciennes et bien implantées. La corruption est leur outil principal pour parvenir à leurs fins. Et ça tombe bien, le shit illégal, ça rapporte beaucoup.

Illustration – Crédits Ketama @FB

Alors non seulement les organisations en question, n’ont pas besoin du guignol de la pub pour choisir le bon café, mais en plus elles possèdent le savoir faire du terroir, le fermier, la plante, le sac qui contient le shit, la maison et tous les champs qui sont autour.

Les conséquences au Maroc, on a pas vraiment le choix, la prohibition exporte les armes, l’injustice et l’inégalité sociale d’un pays vers l’autre, avec la bénédiction de la police, c’est assez prodigieux comme truc. (NDLR: Vivement le Cannabis équitable)

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Le prix à la ferme: entre 500€ et 1000€ / Kilo

C’est la fourchette dans laquelle se situe le haschich vendu en très grande quantité, depuis une ferme Marocaine. Mais attention, à ce prix là, on ne parle pas de barette ou de consommation personnelle, on parle de camions entiers.

Pour les négociants/producteurs de ce type d’offre le transport se fait donc en véhicule puis en hors-bord clandestin, l’unité de transport c’est la ‘valise marocaine’ d’énormes ballots de 20 ou 30 kilos de haschich dont l’aspect ressemble à ceci.

 

Image police Nationale / Gendarmerie – Tous droits réservés

#Export/ImportLa résine de Cannabis arrive en camion jusqu’à la mer où de puissants canots  prennent le relais jusqu’aux côtes Espagnoles, la traversée de tous les dangers. Court extrait d’un reportage TV à ce sujet : c’est toute une industrie à l’oeuvre au quotidien.

 

Généralement, ce sont les mêmes propriétaires qui cultivent et qui se font livrer le Cannabis par ce système de go-fast en mer. Car au fil du temps les négociants sont devenus propriétaires terriens, certains possèdent des biens immobiliers et des moyens de transport des deux côtés du détroit où circulent leur marchandise.

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Mais il y a des exceptions à ces règles, pour cela il faut considérer qu’en très gros volume, un trafiquant qui achèterait de la résine de Cannabis à la tonne pour un prix de 500€ au kilo peut également espérer le revendre en Espagne au prix intermédiaire de 1500€ à 2000€ /Kg.

Pour ce type de négociant-dealer intermédiaire sur une base moyenne de 10 tonnes vendues par semaine, les bénéfices s’échelonnent entre 50 000 et 100 000€ par semaine, sans doute jusqu’à 1/2 million d’€uros par mois.

#Grossiste

Une fois sur la route dans des camions ou des véhicules rapides de type ‘go-fast’ le Cannabis est mis à disposition des grossistes qui se le procurent par centaines ou dizaines de kilos afin d’être dispatché dans les différents réseaux de France. C’est d’ailleurs avec le concours de hauts fonctionnaires Français, que ce commerce a pu être orchestré à échelle industrielle pendant de nombreuses années.

A ce stade du trafic on peut parler d’un prix de vente autour de 2500/3000€ le kilo pour des quantités qui sont désormais distribuées en dizaines de kilos, les savonnettes restent en gros volume, par cartons scotchés de 5 kilos en général.

Capture d’écran – 20 Minutes Tous droits réservés

 

Pour ce type de négociant-dealer, sur une base exemple de 500 kilos vendus par semaine, les bénéfices s’échelonnent entre 500 000 et 1 000 000€ par semaine, donc possiblement jusqu’à 4 million d’€uros de gain par mois.

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Il faut noter qu’à ce stade le ratio quantité/marge est le plus élevé, mais c’est aussi la tranche du marché où la concurrence est la plus dangereuse et la police la plus active.

Même à parfois 1000€ de bénéfice par kilo l’activité génère forcément un volume de trafic important pour être rentable. Très souvent ici, le risque est proportionnel aux bénéfices. Lors des règlement de compte à l’arme automatique, ce sont souvent les acteurs de ce niveau d’opérations qui sont impliqués.

Enfin notre calcul moyen part d’un principe de flux constant, or les opérations se font généralement au coup-par-coup, souvent sur de plus larges quantités.

#Le four

Un four, c’est un point de vente illégal de Cannabis ouvert au public.

Cage d’immeuble, local désaffecté, local à poubelle, tout est bon. Dans ces lieux, généralement sordides les consommateurs méprisés par de jeunes dealers à peine pubères, ont aussi accès à des produits comme la cocaïne ou d’autres drogues très dangereuses. 

Mais plus de 95% de l’activité de ces points de vente fréquents partout dans le pays, est réalisée sur le dos du Cannabis.

 

Illustration Fictive : Le Cannabiste – Tous droits réservés

Les fours fonctionnent parfois en réseau, par quartier par zone, par ville même. A force de bénéfice les grossistes locaux se sont emparés, souvent manu militari, des fameux points de vente, pour accroître leurs marges et sécuriser leurs revenus dans la durée.

Mais pour notre cas d’école nous allons considérer un four ‘Alpha’ à titre d’exemple et supposer qu’il génère individuellement ses bénéfices.

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Un four peut travailler 24 heures sur 24, c’est le cas de ceux de Toulouse ou Marseille par exemple. Mais nous nous contenterons modestement d’observer pour l’exemple un four qui serait ouvert en continu de 8 heures du matin à 8 heures du soir, 7 jours sur 7. Dans les faits vous pouvez aisément multiplier les chiffres de cet exemple par 2. Les prix de vente au détail s’envolent, les grammes diminuent et la qualité des produits reste parfois très aléatoire.

Sur du Cannabis en général, en rapport de marge brute, un four rapporte du simple au double.

 

Exemple de Menu – Four de Toulouse Crédits  NC

Il y a une file d’attente en permanence, même avant l’ouverture le matin, le four traite une vente de Cannabis toutes les 3 minutes en moyenne. 20 clients par heure, 240 clients par jour non stop toute la journée.

Supposons que chaque client dépense en moyenne 30 € c’est à ce moment là :

  • 9600€ de CA par jour
  • 67 200€ de CA par semaine
  • 268 800€ de CA par mois

Avec une marge bénéficiaire brute de 2, un four moyen dégage sur cet exemple la somme rondelette de 134 400€ de bénéfice brut par mois.

C’est du hors taxe bien entendu et il faut déduire le coût de la main d’oeuvre, mais l’entreprise se porte plutôt bien. Car une bête prohibition encourage la consommation frénétique des plus jeunes de nos concitoyens, ils sont 50% grosso modo à avoir recours à ces services de vente directe et anonyme, dans la rue. 

#Mon Dealer

« Et mon dealer il gagne combien alors ? »

Nous diriez-vous justement, alors intéressons-nous pour conclure ce dossier à l’économie moyenne, d’un dealer moyen… Ce gars que l’ami d’un ami vous a présenté, chez qui vous allez régulièrement, tailler le bout de gras et gratter la savonnette pour les besoins de votre propre consommation.

 

Illustration : Crédits Vertsachet.com

Au prix d’achat moyen de 4000€ au kilo, soit 400€ la savonette, s’il est correct votre dealer vous proposera un prix de vente de 6,50€ au gramme. La quantité généralement vendue à chaque client va de 10 à 30 grammes au détail. Sur la base de 4 clients par jour en moyenne à 20 grammes par tête, notre dealer va vite écouler autour des 500 grammes par semaine, c’est 2 kilos de résine par mois.

8000€ à l’achat, 13000€ à la revente. S’il est constant dans ses transactions, votre dealer de Cannabis peut facilement gagner 5000€ par mois, sans trop se fouler.

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#Carcéralité

Tout vient avec un coût dans la vie. Et la loi Française n’est pas proportionnelle à la dangerosité du Cannabis. Ainsi, il est très facile au sortir de cet article de se dire ‘Youpi je sais ce qu’il me reste à faire’… mais honnêtement et du fond du coeur : n’en faites rien.

Si vous y réfléchissez encore, ça n’est pas une question de morale mais de logique. Si vous acceptez de vous prêter au jeu du marché clandestin de Cannabis, vous devez aussi en accepter les règles:

  • la carcéralité
  • la violence
  • la clandestinité
  • les aléas imprévisibles d’un métier illégal

Bref, les geôles Françaises et Espagnoles sont pleines de gens qui se demandent encore si le jeu de l’argent en valait bien la chandelle. Ça monte vite, ça redescend d’un coup.

Pour rester libre ne trafiquez pas de Cannabis, la liberté et la paix d’esprit ont un prix que ce long article ne suffirait sans doute pas à représenter. La vérité est ailleurs.

 

Crédits Pixabay

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#Post Mortem

Merci à tous les gens dangereux et détestables dont la cupidité aura permis la rédaction de cet article. Nous sommes le 25 Juillet 2019, le Cannabis demeure prohibé depuis 47 ans en France mais il n’a jamais été autant consommé de toute l’histoire.

Les premières victimes de la prohibition sont les enfants, la moitié d’entre eux consomment des produits du Cannabis malsains distribués par des réseaux sans scrupules, au contact des drogues dures. Les secondes victimes sont les patients dans le besoin et les millions d’auto-médiqués qui alimentent ce trafic.

Bien que les plus grands scientifiques s’accordent sur les milles vertus thérapeutiques de cette fleur, l’état Français persécute les consommateurs de Cannabis sans relâche. Dans le pays, toutes les 4 minutes un consommateur de Cannabis est arrêté. L’explosion permanente du marché, est hors de contrôle depuis plus de 15 ans, aucun des efforts de la police ne parvient à en endiguer le flot toujours plus important. Par contre les cas de suicides et de corruption en bande organisée se multiplient parmi ses effectifs.

Les organisations criminelles, les lobbies de l’alcool de la pharmacie, n’ont aucun intérêt à ce que la situation change.

Figés par 47 ans de diabolisation étatique dans l’opinion populaire, aucun décideur politique n’ose passer le cap de proposer une légalisation du Cannabis.

Cultiver du Cannabis reste passible de 25 ans de prison et 7.5 millions d’€ d’amende. 

Nous sommes le 25 Juillet 2019, la gabegie peut continuer, le mensonge est bien protégé. Votez.

La rédaction

 

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Remerciement spécial Frey DNS

Vignette d’illustration: Avec l’aimable courtoisie de Vertsachet : https://vertsachet.com/

– Jean-pierre Ceccaldi pour The Blinc Group – Le Cannabiste 2018 Tous droits réservés –

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A propos jean-pierre 416 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du site : LeCannabiste.com. Je suis un journaliste blogger spécialisé dans le domaine du Cannabis. J'ai été choisi par un incubateur de Cannabusiness New Yorkais pour devenir leur consultant permanent en matière de Cannabis. Je publie de nombreux articles interviews et essais en langue Anglaise ainsi que pour la presse Française et l'industrie du Cannabis en général.