Le Botswana s’apprête à faire pousser du chanvre à grande échelle. Après des essais menés par l’État et jugés concluants, ce pays d’Afrique australe ouvre la voie à la culture commerciale de chanvre industriel, une plante qu’il veut transformer en filière économique pour desserrer sa dépendance au diamant, lequel pèse encore 80 à 90 % de ses recettes d’exportation.
Du carat à la fibre, il n’y a qu’un pas que Gaborone s’apprête à franchir. Les nouvelles vertes venues du bout du continent se lisent sur Le Cannabiste.
Source : gouvernement du Botswana (Cannabis Act, National Cannabis Control Authority).
Le chanvre botswanais quitte les laboratoires pour les champs
Le président botswanais Duma Boko a annoncé, le 17 juillet 2026, que les essais de culture conduits par l’institut national de recherche et de développement agricoles (NARDI) avaient démontré que le chanvre poussait sous les climats variés du pays. Ces résultats, a-t-il expliqué, donnent au gouvernement la confiance nécessaire pour lancer la phase commerciale d’une filière domestique.
Les essais ont réuni le NARDI, l’université d’agriculture et des ressources naturelles du Botswana, l’agence publique d’investissement et de commerce, ainsi que deux entreprises privées titulaires d’une licence. Les données techniques détaillées, comme les variétés testées, les rendements ou les analyses de teneur en THC, n’ont pas encore été rendues publiques.
Nous nous étions engagés auprès du Botswana à introduire la culture du chanvre, et nous sommes désormais plus près de tenir pleinement cette promesse.
Duma Boko, président du Botswana

Une loi de 2025 qui verrouille toute la filière
Le cadre remonte à une loi adoptée en 2025, approuvée au Parlement par 25 voix pour, cinq contre et quatre abstentions. Plutôt que de créer une catégorie juridique distincte pour le chanvre, le Botswana le range sous l’étiquette de « cannabis industriel », avec un plafond de THC fixé à 0,7 %.
Toute la chaîne exige une licence: culture, production de semences, pépinières, transformation, transport, recherche, importation et exportation. Ces autorisations sont délivrées au titre du Cannabis Act et supervisées par l’autorité nationale de contrôle du cannabis, avec inspections et surveillance continue à la clé. Les candidats doivent satisfaire à des exigences étendues, de la sécurité au plan d’affaires en passant par la capacité financière.
L’usage récréatif, lui, reste interdit. Le CBD et les autres cannabinoïdes demeurent illégaux, et la réglementation n’autorise ni la production ni la vente commerciale de fleurs. Seuls les débouchés industriels sont visés: textile, matériaux de construction, produits alimentaires et autres usages à valeur ajoutée.
Sortir de la dépendance au diamant
Le pari est d’abord économique. Le diamant représente environ 25 % du PIB botswanais, près d’un tiers des recettes de l’État et 80 à 90 % des recettes d’exportation. Une manne, mais une exposition à un seul produit que le gouvernement cherche à réduire depuis des années en misant sur de nouveaux secteurs.
L’agriculture ne pèse aujourd’hui que moins de 2 % du PIB, dans un pays où les terres arables ne dépassent pas 0,5 % du territoire, soit environ 290 000 hectares, l’une des proportions les plus faibles au monde. Le chanvre, présenté comme peu gourmand en eau et valorisable en fibres, est vu comme un candidat crédible pour créer des emplois et des chaînes de transformation locales.

Un ticket d’entrée jugé trop cher pour les petits producteurs
L’ouverture ne fait pas l’unanimité. Le système de licences, l’un des plus stricts du continent, impose des obligations lourdes de sécurité, de plan d’affaires, de gestion des cultures, de capacité financière et de conformité réglementaire, assorties d’inspections régulières.
Les acteurs du secteur saluent la volonté de structurer une filière, mais préviennent que ces exigences pourraient écarter les petits exploitants au profit des grands groupes bien capitalisés. Le risque, souligné localement, est de bâtir un marché réservé à quelques opérateurs plutôt qu’un relais de revenus pour les campagnes.
Un seuil de THC plus large qu’en France, dans une Afrique qui s’organise
Pour un lecteur français, le curseur botswanais interpelle: son plafond de 0,7 % de THC est plus souple que la référence hexagonale. En France, le chanvre destiné aux produits vendus librement ne doit pas dépasser 0,3 % de THC, un seuil aligné sur le cadre européen et régulièrement au coeur des débats de la filière CBD.
Le Botswana n’avance pas seul sur ce terrain. Son voisin a ouvert la voie avec le chanvre autorisé jusqu’à 2 % de THC en Afrique du Sud, tandis que le Lesotho et le Zimbabwe se sont positionnés plus tôt sur le cannabis médical. L’Afrique australe se dessine peu à peu comme un bassin de production, avec des règles du jeu très variables d’un pays à l’autre, entre climat favorable et coûts de main-d’oeuvre bas.
Reste à transformer l’essai. Le Botswana a le cadre légal, la volonté politique et des terres, mais devra prouver que sa filière chanvre peut vivre sans les fleurs ni le CBD, sur les seuls débouchés industriels, et attirer des acheteurs jusqu’en Europe. Le pari du « hors-diamant » se jouera aux premières récoltes.











