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Racines de cannabis : la partie jetée qui intéresse la science

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On scrute les fleurs, les feuilles et la résine du cannabis depuis des décennies. Ses racines, elles, finissent presque toujours à la benne. Une revue scientifique vient de les remettre sur la table : selon ses auteurs, cette partie oubliée de la plante renferme quatre grandes familles de molécules aux propriétés anti-inflammatoires, antioxydantes et antidouleur, longtemps passées sous le radar.

La plante avait donc plus d’un tour dans ses racines, il fallait juste que quelqu’un aille gratter la terre. C’est fait, et c’est sur Le Cannabiste.

Source : Journal of Cannabis Research, revue publiée le 21 juillet 2026 par des équipes de l’université de Santa Cruz do Sul et de l’université fédérale de Rio Grande (Brésil).

La partie de la plante restée dans l’angle mort

Le cannabis est l’une des plus vieilles plantes cultivées par l’humanité, mais la science n’en regarde presque jamais le même bout. Toute l’attention va aux parties aériennes, les fleurs et les feuilles, là où se concentrent les cannabinoïdes comme le THC et le CBD. Les racines, elles, restent dans l’ombre, considérées comme un déchet de culture.

C’est ce déséquilibre que la revue entend corriger. En rassemblant les travaux existants, ses auteurs concluent que les racines constituent une ressource pharmacognostique sous-exploitée, c’est-à-dire une source de molécules actives que la recherche a laissée de côté. Détail qui compte : la racine ne contient quasiment pas de cannabinoïdes. Sa chimie n’a rien à voir avec ce qui rend une fleur psychoactive.

Quatre familles de molécules passées au crible

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La synthèse dresse l’inventaire chimique de la racine et y repère quatre grandes familles de métabolites secondaires : des phytostérols, des alcaloïdes, des terpènes et des composés phénoliques. Autant de molécules bien connues des pharmacologues, présentes dans quantité de plantes médicinales, mais rarement recherchées jusqu’ici dans cette partie précise du cannabis.

Aucune de ces familles n’est un cannabinoïde. On est donc loin du duo THC-CBD qui fait la réputation de la fleur. Les phytostérols et les phénols sont surtout étudiés pour leurs effets antioxydants, les terpènes pour leur rôle aromatique et biologique, thème que nous avons déjà creusé côté fleur avec les terpènes du cannabis et leur roue des saveurs. Dans la racine, ces mêmes composés dessinent un profil différent, encore largement à explorer.

Chercheur en blouse examinant des racines de chanvre séchées sur une paillasse de laboratoire

Anti-inflammatoire et antidouleur : ce que montrent les études animales

Sur le papier, le tableau est engageant. Les travaux réunis attribuent aux extraits de racine des activités antioxydantes, anti-inflammatoires et antimicrobiennes. Chez l’animal, d’autres études rapportent des effets antidouleur et relaxants sur les muscles, sans signe de toxicité cellulaire observé. De quoi rappeler certaines pistes déjà ouvertes ailleurs sur la plante, comme le potentiel antifongique étudié du côté du CBD.

Un mot de prudence s’impose quand même. Toutes ces données restent précliniques : elles viennent d’essais en laboratoire et de modèles animaux, pas d’humains. Aucun essai clinique n’a encore testé ces extraits sur des patients. Selon les auteurs eux-mêmes, la promesse est réelle mais la démonstration reste à faire. Autrement dit, prometteur ne veut pas dire prouvé.

Un usage qui remonte à l’Antiquité

Ce regain d’intérêt a un air de retour aux sources. La racine de cannabis a été employée de longue date en médecine traditionnelle, notamment pour soigner les plaies, les brûlures et les inflammations. Un savoir empirique que la science moderne avait fini par ranger au rayon des remèdes de grand-mère.

Mains gantees tenant un plant de chanvre fraichement arrache, racines couvertes de terre

L’exercice de la revue consiste justement à relire ces usages anciens avec les outils d’aujourd’hui. Quand des molécules identifiées en laboratoire recoupent une pratique vieille de plusieurs siècles, l’indice mérite qu’on s’y attarde. C’est tout l’enjeu du travail publié : transformer une intuition traditionnelle en programme de recherche sérieux.

En France, une piste qui échappe au débat sur le THC

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Vu de France, ce dossier a un avantage rare : il glisse hors du terrain miné du THC. Comme la racine n’héberge pas les cannabinoïdes, elle ne relève pas de la question psychoactive qui encadre le reste de la plante. Sur le territoire, la culture du chanvre est autorisée pour les variétés de Cannabis sativa dont la teneur en THC ne dépasse pas 0,3 %, et la racine, elle, se situe bien en deçà de ce seuil.

L’angle est aussi économique. La France est le premier producteur de chanvre d’Europe, et cette filière cherche en permanence à valoriser chaque partie de la plante, de la fibre à la graine. Une racine aujourd’hui broyée ou laissée au sol pourrait, si la recherche confirme ses promesses, devenir une matière première pour la cosmétique ou le bien-être. On n’en est pas là : le stade reste préclinique, sans produit ni allégation validée. Mais l’idée de ne plus jeter une partie utile de la plante a de quoi séduire une filière soucieuse de ses marges.

Les points à retenir

  • Une revue scientifique se penche sur les racines de cannabis, partie de la plante habituellement jetée.
  • Elle y identifie quatre familles de molécules : phytostérols, alcaloïdes, terpènes et composés phénoliques, sans cannabinoïdes.
  • Les activités rapportées sont antioxydantes, anti-inflammatoires, antimicrobiennes, antidouleur et relaxantes, sans toxicité observée.
  • Les preuves restent précliniques et animales : aucun essai clinique humain à ce jour.
  • En France, la racine échappe au débat sur le THC et ouvre une piste de valorisation pour la filière chanvre.

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