Aux États-Unis, la longue procédure censée sortir le cannabis de la catégorie des drogues les plus sévèrement encadrées atteint un moment charnière. Ce lundi 17 août 2026, les parties prenantes doivent remettre leurs derniers mémoires écrits au juge administratif fédéral. C’est l’ultime prise de parole avant qu’une recommandation ne soit rédigée sur le passage du cannabis de l’annexe I à l’annexe III de la loi fédérale sur les substances contrôlées.
Un dossier qui avance au rythme de l’administration américaine, à petits pas, mais sans jamais vraiment s’arrêter. Pour suivre le feuilleton du cannabis des deux côtés de l’Atlantique, il y a Le Cannabiste.
Ce qui se joue vraiment ce 17 août
La date du 17 août 2026 ne marque pas une décision, mais la fin des échanges écrits. Les organisations et les autorités qui ont participé à l’audience doivent déposer ce jour-là leurs conclusions finales et leurs corrections de transcription auprès du juge administratif chargé du dossier. Après cette échéance, place à la rédaction, à huis clos, d’une recommandation.
Cette audience formelle s’est tenue entre le 29 juin et le 15 juillet 2026. Elle constitue le cœur du processus réglementaire américain, où chaque partie défend sa lecture des données scientifiques et de l’intérêt public. Le juge n’y tranche pas seul : il prépare un avis qui remonte ensuite à l’administration.
Autrement dit, le pays n’est pas au bout du chemin, mais il vient de refermer la partie la plus visible du débat. Les prochains mois se joueront sur le papier, loin des salles d’audience.

De l’annexe I à l’annexe III, un basculement lourd de sens
Depuis 1970 et l’adoption du Controlled Substances Act, le cannabis figure à l’annexe I, la plus stricte. Cette catégorie rassemble les substances considérées comme sans usage médical reconnu au niveau fédéral et à fort potentiel d’abus. C’est le même rayon que l’héroïne, une classification que les partisans d’une réforme jugent dépassée depuis longtemps.
L’annexe III, elle, regroupe des produits à potentiel d’abus jugé modéré, comme la kétamine ou certains stéroïdes. Le régime y est nettement moins contraignant. Un tel déplacement ouvrirait la voie à davantage de recherche clinique et allégerait une fiscalité qui pèse aujourd’hui lourdement sur les entreprises du secteur, sans pour autant légaliser l’usage récréatif à l’échelle nationale.
La nuance est importante : reclasser n’est pas dépénaliser. Le cannabis resterait une substance contrôlée, encadrée par l’agence fédérale antidrogue, mais avec des conséquences pratiques majeures pour la filière et la science.
Un feu vert partiel obtenu dès le printemps
Le mouvement n’est pas parti de rien cet été. Le 23 avril 2026, un ordre signé au sommet du ministère de la Justice a déjà déplacé vers l’annexe III deux catégories bien précises : le cannabis contenu dans un médicament approuvé par l’agence sanitaire américaine, et celui relevant d’une licence médicale délivrée par un État. La mesure est entrée en vigueur le 28 avril.
Ce premier pas, que nous avions raconté au moment de l’annonce du reclassement du cannabis médical en annexe III, ne concernait qu’un périmètre restreint. La grande question, celle qui mobilise l’audience actuelle, porte sur un reclassement bien plus large, susceptible de toucher l’ensemble du cannabis et pas seulement les produits médicaux.
C’est ce saut d’échelle qui divise. Plusieurs États et organisations opposés à la réforme ont demandé à être entendus, preuve que le sujet reste politiquement inflammable outre-Atlantique.

Une décision encore lointaine, un calendrier balisé
Passé le dépôt des mémoires, la suite est écrite, mais lente. Le juge administratif doit remettre une recommandation, un travail attendu plutôt vers la fin de l’année 2026. Rien n’oblige l’administration à la suivre à la lettre.
Une fois cet avis rendu, les participants disposeront de 20 jours pour déposer des objections formelles. La décision finale reviendra ensuite à l’administrateur de l’agence antidrogue, qui pourra confirmer, amender ou écarter la recommandation. Le dernier mot n’est donc pas pour tout de suite.
Pour un dossier ouvert par une proposition publiée au journal officiel fédéral le 28 avril 2026 sous le numéro d’ordre 6753-2026, la patience reste de mise. Le calendrier avance, mais l’issue n’a rien d’acquis.
En France, le cannabis reste de l’autre côté de la barrière
Vu de Paris, ce débat sonne comme une actualité venue d’un autre monde réglementaire. En France, le cannabis demeure un stupéfiant, et son usage reste interdit. Seul le CBD, dont la teneur en THC ne doit pas dépasser 0,3 %, se vend librement en boutique.
Le volet médical, lui, a connu sa propre évolution : l’expérimentation lancée il y a quelques années est passée à un cadre pérenne, ouvrant la voie à une prescription encadrée pour certains patients. On est loin d’un reclassement à l’américaine, mais la logique de fond, distinguer usage thérapeutique et usage récréatif, se retrouve des deux côtés de l’Atlantique.
Reste que la trajectoire américaine est scrutée de près en Europe. Si la première puissance mondiale finit par assouplir sa classification, la pression grandira sur les pays encore attachés à une ligne stricte.
Les dates clés à retenir
- 23 avril 2026 : reclassement en annexe III du cannabis médical approuvé par l’agence sanitaire et sous licence d’État.
- 28 avril 2026 : publication au journal officiel fédéral de l’avis d’audience sur un reclassement plus large.
- 29 juin au 15 juillet 2026 : tenue de l’audience formelle.
- 17 août 2026 : date limite de dépôt des mémoires finaux.
- Fin 2026 : recommandation attendue du juge administratif, puis 20 jours d’objections avant la décision finale.











