Un medicament a base de THC vient de faire disparaitre les cauchemars de plus d’un patient sur trois souffrant de stress post-traumatique. Le resultat sort d’un essai clinique en double aveugle mene sur 171 personnes traumatisees, et il place le cannabis la ou la psychiatrie manquait cruellement d’armes : la nuit.
Quand une molecule fait reculer les mauvais reves plus surement qu’un placebo au gout de cannabis, ca vaut bien qu’on rallume la lumiere. Les nuits agitees se racontent aussi sur Le Cannabiste.
Source : Charite, Universitatsmedizin Berlin (essai publie dans Nature Medicine).
Un essai en double aveugle contre un placebo au gout de cannabis
L’etude a suivi 171 adultes atteints de stress post-traumatique (TSPT) et de cauchemars frequents et intenses, d’age moyen 37,9 ans, dont 79,3 % de femmes. Pendant dix semaines, chaque soir avant le coucher, chaque participant recevait soit du dronabinol, une forme pharmaceutique de THC administree en gouttes, soit un placebo d’apparence et de gout identiques. Ni les patients ni les soignants ne savaient qui prenait quoi, le standard le plus exigeant de la recherche medicale.
La dose de dronabinol etait ajustee entre 2,5 et 15 mg selon la tolerance de chacun. L’essai n’a pas ete conduit dans un seul centre : il a reuni la clinique universitaire de psychiatrie de la Charite a l’hopital St. Hedwig, le centre hospitalier universitaire de Hambourg-Eppendorf et l’institut central de sante mentale de Mannheim. Un dispositif large, pense pour donner du poids a un signal jusqu’ici seulement entrevu dans de petites series.
Un patient sur trois ne fait plus aucun cauchemar
Les mauvais reves etaient mesures sur une echelle de charge allant de 0 a 8 points. Apres dix semaines, cette charge reculait en moyenne de 3,7 points dans le groupe dronabinol, contre 2,2 points sous placebo. L’ecart de 1,5 point peut sembler modeste, mais il est statistiquement significatif et correspond a un effet juge moyen a important par les auteurs.
Le detail est plus parlant que la moyenne. Plus d’un tiers des patients traites ne rapportaient plus aucun cauchemar au bout des dix semaines, et 21 % supplementaires voyaient leur charge de mauvais reves au moins divisee par deux. Environ cinq patients sur six estimaient que leur etat general s’etait nettement ameliore. Un resultat qui prolonge, cote sommeil, tout le debat sur l’ecart entre le sommeil ressenti et le sommeil reellement mesure sous cannabinoides.
Le THC vise le sommeil paradoxal, pas tout le trouble
Pour comprendre l’effet, il faut regarder du cote du systeme endocannabinoide, ce reseau interne qui participe a la regulation du sommeil, du stress et du traitement emotionnel des souvenirs. Selon l’investigateur principal, le THC reduirait l’activite onirique pendant le sommeil paradoxal, cette phase ou naissent les reves les plus charges, et attenuerait les reponses de stress nocturnes qui reveillent en sursaut les personnes traumatisees.
La nuance est importante, et les auteurs la posent eux-memes : l’effet est cible sur les cauchemars et le sommeil, pas sur l’ensemble du trouble. La severite globale du stress post-traumatique et la depression qui l’accompagne souvent n’ont pas evolue de facon concluante. Autrement dit, la molecule apaise la nuit sans pretendre soigner le traumatisme en journee.
Peu d’effets indesirables, un financement a garder en tete
Cote securite, le bilan est rassurant sur l’essentiel. Aucun effet indesirable grave n’a ete observe, et aucun symptome de sevrage n’est apparu a l’arret du traitement. Des effets legers a moderes, vertiges, maux de tete ou augmentation de l’appetit, ont ete plus frequents sous traitement : ils touchaient 89,7 % des patients sous dronabinol contre 77,1 % sous placebo, un ecart qui reste dans l’attendu pour ce type de molecule.
Un element merite d’etre pose noir sur blanc pour lire ces chiffres avec recul : l’essai a beneficie du soutien de Bionorica SE, un laboratoire pharmaceutique. Cela ne disqualifie en rien un travail publie dans une revue de premier plan et bati sur un protocole solide, mais c’est le genre d’information que le lecteur averti aime avoir en main avant de tirer des conclusions definitives.
En France, les cauchemars post-traumatiques restent hors du cannabis medical
Reste la question qui interesse le lecteur francais : et chez nous ? La generalisation du cannabis medical avance en France, mais elle reste taillee pour un nombre restreint de situations, en dernier recours et sur prescription hospitaliere initiale. Le stress post-traumatique et ses cauchemars ne figurent pas parmi les indications retenues, et aucun medicament n’est aujourd’hui approuve dans l’Hexagone pour ces terreurs nocturnes.
Le modele francais repose par ailleurs sur des fleurs et des huiles standardisees, quand cet essai s’appuie sur une molecule isolee et dosee au milligramme pres. Deux logiques differentes, donc, mais un meme signal qui remonte d’Allemagne : la piste du cannabis contre les cauchemars traumatiques est desormais trop documentee pour etre ignoree des futures evaluations.
Les chiffres a retenir
- 171 patients atteints de stress post-traumatique, age moyen 37,9 ans, 79,3 % de femmes.
- Dix semaines de traitement, dronabinol dose de 2,5 a 15 mg contre placebo.
- Charge des cauchemars (echelle 0 a 8) : recul de 3,7 points sous dronabinol contre 2,2 sous placebo, ecart de 1,5 point.
- Plus d’un tiers des patients sans aucun cauchemar, 21 % avec une charge au moins divisee par deux.
- Effets indesirables : 89,7 % sous dronabinol contre 77,1 % sous placebo, aucun grave, aucun sevrage.














