Au Royaume-Uni, le cannabis médical a quitté le rayon des curiosités. En 2025, les pharmacies de ville anglaises ont délivré plus de 1,7 million d’unités de cannabis médical non licencié, soit une progression de 154 % en un an. Le tout porté par un marché presque entièrement privé, dans lequel les patients règlent leurs traitements de leur poche.
Quand une plante passe du statut de curiosité à celui de traitement facturé chaque mois, la trajectoire mérite qu’on s’y attarde. Les mutations discrètes du cannabis médical se suivent sur Le Cannabiste.
Source : NHS Business Services Authority (données de dispensation en pharmacie, requête d’accès à l’information FOI-03941) et ministère de l’Intérieur britannique (FOI2026/10126).

Un marché multiplié par plus de 6 000 depuis 2019
Les chiffres racontent une accélération continue. Les pharmacies de ville anglaises ont délivré 282 979 unités de cannabis médical non licencié en 2023, 668 511 en 2024, puis 1 701 064 en 2025. Trois années de suite, le marché a plus que doublé, avec des bonds de 128 %, 136 % et enfin 154 %.
Rapportée à 2019, première année calendaire complète de dispensation à grande échelle en Angleterre, la progression donne le vertige : le marché a été multiplié par plus de 6 000. Et la courbe continue de se redresser. Pour le seul mois de janvier 2026, les pharmacies ont délivré 80 331 unités, un rythme mensuel supérieur à des années entières du début de la période.
Une précision s’impose, car elle change la lecture des données. Ces chiffres comptent des unités délivrées en pharmacie, pas un nombre de patients ni d’ordonnances. L’agence de santé qui les publie prévient d’ailleurs que les items de cannabis sont d’abord enregistrés comme médicament non spécifié, puis reclassés après une revue manuelle : les totaux restent susceptibles d’être révisés.
Un système presque entièrement privé
Derrière cette envolée se cache une réalité peu partagée dans le débat français : au Royaume-Uni, le cannabis médical est prescriptible depuis le reclassement des produits à usage médicinal en novembre 2018, mais son financement public est resté quasi inexistant. La croissance s’est donc faite presque entièrement sur le marché privé, à la charge des malades.
Le coût est loin d’être anecdotique. Des familles dont les enfants suivent un parcours contre une épilepsie résistante aux traitements déboursent, selon les données rapportées, environ 1 500 livres par mois (près de 1 750 euros) pour des produits que les autorités elles-mêmes jugeaient encore récemment insuffisamment évalués sur le plan du rapport coût-efficacité.
Autre signe de la maturité commerciale de ce marché : neuf des dix principaux prescripteurs de produits à base de cannabis ne sont pas des médecins hospitaliers, mais des pharmaciens. Le circuit s’est structuré autour de cliniques spécialisées et d’officines, loin de l’hôpital public.

Un registre public aveugle à la majorité des patients
Le paradoxe britannique tient en un contraste. Un registre officiel des patients, réclamé dès une revue de novembre 2020, n’a finalement été lancé qu’à la mi-2025, avec quatre ans de retard. Or il ne recense qu’environ 1 000 patients suivis par le service public de santé, sous Sativex, Epidyolex ou Nabilone, et exclut explicitement les 60 000 patients privés et plus par lesquels le marché a réellement grossi.
La qualité des données complique encore le tableau. Le jeu de données brut contient plus de 375 000 lignes sur sept ans et pas moins de 10 190 noms de produits distincts pour la seule année 2025, en grande partie des doublons dus à une saisie en texte libre, à partir d’ordonnances souvent manuscrites. Difficile, dans ces conditions, de piloter finement une politique de santé.
Le conseil consultatif chargé d’examiner la filière doit rendre une revue d’ensemble attendue pour la fin de l’été 2026. Elle pourrait remettre de l’ordre dans le suivi des patients et clarifier la place des fleurs de cannabis, dont la présence croissante inquiète les régulateurs.
La France a choisi la voie inverse
Pour un lecteur français, l’écart de modèle saute aux yeux. Là où le Royaume-Uni a laissé le marché privé absorber la demande, la France a fait sortir son cannabis médical de l’expérimentation lancée en 2021 pour l’orienter vers une généralisation encadrée par les autorités de santé et adossée au système public, à une échelle bien plus réduite que le boom britannique.
Les deux approches ont leurs revers. Le modèle britannique offre un accès rapide, mais réservé de fait à ceux qui peuvent payer. Le modèle français promet l’égalité d’accès, au prix d’une lenteur et d’un catalogue de produits restreint, comme le rappelait le débat autour de la généralisation du cannabis médical en France. Deux réponses opposées à une même question : qui doit payer, et pour quel accès.
Les principaux chiffres à retenir
- 1 701 064 unités de cannabis médical délivrées en pharmacie en Angleterre en 2025, en hausse de 154 % sur un an.
- Un marché multiplié par plus de 6 000 depuis 2019.
- 80 331 unités pour le seul mois de janvier 2026.
- Environ 1 000 patients au registre public, contre 60 000 patients privés hors radar.
- Jusqu’à 1 500 livres par mois (près de 1 750 euros) pour certaines familles.











