Pas d’autoculture et monopole d’état pour le Cannabis Québécois

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Le Cannabiste s’intéresse à la légalisation contrôlée du Cannabis pour la province de Québec au Canada. Le projet de loi déposé en Avril 2017, entrera en vigueur le 17 Octobre 2018. La loi sera très différente selon les réglementations décidées par chaque province. Au Québec les associations d’usagers sont vent debout, car l’autoculture de Cannabis sera interdite. Toute la vente de détail devra s’effectuer à travers une régie qui en détiendra le monopole exclusif: la Société québécoise du cannabis (SQDC). Au demeurant, une série de lois jugées restrictives et contraignantes par les usagers, vont devenir la règle en matière de Cannabis du jour au lendemain. À quoi à quoi va ressembler le quotidien de millions de citoyens Canadiens Québécois d’ici deux mois? Éléments de réponse.

 

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#Autoculture

L’autoculture de Cannabis est un sujet sensible et un point stratégique important en matière de législation sur le Cannabis. C’est un thème récurent aux implications multiples. Ce droit en particulier, était cher au Premier Ministre Justin Trudeau au moment d’élaborer cette loi. Car la loi fédérale Canadienne C45, prévoit la possible légalité de cultiver 4 plants de Cannabis par famille.

Le Québec a tenté en vain de dissuader les législateurs fédéraux d’intégrer le droit à l’autoculture dans la loi C45. Leurs représentants étaient en effet fermement opposés à cette mesure tout au long du processus parlementaire. 

Mais visiblement, ce que l’état Francophone n’est pas parvenu à obtenir du gouvernement fédéral, il a tout de même décidé de le mettre en pratique sous sa propre juridiction. L’autoculture de Cannabis sera donc complètement interdite au Québec.

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Au sujet de L’autoculture, l’écrivain Français Jean-pierre Galland déclarait il y à peu:

« Une légalisation qui exclurait l’autoproduction sera automatiquement vouée à l’échec »

 

C’est également l’avis des membres de l’association, d’usagers Liaison Antiprohibitionniste qui voient d’un très mauvais œil l’interprétation Québécoise de la loi C45 avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer pour le quotidien des usagers sur place.

 

 

 

 

#Monopole d’état et gros LOGO

Certains buralistes Français en ont rêvé, les Québécois l’ont fait. Sur le modèle de la Seita en France, une société d’état possède l’exclusivité et le monopole du droit à commercialiser le Cannabis. Il s’agit de la Société Québécoise du Cannabis, la SQDC, créée le 12 Juin 2018 par l’état Québécois et filiale de la Société des Alcools du Québec la SAQ.

Après avoir vivement critiqué l’aspect du logo de la SQDC, arguant qu’il ressemblait d’avantage à une partie de l’anatomie humaine qui ne voit jamais la lumière du jour, qu’à un étendard de régie. Les activistes Canadiens ont bruyamment exprimé qu’ils ne voyaient dans ce logo, pas la moindre ressemblance avec quoi que ce soit qui évoquait le Cannabis de près ou de loin. Enfin, les militants du Bloc pot avaient tenu à en préciser sérieusement le sens.

 

Bloc pot : « À notre avis, ce logo est incomplet puisqu’il y manque un F pour cannabis fédéral :). En effet, le cannabis légal et vendu est autorisé par Santé Canada… un organisme qui a toujours défendu bec et ongles la prohibition et qui aujourd’hui est responsable du cannabis comme il l’est aussi pour le tabac :(. Oui à l’indépendance du cannabis Québécois »

 

Un peu à l’image des System Bolaget Suédois pour l’alcool, les lieux de vente du Cannabis Québécois sont présentés comme des lieux agréables et conviviaux, à mi-chemin entre tradition et modernité. La SQDC garantit un encadrement légal rigoureux de toutes les procédures autour de ce nouveau commerce.

 

« Dès l’entrée en magasin, des stations interactives seront disponibles aux clients. Ces derniers auront accès à de l’information visant une consommation éclairée et responsable du cannabis et ils pourront débuter leurs recherches sur les produits offerts à la SQDC »

 

 

#Zoom sur les principales règles au Québec

De quoi sont faites ces fameuses règles au sujet du Cannabis, chez nos chers cousins Cannabistes Québécois  ?

  • Interdiction complète pour les mineurs
  • 30 g dans un lieu public
  • 150 g dans une résidence privée
  • Interdiction de possession dans certains lieux

et c’est là que ça se corse

  • Interdiction de la culture de cannabis
  • Interdiction de fumer ou de vapoter du cannabis partout où il est déjà interdit de fumer ou de vapoter du tabac
  • Sécurité routière Tolérance zéro
  • Vente de cannabis: Création de la Société québécoise du cannabis (SQDC)

 

#Militants

En creux, ce que de nombreux activistes reprochent à ces lois, c’est d’avoir spolié le droit du peuple à disposer librement d’une plante. Exactement à l’image de ce que les Français ont fait avec le tabac. C’est d’ailleurs devenu l’objet d’un combat politique pour le parti du Bloc Pot qui compte bien sur une revanche par les urnes, à des lois jugées au mieux inadaptées, au pire scélérates par ces militants.

 

«Avec la légalisation, le Cannabis est maintenu dans le Code criminel. Pire, de nouvelles infractions ont été ajoutées et certaines peines d’emprisonnement ont été augmentées» Bloc pot

 

#De Paris à Québec, en passant par les ‘States’

#Du point de vue des sous, on voit bien que l’enjeu du Cannabis se précise, depuis les États-Unis ou bien même depuis Paris, avec le CBD et les Coffe Shops. L’impact économique de cette vague verte permet le maillage d’un nouveau tissu d’entrepreneurs, qui ne sont ni des trafiquants de drogue, ni des pharmaciens, et qui appellent une régulation de leurs vœux.

L’herbe philosophale pourrait bien se transformer en moteur anti-crise, ou même en ascenseur social express comme aux USA. Mais quoi qu’il en soit, les états Français et Québécois ont en commun, d’avoir décidé qu’il devait en être autrement. 

Pour conclure sur la question économique, il semble que ce monopole prenne tout le monde à contre courant. Car au vu de ce que le Cannabis est capable de créer comme économie et comme taxes, en 2018 on peut effectivement avoir du mal à comprendre ce soudain élan Stalinien de la part des autorités Québécoises. C’est pour finir une manière discutable et contestée d’attribuer aux alcooliers, qui n’ont eu de cesse de la combattre, le bénéfice exclusive d’un marché colossal de la weed.

 

« on pourrait se prendre à rêver qu’il n’y ait jamais eu de légalisation. En mode : c’était mieux avant »

 

#D’un point de vue politique, l’autoculture est un des engagements forts de la loi Canadienne et un des axes majeurs exigés par Justin Trudeau pour combattre le problème du marché noir. L’idée maîtresse de la légalisation Canadienne semble un peu vouloir arranger tout le monde, sans finir par arranger personne.Sinon les affaires de la SAQC au passage.

Nous avions déjà vu sur Le Cannabiste qu’il n’allait pas être facile de réguler le Cannabis partout au Canada avec l’exemple du Nunavut en Arctique. Effectivement lorsqu’on regarde la loi au Québec, on pourrait se prendre à rêver qu’il n’y ait jamais eu de légalisation. En mode : c’était mieux avant.

#Du point de vue des usagers, Le poids que cette réforme va faire peser sur les personnes en situation d’utiliser du Cannabis pour des raisons de santé va devenir considérable. Impossible d’échapper au monopole, impossible de produire de l’herbe soi même. Pour beaucoup c’est une occasion ratée de réussir une légalisation.

 Jusque là, au Canada un grand nombre de pratiques étaient tolérées et la société cohabitait tant bien que mal avec la Marijuana sans gros problèmes. Aujourd’hui de nombreux usagers craignent de devenir l’objet d’une nouvelle forme de répression ciblée.

 

« Imaginez un peu la convoitise !! »

 

#Du point de vue de la Weed elle-même? Objectivement !

Le Cannabis pousse vite

Il pousse bien, à peu près partout et en grande abondance, dès qu’on s’y essaye avec des lampes et des engrais, ça n’est plus un secret pour personne. C’est une vérité qui fait sans doute autant tourner la tête des décideurs politiques que celle des consommateurs de ce genre de weed. Pour évoquer la France, l’autoculture est un crime sans victime, mais qui semble mettre tout le monde d’accord. La vérité c’est que vous aurez énormément de mal à trouver un représentant politique pour défendre le principe fondamental de la liberté à l’autoculture de Cannabis. Pourtant cette question n’est pas le fruit d’une utopie libertaire, et nous aurons ici de nouveau l’occasion d’y revenir ensemble sur Le Cannabiste, avec d’éminents invités.

Le Cannabis ne coûte rien à fabriquer 

Selon les estimations, à l’heure actuelle, un cultivateur indoor amateur peut produire en France un Cannabis de qualité acceptable, pour un coût compris entre 0.50€ et 1€ du gramme. C’est pour cette même raison que la pilule de la SQDC avec son monopole sont difficiles à avaler. On imagine très facilement un prix au gramme qui débutera dans les 5$ Canadiens. Alors bien entendu, dans un pays ou le Cannabis est légal : Imaginez un peu la convoitise !!

Le Cannabis est une commodité sociale

Toutes les expériences sociétales ont montré que les consommateurs de Cannabis sont enclins à partager une expérience sociale lorsque la loi le permet. C’est l’objet des Cannabis clubs, et ce serait selon les militants, un objet contraire à l’isolement coupable et aux frustrations individuelles, héritées par l’état de prohibition. Sous cet angle, on ne peut que déplorer l’absence totale de lieux de convivialité prévus par la loi, où pourraient se retrouver ceux qui partagent une certaine sensibilité pour la dame verte. Mais à cet endroit au Québec, les choses pourraient peu à peu évoluer, comme cela est le cas dans l’état Américain du Nevada avec ce même problème. Pourquoi? Parce que l’expérience témoigne, que les lieux sociaux autour du Cannabis là ou c’est légalisé, n’ont que très rarement posé de problèmes d’ordre public.

 

« Mais alors quelle mouche les à piqué ? »

 

#Dernier mot

A dire la vérité, on resterait bien là un moment à savourer en votre compagnie le plaisir de cette légalisation qui vient chez nos cousins Canadiens. Malheureusement, si tôt la phrase lue, force est de reconnaître que le Canada et en particulier le Québec, ne sont pas devenus la terre promise de la tolérance vis-à-vis du Pot.

Est-ce qu’on va commencer à remplir les prisons Canadiennes d’usagers, de livreurs, de cultivateurs, de possesseurs de vendeurs de Cannabis?

C’est hélas bien possible.

A t’on récemment vu une société légalisatrice partir en vrille dans des spirales de violences et d’accidents de la circulation à cause du Cannabis?

Là-dessus la réponse est non. 

Mais alors quelle mouche les à piqué ?

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Le meilleur pour fin, on se quitte avec quelques mots de Sarah Fautré Coordinatrice de Liaison Antiprohibitionniste à Bruxelles

 

« Le monopole exclusif de l’approvisionnement du cannabis est une vision avant tout libérale où l’intérêt premier est la rente financière. Le fait que ce monopole empêche la culture à domicile et la criminalise un non sens. Après le Big Pharma, on en arrive au Big Ganja et ce n’est pas vraiment le modèle de régulation que je préconiserais. La culture à domicile devrait être un droit même avec une quantité restreinte, par ex. de 6 à 10 plants par personne, tout comme la création de Cannabis social clubs. « 

 

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— Jean-pierre Ceccaldi pour The Blinc Group – Le Cannabiste 2018 Tous droits réservés —

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A propos jean-pierre 392 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du site : LeCannabiste.com. Je suis un journaliste blogger spécialisé dans le domaine du Cannabis. J'ai été choisi par un incubateur de Cannabusiness New Yorkais pour devenir leur consultant permanent en matière de Cannabis. Je publie de nombreux articles interviews et essais en langue Anglaise ainsi que pour la presse Française et l'industrie du Cannabis en général.