Oran: une fillette de 10 ans arrêtée avec 10 Kilos de haschich

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Fin Juillet 2018, il y à un peu plus d’une semaine, les services de police Algériens ont interpellé une fillette qui vivait de mendicité dans les rues de la ville Oran. Elle transportait avec elle 10 Kilos de Kif, entendez, de la résine de Cannabis ou du Haschich. Le Cannabiste vous propose un aperçu de ce qui se joue quotidiennement dans les rues Algériennes. Aujourd’hui les trafiquants du marché noir n’hésitent plus à enrôler de jeunes enfants  pour effectuer leurs livraisons.

 

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C’est dans le quartier de La Wilaya à Oran en Algérie, que la police avait commencé à pister certains des enfants des rues, qui semblaient occasionnellement fréquenter des lieux connus pour héberger des trafics. Les investigations ont conduit les enquêteurs jusqu’à la piste de cette toute jeune fille vivant dans la rue et qui subsistait, grâce à la mendicité.

 

#survivre

Dès l’âge de 10 ans de nombreux enfants Algériens sollicitent les passants pour leur vendre des boites de mouchoirs, des colifichets et parfois des bouteilles d’eau. Certains d’entre eux ont un chez-eux et une famille, d’autres sont totalement livrés à leur sort et survivent tant bien que mal à un quotidien parfois difficile, au gré des rues.

Du côté des autorités, on déclare officiellement que le travail des enfants est statistiquement mesuré à 5%. Mais le nombre considérable d’enfants qui visiblement,  travaillent dans la rue de certaines grandes villes Algériennes, laisse les observateurs internationaux perplexes.

 

Enfants des rues d’Oran – Photo : oranais.com

 

Chaque année 4 à 500 000 élèves quittent le système éducatif Algérien. Pour une partie d’entre eux, le quotidien sera fait de ventes à la sauvette, de récup’ et de petits larcins. Pour d’autres ce sera le job de mûle pour des trafiquants sans scrupules. Une habitante d’Alger déclarait ainsi au Huffington Post Magreb

 

« Le travail des enfants, c’est l’antichambre de la drogue et des trafics »

 

En 2012 en Algérie on estimait à 20 000 le nombre d’enfants qui vivaient en permanence dans la rue. Il s’agit d’un vrai problème de société. Le quotidien national d’information Algérien Réflexion décrivait la situation de la manière suivante :

 

 » Ils survivent en fouillant les poubelles et les décharges à la recherche de nourriture, en mendiant, en volant et en commettant de petits délits. Ils reniflent de la colle et prennent des drogues et sont toujours sales. Beaucoup de filles sont forcées de se prostituer pour survivre. « 

 

Enfants des Rues: rainierridao @unsplash

 

#Prohibtion Algérienne

L’usage, la détention, la vente, l’acquisition, le transport de Cannabis sont prohibés en Algérie au même titre que tous les stupéfiants. Fumer du Cannabis peut coûter entre 6 mois et 2 ans de prison, les peines sont assorties de forte amendes et d’injonctions thérapeutiques. L‘état Algérien considère que le Cannabis est une drogue dont l’intoxication doit impérativement être soignée.

Pour les trafiquants, les peines prévues peuvent aller jusqu’à 20, ans à peu près comme en France. Par ailleurs, la peine de mort y reste en application mais les sentences sont rarissimes. L’Algérie n’a plus exécuté de condamné à mort depuis 1993.

La majorité du Cannabis consommé en Algérie l’est sous la forme de Haschich en provenance principalement du Maroc. Selon les chiffres de L’ODT 73.34% du Cannabis saisi en Algérie en 2016 venait du Maroc. Ces dernières années la lutte contre le terrorisme a créé un climat tendu entre les forces de sécurité et la population. Les contrôles inopinés sont quasiment devenus la règle, et de nombreux consommateurs de Cannabis passent inexorablement, à un moment ou un autre, par la case prison.

Rues d’Oran – Photo issam_hammoudii @unsplash

#Physionomie du trafic

Avec une répression sévère et des méthodes policières parfois brutales, le trafic de rue, s’est orienté vers la livraison à domicile. Souvent c’est le livreur de pizza qui fournit aussi le Kif. Mais Ces dernières années, le kif se fait plus rare et plus cher en ville. Avec une surveillance accrue de la frontière avec le Maroc. Depuis 2015, le Cannabis est devenu périodiquement très difficile à trouver. La justice Algérienne quand à elle, demeure sans concession face aux consommateurs et aux trafiquants de Cannabis, quelles que soient les quantités.

Bien que les saisies de stupéfiants dans le pays, s’orientent à la baisse depuis 2015 avec -13.9% de saisies en tout. Les 6700 Kilomètres de frontière commune avec le Maroc, dont de vastes zones hostiles désertiques, rendent la tâche très difficile aux douaniers Algériens.

Le climat tendu qui règne entre l’Algérie et son voisin producteur de haschich le Maroc, est un obstacle supplémentaire au travail de contrôle des flux de marchandise. Les deux pays voisins sont souvent au bord du conflit militaire et il n’existe à cet endroit, aucune collaboration entre ces deux états frontaliers.

L’Algérie pointe régulièrement du doigt le Maroc pour l’accuser de laisser faire le trafic de Cannabis. D’après l’office du renseignement de la DEA Américaine, les importations de Haschich depuis le Maroc étaient encore évaluées à 53 tonnes en 2011.

 

#Et cette petite fille alors?

D’après Maître Bellabes Laredj, avocat au barreau d’Oran, des dispositions bien particulières sont en place concernant les mineurs en Algérie. Lorsqu’ils sont âgés de moins de 16 ans, les mineurs ne peuvent tout simplement pas être condamnés par la justice.

« Depuis 2015, un décret présidentiel nomme les juges pour enfant. Ils doivent être accompagnés de 2 assistants assermentés, qui veillent à ce que les décisions de justice correspondent aux principes de la protection des mineurs. Dans le cas de cette petite fille, elle ne pourra, ni être auditionnée sans la présence d’un avocat, ni condamnée au final, en raison de son jeune âge. 

Dans ces cas là, le juge prononce souvent le placement dans une famille d’accueil. Si elle avait eu 16 ans, elle aurait également pu intégrer un des 2 centres éducatifs ouverts, qui ont été mis en place à Oran ces dernières années. Mais les trafiquants le savent bien, jusqu’à 18 ans aucune poursuites ni aucun emprisonnement ne sont possibles »

 

Jeune Algérien a Ezzouar – Photo salimtetbirt @unsplash

#Edito

L’Algérie semble aussi proche de la légalisation du Cannabis que les Émirats d’une célébration nationale d’Oktoberfest. En cause? Principalement des raisons culturelles et une rivalité ancestrale avec son voisin principal, qui est le premier producteur mondial de résine de Cannabis: le Maroc.

À l’exception de quelques champs dans la région de Tlemcen au Nord Est de L’Algérie et quelques oasis dans le sud, l’Algérie ne cultive pratiquement pas de Cannabis. La raison principale c’est un climat trop aride pour y permettre une production agricole convenable de cette plante.

Les autorités Algériennes soutenues par leur population, considèrent le Cannabis comme responsable d’une mauvaise situation économique et d’un niveau d’éducation à la baisse. Pour l’heure, le pays reste campé sur le principe d’une prohibition, actée conjointement avec les institutions internationales depuis plus de 40 ans. Cette situation crée un climat social tendu, car les trafics de rue en tout genre sont devenus légion. Les ressources humaines disponibles sont abondantes, quel que soit leur âge, le marché noir du Cannabis en Algérie, n’épargne désormais plus personne.

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Sources :

Observ’ Algerie

Réflexion

L’expression

Algérie Direct

Huffington Post Magreb

Sensi Seeds

 

Remerciements :

Merci à Maître Bellabes Laredj du barreau d’Oran pour sa grande disponibilité 

 

— Jean-pierre Ceccaldi pour The Blinc Group – © Le Cannabiste 2018 Tous droits réservés–

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A propos jean-pierre 446 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du site : LeCannabiste.com. Je suis un journaliste blogger spécialisé dans le domaine du Cannabis. J'ai été choisi par un incubateur de Cannabusiness New Yorkais pour devenir leur consultant permanent en matière de Cannabis. Je publie de nombreux articles interviews et essais en langue Anglaise ainsi que pour la presse Française et l'industrie du Cannabis en général.