La juge ordonne à l’assurance santé de rembourser le Cannabis médical

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Une juge Américaine du New Jersey, la très honorable ‘Ingrid L. French’ vient d’obliger la mutuelle santé d’un salarié de 39 ans accidenté du travail, à le dédommager rétroactivement de la totalité de ses dépenses médicales pour du Cannabis. L’homme qui avait dû depuis se diriger  vers les opiacés, va pouvoir reprendre son traitement à base d’herbe séchée. Le Cannabis médical remboursé par la sécu, c’est sur Le Cannabiste.

* * *

#Civil

Aux États Unis ce n’est plus la justice pénale qui est mobilisée par des questions liées au Cannabis mais désormais le droit civil. En l’occurrence c’est une juge spécialisée dans le droit du travail qui vient de statuer sur un cas bien particulier impliquant du Cannabis et un accidenté du travail. Alors qu’ailleurs on arrête et on emprisonne les consommateurs, ici la justice décide qu’ils doivent être ‘en quelque sorte’ : remboursés par la sécu.

‘En quelque sorte’, car la sécu aux USA il n’y en a pas, ce sont les assurances et les mutuelles qui font le boulot. Selon les situations il peut-être long et difficile d’obtenir des remboursements. 

D’ailleurs ça n’est pas la première mais la deuxième fois dans l’histoire des États Unis qu’une affaire semblable est jugée par la justice, le dernier procès en date s’était tenu au Nouveau Mexique en 2014 à Albuquerque. A ce moment là un mécanicien de 55 ans accidenté du travail avait déjà obtenu le remboursement de son Cannabis par l’assurance. L’homme bénéficie depuis d’un traitement à vie à base de Cannabis, gratuitement.

#Andrew Watson

était ouvrier forestier dans le New Jersey, un jour de 2008 c’est l’accident, il se blesse grièvement à la main, s’ensuivent une série d’interventions chirurgicales prises en charge son assurance. Puis au moment de mettre en place le suivi analgésique pour lui permettre de supporter la douleur sur le long terme, les opioïdes échouent à le soulager, alors Andrew s’est vu prescrire du Cannabis par ses médecins.

 

Illustration – Crédits FB

Les quelques onces de Cannabis médical qui sont délivrées à Andrew font effet tout de suite et clament sa douleur. Un seul Hic, le coût global. Andrew est très rapidement obligé d’arrêter le traitement après que les premiers 1000$ payés, il se tourne vers les services de l’opérateur de santé Gallagher Basset son assurance pour en demander la prise en charge.

Là c’est la douche froide, on a beau chercher partout, il n’existe pas de case ‘Cannabis Médical’ à côté de la case ‘Remboursement des prescriptions’? L’assurance adresse une fin de non recevoir à Andrew, il n’y a rien de prévu dans son cas. Pour le travailleur désormais handicapé c’est le retour aux opioïdes, le traitement dangereux et pratiquement inopérant mais remboursé.

#Neuropathique

C’est l’adjectif médical qui qualifie le type de douleur que Andrew subit depuis son accident du travail. Et pour comprendre la manière dont ça fonctionne, il faut différencier au moins deux types de douleur, la douleur neuropathique et la douleur inflammatoire.

« Les douleurs neuropathiques sont provoquées par une atteinte des nerfs tandis que les douleurs inflammatoires, les plus fréquentes, sont dues à une lésion des tissus (piqûre, infection…). » Source Le Figaro Santé

Dans le cas d’Andrew ce sont les nerfs qui ont été directement endommagés par la blessure, les douleurs sont de type neuropathiques. Et les traitements à base d’opium et de morphine ne fonctionnent pas.

#8 pages

C’est la taille du jugement qui a été finalement rendu par l’honorable juge French (NDLR: ça ne s’invente pas!). La juge a pris en compte le témoignage du requérant qui n’avait plus d’autre choix que de se tourner vers la justice. Les effets pervers des médicaments comme le Percocet à base d’Oxycodone que Andrew ne supportait plus et qui de toute façon échouaient à le soulager.

 

Voici le jugement rendu par le juge Ingrid French dans l’affaire Andrew Watson, dans son intégralité

Watson-Lumber-NJ-MMJ-Decision

 

Rapport des psychiatres, des médecins spécialistes, la juge a pu appuyer son raisonnement sur une approche mesurée et rationnelle de la question. Il a pu être établi que Andrew ne disposait d’aucune autre option pour se soulager et mener ainsi une existence normale.

« Il a témoigné que les effets de la marijuana, à bien des égards, ne sont pas aussi débilitants que ceux du Percocet (c’est ainsi qu’il se réfère à ses prescriptions d’endocet ou d’oxycodone)… En fin de compte, le requérant a pu réduire son utilisation de narcotiques par voie orale (…). Le tribunal a conclu que le requérant avait fait preuve de prudence et de maturité dans la gestion de sa douleur et qu’il était exceptionnellement consciencieux dans la gestion de sa douleur. » 

La juge French s’est ainsi déclarée convaincue que Watson avait le droit de participer au programme sur la marijuana et que cela était « raisonnable et nécessaire » pour soulager sa douleur persistante.

#Assure ma Weed

Et c’est un jugement qui semble faire le bonheur du requérant comme de son assurance santé, ce qui est tout de même exceptionnel. Du côté de l’assurance de santé Gallagher Bassett on se déclare également satisfait de ce jugement. La déclaration de l’avocat Philip Faccenda en tire même une jurisprudence pour toutes les assurances privées du pays. Car le Cannabis est moins cher et moins dommageable en terme de coûts pour les opérateurs de ce secteur. 

« Nous pensons que cela entraînera des économies très importantes sur l’ensemble du secteur de l’indemnisation des accidents du travail dans le New Jersey … Des médicaments plus coûteux peuvent être réduits et la marijuana à des fins médicales serait une modalité de traitement moins chère » Philip Accenda avocat de Gallagher Bassett –The inquirer

L’assurance de santé du New Jersey Gallagher Bassett – Tous droits réservés

#Ils vécurent heureux

À présent résumons :

  • Accident du travail : opérations puis douleurs neuropathiques   Cannabis médical
  • Dépenses de santé, personne handicapée, problème de budget ➔ Assurance santé
  • Problème « Y’a pas la case » pour rembourser la weed
  • Direction la justice qui décide Il faut rembourser
  • On crée la case pour rembourser tant mieux c’est moins cher

La morale de cette histoire : un truc qui soulage vraiment, qui n’a que très peu d’effets indésirables peut et doit être remboursé par la sécurité sociale. Le juge est ‘happy’, le requérant est ‘happy’, l’assurance est ‘happy’, le système est ‘happy’. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. (*happy=heureux)

 

Lieu de deal en Seine Saint Denis – Crédits Aziz Oguz Le JSD – Tous droits réservés

 

Voilà voilà,  à présent il faut qu’on vous laisse parce que pour soulager nos douleurs chroniques en France avec du Cannabis, nous allons devoir

  • Slalomer entre les contrôles et les arrestations  La loose
  • Trouver un four dans une cité de banlieue  La loose
  • Entendre un môme de 14 ans vous dire ‘shit ou coke?’  La loose
  • Se farcir du tabac coupé au Tchernobyl  La loose
  • Enrichir des gens peu recommendables  La loose 

Finalement pour trouver que la prohibition du Cannabis c’est le pied, il faut aimer la loose, la souffrance et l’argent perdu. À moins que le crime ne profite à certains, allez savoir… Parce qu’en attendant, si l’honorable juge French à raison, c’est que nos magistrats et nos dirigeants français n’ont pas compris grand chose à ce problème.

 

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Sources : The Inquirer /// Reuters //// Natural Blaze ////  le Figaro Santé

 – Jean-pierre Ceccaldi pour The Blinc Group – Le Cannabiste 2018 Tous droits réservés –

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A propos jean-pierre 323 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du site : LeCannabiste.com. Je suis un journaliste blogger spécialisé dans le domaine du Cannabis. J'ai été choisi par un incubateur de Cannabusiness New Yorkais pour devenir leur consultant permanent en matière de Cannabis. Je publie de nombreux articles interviews et essais en langue Anglaise ainsi que pour la presse Française et l'industrie du Cannabis en général.