Un spectromètre I-R pour l’Orange Bleue!?

Publicité

Le Cannabiste reçoit aujourd’hui Blandine Ratière, qui vient nous parler de Réduction Des Risques en milieu festif pour le collectif : l’Orange Bleue.

Dernier objectif en date de cette association: financer l’achat d’un spectromètre à Infra Rouge, pour venir tester efficacement les substances que consomment les usagers, sur place là où ils se trouvent: c’est à dire au sein des festivals et des ‘free-parties’. Rencontre.

 

* * *

 

Y’a pas que le Cannabis dans la vie. Et comme il faut bien reconnaître qu’en drogues on est assez nuls, on évite la plupart du temps de vous embêter avec ça, CQFD.

Alors ça n’est pas de la ‘drogophobie‘, ça n’est pas non plus pour condamner qui que ce soit, mais le sujet est vaste et particulièrement sensible. Alors autant éviter sagement d’ajouter à la stigmatisation en étant maladroit.

Du style :

  • Le marché noir : ses valeurs d’humanisme de partage, de respect mutuel et ses hautes exigences sanitaires – atout santé – dope bien-être – pause fraîcheur(NDLR: non mais ça va pas?)

Ou bien :

  • Les usagers : dont chacun, individuellement est expert en pharmacologie, médecine et toxicologie, ça tombe sous le sens – ils méritent de votre confiance(NDLR: c’est que dit comme ça …)

 

Image l’Orange Bleue @Facebook – Tous droits réservés

 

Sur le terrain, une répression active et féroce des stupéfiants, autorise le marché clandestin au mensonge et à l’excès.

Alors beaucoup plus sérieusement, de nombreux drames humains, viennent trop souvent, émailler l’histoire des free parties et des festivals chaque année.

* * *

Alors afin d’éviter la multiplication de ces drames, la France compte un certain nombre d’associations tournées vers les usagers, c’est aussi notre histoire.

À retrouver sur Le Cannabiste

Aujourd’hui Nous avons le plaisir d’aller à la rencontre d’Orange Bleue. Blandine Ratière nous répond, au sujet des travaux de ce collectif engagé depuis la Bretagne.

#Interview

LC: Bonjour Blandine, pouvez-vous nous présenter en quelques mots le projet de votre association.

L’Orange Bleue est un collectif de deux associations, Liberté Couleurs et l’ANPAA qui ont créé ce dispositif de prévention et réduction des risques en milieu festif sur la Région Bretagne.

Nous assurons donc une quarantaine d’interventions chaque année sur divers événements à programmation musicale : festival, free parties et concerts. Notre mission est de distribuer des informations, outils et du matériel de réduction des risques liés aux pratiques festives (consommation de produits psychoactifs, sexualité, audition et sécurité routière).

Image l’Orange Bleue @Facebook – Tous droits réservés

 

LC: Quels sont les moyens dont vous disposez en 2020, combien de membres actifs pouvez vous compter?

A l’heure actuelle, le collectif a une équipe salariée de 3 personnes dont une permanente et deux qui assurent une mission en service civique. Ils sont chargés de la coordination des interventions et des divers projets de l’Orange Bleue comme Support, don’t Punish, les malles de prévention et pour cette année, les 20 ans de l’association.

* * *

L’Orange Bleue est constituée majoritairement de bénévoles :  ils sont 49 à se relayer sur les interventions. Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur un réseau soudé de partenaires : à la fois: 

Il arrive également que nous intervenions en commun avec d’autres associations de la réduction des risques en milieu festif et notamment TechnoPlus dont une antenne se situe à Nantes.

 

Image l’Orange Bleue @Facebook – Tous droits réservés

 

LC: Concrètement on trouve quoi dans les soirées aujourd’hui comme substances ?

Les trois produits majoritairement présents sont le tabac, l’alcool et le Cannabis. Ensuite, de manière moins systématique on trouve plus ou moins régulièrement des stimulants tel que la cocaïne, ou les amphétamines en particulier le MDMA/ecstasy.

Avec l’accès à certains stimulants le public cherche souvent à échapper à la fatigue. On voit aussi pas mal de consommation de produits typiquement dépresseurs comme la kétamine.

* * *

LC: Et quelles sont les drogues les plus dangereuses là dehors pour vous, selon votre expérience de terrain?

Sur la question de la dangerosité des drogues, il est extrêmement difficile de répondre car on peut qualifier la dangerosité d’un produit en fonction de différents facteurs:

  • le taux de pureté moyen
  • les moyens de consommation
  • les pratiques d’usage
  • le contexte de consommation
  • la neurotoxicité

 

Image l’Orange Bleue @Facebook – Tous droits réservés

 

Le degré de dangerosité peut alors changer du tout au tout. Pour comprendre l’influence des différents facteurs de dangerosité d’un produit, on peut par exemple consulter le rapport Roques, de 1998.

dt99

* * *

Toutefois, dans les contextes festifs, nous avons tendance à mettre plus facilement en garde au sujet de l’ecstasy pour plusieurs raisons :

  • C’est un produit accessible concrètement en terme d’offre et de prix
  • Il bénéficie d’une grande acceptation sociale, peu d’à-prioris négatifs sur son usage
  • C’est un produit dont les taux de concentration en MDMA sont en nette augmentation ces dernières années
  • La substance se présente sous forme de pilules dont l’aspect anodin peut être trompeur sur de jeunes consommateurs.

LC: C’est légal de tester la drogue des gens? Vous risquez quoi?

L’analyse de produits psychoactifs est effectivement encadrée par la loi. En 2005 le ‘testing’ a été interdit : il s’agit d’une technique d’analyse par réaction chimique colorimétrique. Ce test considéré comme trop aléatoire a effectivement été délaissé.

 

Image l’Orange Bleue @Facebook – Tous droits réservés

 

Il existe d’autres techniques d’analyse comme la Chromatographie sur Couche Mince (CCM) et la spectrométrie de masse. Ces méthodes coûtent beaucoup plus cher et le rendus des résultats prend plusieurs jours sinon des semaines après la collecte des échantillons.

* * *

Or pour être efficace, il est important que ce dispositif soit réactif et permette d’accéder à une lecture immédiate des résultats, directement sur les lieux festifs.

Plusieurs associations ont alors conçu des projets pour obtenir du matériel d’analyse CCM ou spectrométrie.

 

C’est le cas de Bus 31-32 à Marseille ou TechnoPlus à Paris déjà. C’est dans cet élan que l’Orange Bleue collecte des fonds.

* * *

Nous voulons mettre un spectromètre de masse à disposition du public pour analyser in-situ des produits consommés par les gens lors de nos interventions.

Ce projet est bâti en toute légalité évidemment. Quoi qu’il en soit, nous sollicitons des subventions à des organismes publics, donc il vaut mieux :).

LC: Vous avez souvent des problèmes à cause du Cannabis?

Nous avons eu très rarement de soucis avec le cannabis sous les stands de l’Orange Bleue. Il est déjà arrivé d’accueillir des personnes en situation d’angoisse, autrement appelés ‘bad trip’ que ce soit avec du cannabis seul ou bien en association d’autres produits. C’est un produit qui est extrêmement présent dans les lieux festifs.

 

Image l’Orange Bleue @Facebook – Tous droits réservés

 

D’ailleurs puisqu’on en parle, une petite astuce RDR pour les cannabistes:

Fumer du cannabis avec un filtre de cigarette présente moins de risques pulmonaires que les ‘cartons’. Les molécules de THC sont bien trop fines pour être filtrées.

La seule différence notoire sera la sensation vécue en fumant mais les effets seront les mêmes !

* * *

 

LC: Et vous la légalisation du Cannabis personnellement vous en pensez quoi? On la fait ? Et comment selon vous?

En tant qu association, il est difficile pour nous de se positionner pour, ou bien contre la légalisation du Cannabis ou sa dépénalisation par exemple. Là dessus les avis divergents entre nos membres.

Par contre, nous sommes évidemment persuadés, qu’il faut réfléchir à une autre politique des drogues que celle qui est mise en place.

Nous souhaitons une révision de la loi de 1970, qui punit l’usage, la détention, la culture et la vente. Nous sommes contre la répression des usages et des usagers qui fait des victimes depuis 50 ans sans générer de résultats positifs sur les consommateurs et sans jamais parvenir à endiguer le marché noir.

 

 

Nous sommes engagés depuis plusieurs années sur ce sujet à travers avec Support, don’t Punish. Toutefois, nous sommes pour un même statut juridique non-répressif, pour l’ensemble des produits et pas seulement le Cannabis.

* * *

L’Orange Bleue sur Facebook c’est par ici

Pour aider L’Orange Bleue à s’équiper d’un Spectromètre de Masse, ça se passe par là sur Tipee avec cette cagnotte pour un financement collaboratif.

 

Commentaires, réactions: Le Cannabiste sur Facebook / Twitter

Interview exclusive réalisée en ligne en Janvier 2020

– Jean-pierre Ceccaldi pour The Blinc Group – Le Cannabiste 2018 Tous droits réservés –

Commenter cette page avec votre utilisateur Facebook

A propos jean-pierre 507 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du site : LeCannabiste.com. Je suis un journaliste blogger spécialisé dans le domaine du Cannabis. J'ai été choisi par un incubateur de Cannabusiness New Yorkais pour devenir leur consultant permanent en matière de Cannabis. Je publie de nombreux articles interviews et essais en langue Anglaise ainsi que pour la presse Française et l'industrie du Cannabis en général.